06/09/2005

La pollution de l’environnement a des effets de plus en plus néfastes sur la santé humaine et les recherches actuelles s’accordent à reconnaître ce fait. Les invité du Mardi de l’Environnement, le 6 septembre, ont bien précisé les chaînes de causalité qui mènent à ce constat.

Invités tribune du Mardi de L’Environnement 6 Septembre 2005

  • Professeur Abraham Behar,
  • Corinne Lepage, Ancien Ministre, Présidente du CRII GEN- Patricia Ricard, Présidente des Mardis de L’Environnement,
  • Professeur Bellé, Centre de Recherche de Roscoff.

Premier orateur, le professeur Robert Bellé (directeur de recherche au CNRS, responsable de l’équipe « Cycles cellulaires et développement », UMR 7150 CNRS-UPMC) a présenté un travail sur l’origine des cancers. 85% des cas seraient dus à des altérations de l’environnement. Les cancers ont doublé depuis 30 ans en France. Les mécanismes moléculaires à l’œuvre sont connus : un organisme humain contient 1013 cellules, qui réalisent 1 milliard de divisions par jour ; environ 50 000 erreurs de copie/division se produisent aussi tous les jours ; le cancer traduit des anomalies dans le système de surveillance cellulaire ; or des substances polluantes dans l’environnement, comme le Roundup (un pesticide), facilitent l’apparition de ces anomalies. Ce travail a été publié à la fin 2004, il ouvrait un nouveau champ important dans la compréhension des cancers… mais Robert Bellé a regretté que les pouvoirs publics ne lui aient pas donné la suite qu’il méritait, c’est à dire mettre en œuvre les mesures nécessaires.

Pour Abraham Béhar (radiobiologiste et médecin nucléaire, président de l’ association AMFPGM, constituée de médecins hostiles au nucléaire), les cancers sont « radio-induits ». Les lésions sont induites dans l’organisme 20 à 30 ans avant que la maladie n’apparaisse. Ces lésions sont largement favorisées par le stress cellulaire, lequel s’explique notamment par les effets des polluants chimiques sur l’organisme.

Parmi ces polluants, ceux des OGM figurent en bonne place. Au téléphone, Gilles-Eric Séralini (professeur de biologie moléculaire) a confirmé que 99% des OGM contenaient des pesticides. Il serait donc essentiel de pouvoir déterminer toute la traçabilité de la pollution dans la chaîne alimentaire. Or en France cette traçabilité est largement freinée. Gilles-Eric Séralini a donc demandé que soient réalisés des tests normalisés, et que les pouvoirs publics mettent un terme à la confidentialité qu’ils affichent sur ce sujet.

Un vœu que ne pouvait que reprendre Corinne Lepage, arrivée un peu plus tard. L’ancienne ministre de l’Environnement, et présidente du Criigen, a souligné aussi que les effets nocifs majeurs des OGM pour les organismes humains risquent de ne se faire connaître que dans 20 à 30 ans. « En santé publique, les signaux sont maintenant allumés, comme ils se sont allumés notamment pour le climat dans les années 1990 » a-t-elle estimé. Elle a cité l’exemple récent du cyclone Katrina, qui a dévasté la Floride fin août, comme une preuve supplémentaire de la dégradation de l’environnement, largement due aux hommes, et appelé tous les acteurs citoyens à se mobiliser pour sauver le tissu vivant de la planète. Dans la salle, très sensibilisée à la gravité du problème, chacun ne pouvait qu’en être convaincu.