La double sortie organisée par les Mardis de l’Environnement, le 9 juillet, a permis à une dizaine de passionnés de découvrir deux entreprises originales, et parfaitement ancrées au milieu d’un environnement naturel : celle du Conservatoire national des plantes à parfum, médicinales, aromatiques et industrielles (CNPMAI), à Milly-la-Forêt, et celle d’un apiculteur, Mr. Martinez, à Boutigny, toutes deux situées en Essonne, et dans le parc naturel régional du Gâtinais français. La journée fut belle et chaude, l’accueil sur place fort sympathique, et c’est le directeur du Conservatoire, Bernard Bacquet, qui a guidé pour sa part la visite, tout comme Mr.Martinez s’en chargeait de son côté. Au matin, donc, le Conservatoire. Il est situé à faible distance du village de Milly, sur plusieurs hectares, car ses activités sont nombreuses et ses collections importantes : 2 000 espèces de plantes, sous-espèces ou variétés sont actuellement répertoriées.

carte-MILLY

Elles sont représentées chacune sur les parcelles du Conservatoire dans le micro-environnement qui leur convient, et de parcourir les allées a été l’occasion de découvrir, bien sûr, quantité d’entre elles ; de connaître quelques-unes de leurs caractéristiques ; de s’étonner, parfois, mais avec bonheur, de leur persistance, s’il s’agit d’une plante menacée (comme l’edelweiss) ; et puis, tout simplement, de les trouver intéressantes, ou belles, ce qui n’est pas antinomique …

Un parcours muséographique audioguidé, installé dans un ancien séchoir, permet en parallèle de compléter la découverte. Et puis le Conservatoire est une véritable banque , non seulement de plantes en tant que telles, mais aussi de semences (un capital précieux, avec 6 000 d’entre elles), toutes deux étant, pour une sélection, disponibles à la vente au public. Chaque année, environ 150 nouvelles espèces sont acquises, contribuant à enrichir le catalogue. Une partie est prélevée dans la nature, le reste étant le fruit d’échanges avec des jardins botaniques français et étrangers (dont celui, célèbre également, de Kew, en Grande-Bretagne).

20130709_124519

Ces plantes sont choisies en fonction de critères variés : pour leur intérêt économique, botanique, pharmacologique, aromatique ou bien pédagogique, pour leur raréfaction dans la nature, ou encore pour les difficultés d’approvisionnement en semences qu’elles représentent. Le Conservatoire a été créé en 1987, mais sa filiation peut être datée de beaucoup plus loin. C’est en effet au XIIIème siècle que remonte la culture des plantes médicinales à Milly. Des textes ultérieurs, sous la Révolution, font bien état de cette activité. Et au XIXème siècle commence une exploitation de grande ampleur, avec l’installation, sur plusieurs hectares, d’un 

maraîcher, Armand Darbonne. Le nombre des professionnels se multiplie, et une coopérative est créée en 1940. Elle comptera jusqu’à 135 adhérents au début des années 1950. Elle périclite ensuite (concurrence de produits de synthèse, importation de plantes d’Afrique ou d’Europe de l’Est à prix bas, départs des exploitants à la retraite), et ses activités sont reprises par un Centre national d’expérimentation, qui deviendra l’Institut des plantes médicinales aromatiques et industrielles, dont dépend le Conservatoire. L’essor reprend à partir des années 1970, avec l’intérêt du public pour la phytothérapie. Et depuis, cette faveur n’a fait que croître, permettant au Conservatoire de répondre à sa double vocation : la gestion des ressources que représentent les plantes, et la conservation (génétique) de celles-ci.
L’après-midi fut, lui, consacré à Mr. Martinez, apiculteur depuis longtemps, grand connaisseur de tout ce qui touche à ses protégées, les abeilles, et animé d’un projet pédagogique qui est assez remarquable : il dispense des cours d’apiculture à tous les volontaires, les 2ème et 3ème samedis de chaque mois, et ce, toute l’année ; les cours, de plus, sont gratuits.

20130709_150731

Il a vu passer ainsi plusieurs dizaines (et même plusieurs centaines, certainement) d’élèves, et ne se lasse pas de faire partager tout son savoir. Ses installations sont dans le village même, quoique un peu en bordure, pour la tranquillité, à la fois du maître des lieux et des abeilles.

Et ses ruches, bien sûr, sont disséminées dans la campagne avoisinante.Mais une partie d’entre elles, une douzaine, est concentrée dans un vaste espace clôt de palissades : c’est le « rucher-école ». Ces ruches servent (tout en étant actives comme les autres) à faire les démonstrations nécessaires aux élèves. Depuis l’équipement nécessaire de protection jusqu’au produit final, le miel, en passant par les cycles de la vie des abeilles, le butinage, la fabrication du miel par les ouvrières, l’importance de la reine, les soins à donner à ces colonies, tout y passe. Chacun peut « in vivo » se rendre compte à la fois de tout l’intérêt de devenir apiculteur (pour les plus décidés) ou de mieux connaître, simplement, cette espèce, qui le mérite bien.

20130709_150937

 

 

D’autant plus, on le sait, qu’elle est menacée : les hécatombes de ruches en France (et dans plusieurs autres pays) sont un fait avéré, et tant que des produits phytosanitaires nocifs pour elle seront utilisés par le monde agricole, la situation ne s’améliorera pas. Mr. Martinez en est bien convaincu : « Les abeilles jouent un rôle irremplaçable pour le monde naturel, et pour le monde humain aussi bien. Il faut tout faire pour sensibiliser davantage les gens à leur sort. Pour ma part, je m’y emploie. » Son école, tout comme son activité, illustrent bien cette profession de foi. Et comme la plupart des participants du groupe de cette journée n’avaient jamais eu l’occasion de faire une telle rencontre, ils sont repartis avec un bon message.