05/10/2010

L’objectif pour 2010 « d’améliorer significativement l’état de la biodiversité », on le sait, ne sera pas tenu. Pour autant, de bonnes directions sont lancées, et les programmes avancent sur le terrain. Mais une nouvelle, et forte, mobilisation de tous les acteurs est nécessaire afin d’inverser la tendance.

 

Une biodiversité qui se mérite ?

Programmé juste avant la réunion de la convention sur la diversité biologique à Nagoya (Japon), une réunion cruciale pour l’avenir de la nature, le Mardi de l’Environnement d’octobre tombait à point nommé. Les intervenants, tous très actifs dans leur domaine respectif, se sont voulus convaincants – et ils l’ont été, mais avec les limites que pose la résolution effective des problèmes de fond auxquels chacun d’entre eux, pour ce qui concerne son domaine, s’affronte aussi : ceux qui ont trait à l’appétit insatiable des êtres humains pour les ressources. Ainsi Nathalie Frossard, fondatrice-directrice de l’ONG Plante et Planète, s’efforce de conserver, voire de sauver, des plantes utilisées par la médecine traditionnelle, et qui sont menacées. L’arnica est un bon exemple. Voilà une plante essentiellement limitée au parc naturel régional du ballon des Vosges, en France, et dont la récolte annuelle totale dans l’hexagone n’est pas supérieure à 15 tonnes. Son habitat se réduit de plus en plus, c’est une espèce végétale fragile, et pourtant la demande ne fait que croître. La solution trouvée pour favoriser son maintien est la concertation avec les agriculteurs, qui exercent une pression pour récupérer les terres où pousse l’arnica, les hautes chaumes. A son tour, Sophie Baillon, porte-parole de l’ONG Survival International, a argué en faveur de solutions locales et adaptées au cas d’espèce, lorsqu’il s’agit de peuples autochtones. Et de citer les huit ethnies de la vallée de l’Omo, en Ethiopie, menacées par la construction d’un barrage, les Guaranis en Amazonie, les bushmen au Botswana, etc. Bien sûr, le sort de ces peuples n’est pas à considérer dans la même registre que celui de la biodiversité ; toutefois le lien direct avec celle-ci existe, dans la mesure où bien souvent ils disposent sur leur territoire de ressources convoitées par l’industrie (souvent pharmaceutique, mais pas uniquement), et peuvent difficilement résister à celle-ci. Et pour Jean-Jacques Blanchon, de la Fondation Nicolas-Hulot, les deux questions essentielles sont alors de trouver des solutions pertinentes et justes pour « donner du potentiel » aux écosystèmes, et pour « valoriser le vivant ». Si l’homme est acteur de la nature, il faut bien en tirer les conséquences…
Il devait revenir à Jacques Trouvilliez, du Muséum national d’Histoire naturelle, nouvellement nommé conseiller au cabinet du ministre de l’Ecologie, de rappeler que les autorités en France sont engagées dans une politique visant, justement, à prendre à bras-le-corps ces problèmes de changement d’attitude en ce qui concerne le vivant. Jacques Trouvilliez a rappelé les engagements du Grenelle de l’Environnement ; et notamment la trame verte et bleue ; tout en n’occultant pas les questions de fond, l’artificialisation des territoires, la difficile protection des espèces menacées avec la création d’espaces naturels dédiés. Et à ce dernier titre, en précisant qu’il n’y avait, à l’heure actuelle, que 18 plans d’action (de conservation) pour les 131 espèces menacées que compte notre pays. Deux notes optimistes néanmoins : les créations prochaines des parcs nationaux des Calanques et d’une région mixte Champagne-Bourgogne ; le « Giec de la biodiversité » à l’ONU en novembre.
Nathalie Frossard et Sophie Baillon ont illustré par des images leur propos, la première avec des diapositives sur l’arnica, la seconde avec des extraits d’un film sur les Guaranis.
Et en ouverture, au téléphone, Jean-Marie Pelt a plaidé une fois de plus pour une attitude de mobilisation durable, seule solution selon lui pour résoudre la crise de la biodiversité.