07/12/2010

Peut-on réduire les émissions de gaz à effet de serre sans modifier le modèle économique dominant ?

Cette équation doit être résolue à Cancun (Mexique), durant la 16ème conférence des Parties à la convention cadre des Nations-Unies sur le changement climatique, qui se tient du 29 novembre au 10 décembre. Avec la nécessité de trouver un accord pour succéder à la « période d’engagement » du protocole de Kyoto, qui se termine en 2012. Et aussi de rendre effectives les décisions de la conférence de Nagoya. Après l’échec de Copenhague, les Etats semblent condamnés à réussir …

Tous les esprits (ou presque) étaient tournés vers le Mexique et ce nom de Cancun, en décembre – et durant le Mardi de l’Environnement, puisque la conférence sur le changement climatique battait son plein (elle devait se terminer le 10 décembre) dans cette ville. Et à l’heure où les invités du Mardi donnaient leur opinion sur les questions concernées, elle ne semblait pas montrer de réelles avancées. La crainte était donc réelle d’un échec, ou presque-échec, à l’instar de la conférence précédente de Copenhague (il n’en a rien été, même si les avancées peuvent sembler modestes, mais le plus important était de faire se continuer le processus de discussions et de progrès sur les dossiers ayant bénéficié de consensus).
Pour sa part, Gilliane Le Gallic, qui anime l’association Alofa Tuvalu, laquelle est consacrée à la sensibilisation de Tuvalu, une nation-archipel dans le Pacifique, menacée par la montée des eaux, s’est déclarée franchement réticente à cette conférence de Cancun. Elle a estimé qu’ « on ne peut rien en espérer, tant que les structures économiques responsables de la détérioration du climat n’auront pas été changées. » Elle a indiqué préféré se concentrer sur des actions de terrain, qui justifient à ses yeux un engagement en faveur des pays en développement, particulièrement touchés par la détérioration de l’environnement mondial. Et de donner des exemples de cet engagement, à Tuvalu, justement : créations d’un centre de formation de biomasse et de fours solaires, début d’un inventaire de la vie marine, opérations de communication en faveur des enfants.
Raphaël Billé, directeur du programme Biodiversité de l’Iddri, ne pouvait que se placer dans une perspective différente, à propos de Cancun. Il était évidemment persuadé de l’utilité d’une telle conférence. Et il a répondu à Gilliane Le Gallic sur le point du changement de modèle économique, avec des termes un peu moins affirmés toutefois : « Une certaine remise en cause du concept de développement durable est à l’œuvre actuellement ; mais cela concerne-t-il aussi le système économique, l’avenir le dira. » Sur les actions de terrain, sans nier leur utilité, il a souligné qu’elles ne suffisaient pas. Et il a placé ses espoirs dans une issue favorable de la conférence, en la comparant longuement à celle de Nagoya, pour la biodiversité, auparavant. Pour sa part, Alain Zecchini, biologiste de la conservation et journaliste scientifique, a entendu replacer les problématiques dans leur contexte, à propos de ces deux conférences : « Si Nagoya a réussi, c’est aussi parce que cela concernait essentiellement la biodiversité, et non directement des questions affectant l’espèce humaine, qui sont celles de Cancun. En un sens, donc l’accord était plus facile, parce que la faune et la flore sont considérées comme secondaires par rapport aux humains. » Et de souligner aussi que si certains avaient tellement espéré de la conférence de Copenhague, ils avaient un peu oublié que ces grandes rencontres planétaires sont des rapports de forces entre Etats, et que la bonne volonté, pour convaincre « le camp d’en face », ne suffit pas …
Sur place, depuis Cancun, au téléphone, Anne-Cécile Bras, de RFI, a donné son sentiment sur l’ambiance qu’elle vivait, avec la fièvre des discussions et la multiplication des sessions et des forums. David Martin, cinéaste, a exprimé lui aussi son avis sur la conférence, à la lumière des précédentes, qu’il a pu suivre. Et il revenait à Brice Lalonde, ambassadeur chargé des négociations internationales sur le changement climatique pour la France, également au téléphone depuis Cancun, de tracer quelques idées-force, pour éclairer l’auditoire de ce Mardi : à l’heure où il parlait, il y avait des points positifs, ceux de la lutte contre la déforestation, de la coopération technique, du financement, de l’adaptation des pays en développement au changement climatique. Tout en se déclarant confiant, il a relevé que plusieurs années seront encore nécessaires pour que les progrès soient véritablement ancrés dans la réalité des choses. A partir de janvier prochain, Brice Lalonde préparera un autre grand et crucial dossier, celui de Rio + 20. Beaucoup de passions et d’enjeux en perspective…

Plus d’infos :

www.iddri.org       www.fondationbiodiversite.fr       www.cancun.com           www.ademe.fr
www.developpement-durable.gouv.fr           www.fondation-nicolas-hulot.org
www.gisclimat.fr         www.alofatuvalu.tv        www.rac-f.org

– « Un avenir a quel prix » Réalisation David Martin, www.mecanoprod.com,
– Coffret de 7 DVD et un livret pour mieux comprendre le sommet de Copenhague et les enjeux de Cancun. Commande : admin@gaia-network.com,
– Avec Catherine Nayl TF1, Laurence Ferrari et Jean-Marc Jancovici , ECO2CLIMAT,

« C’est pas du vent ! L’émission d’Anne-Cécile Bras sur RFI,
tous les Samedi et Dimanche
www.rfi.fr Paris 89 FM.