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Mardi de l’Environnement – 3 mars 2015

Agriculture, en avant toute

Face aux défis immenses qui se posent à l’agriculture pour les temps qui viennent –l’obligation de nourrir 9 milliards d’habitants sur Terre à la fin du siècle, la nécessité de passer à des types de production et de distribution nettement plus soucieux de respecter un environnement largement affecté jusqu’à présent, pour ne citer que deux des impératifs les plus importants – des solutions sont proposées de plus en plus pour mettre en œuvre au niveau local des techniques nouvelles. Ainsi, au Mardi de l’Environnement du 3 mars, avaient été invités des acteurs, en France, de cette orientation.

Maxime de Rostolan est le fondateur d’une plate-forme de financement collectif, « Blue Bees », et directeur de Fermes d’Avenir, une association oeuvrant dans les domaines de l’agroécologie et de la permaculture. Il a relaté l’historique de la genèse de son association, avec la création d’une ferme, depuis un an, fonctionnant avec ces techniques. Laquelle ferme, sur 1,5 ha, doit devenir bénéficiaire en l’espace de trois ans. Maxime de Rostolan, convaincu de la pertinence de ces choix, estime que 200 000 fermes de ce type en France « pourraient véritablement changer l’environnement. » Un autre spécialiste de la permaculture, Jean-Philippe Beau-Douëzy, a pu apporter un témoignage complémentaire. La ferme du Bouchot, qu’il dirige, a été créée en Sologne en 2009. Avec, tout particulièrement, un « jardin forestier comestible », sous forme d’un mandala (un diagramme géométrique figurant l’univers, propre au bouddhisme) de 2 700 m2. Dans ce jardin forestier sont élevés des arbres fruitiers, qui bénéficient de l’environnement propre à la forêt ; et l’inverse est vrai, donc au total des échanges profitables à tous les niveaux écologiques concernés.

L’aspect plus proprement technique est le point qui a été traité par Denis Asfaux, secrétaire de l’Association française d’agroforesterie. Avec plusieurs directions, qui sont des progrès à réaliser, non seulement pour les petites expérimentations, mais d’une manière générale pour l’ensemble de la production agricole : d’abord, recréer de la matière organique dans les sols, qui sont en France (et dans quantité de pays) très appauvris par des décennies, voire des siècles, d’exploitation intensive ; cesser de faire des cloisonnements entre production et protection, car « les deux sont complètements liés avec des synergies très importantes, donc on ne peut envisager l’une sans l’autre » ; bien comprendre que l’agroforesterie, par les enjeux qu’elle implique, est un enjeu de territoire, au niveau national.

Enjeu de territoire ? Voilà qui sous-entendait le propos du cinéaste EricGrinda, au téléphone depuis Hong-Kong. Il est aussi très impliqué dans l’aménagement de la région qui est celle de sa famille, dans les Pyrénées, à Saint Martin de Vésubie. Il a parlé de toutes les terres qui ne sont pas utilisées et de la justification de mieux faire vivre sur place la population native en développant une agriculture de montagne raisonnée.

Puis la parole est passée du côté de l’Ile-de-France, à Versailles, avec Antoine Jacobsohn, responsable du Potager du Roi, aux pieds du château. Il s’est appuyé sur une « bible » dans le domaine qui est le sien, le livre du célèbre jardinier du XVIIème siècle, La Quintinie. En délivrant cette idée-force : pour bien comprendre les processus à l’œuvre dans l’alchimie de création des plantes, « la terre doit se goûter », ce qui revient à dire qu’elle doit être en bon état ; et c’est une question de santé publique. Au Potager du Roi les espaces de culture cohabitent avec l’Ecole nationale supérieure du paysage, entre l’enseignement et la pratique il n’y a pas de hiatus.

Petits exemples, pourrait-on dire, que tous ceux-ci, sont-ils transposables à vaste échelle, nationale ? Mais tout commence par la preuve que cela fonctionne, et c’est le cas. L’avenir, si la permaculture, par exemple, ne permet pas de nourrir un pays entier, sera de toutes façonsmarqué par les enseignements donnés par ces nouvelles approches de la terre, de la nourriture, et de l’écologie d’une façon générale.