07/09/2010

S’inspirer des mécanismes naturels des écosystèmes, pour rendre l’économie plus concurrentielle, plus rentable et plus durable, c’est le principe de l’«économie blue », un concept dù à Gunter Pauli, acteur des grands forums internationaux. Ce concept fonctionne – t-il ?. Et comment peut il composer avec les lois du marché, à l’heure de la mondialisation et des grands enjeux environnementaux ?


« Mettre l’économie dans le vivant » ?

Certes, cette formule d’Emmanuel Delannoy, directeur de l’institut Inspire, n’est pas sans présenter une certaine ambiguïté… Au téléphone, le 7 septembre, il l’a justifiée en estimant qu’ « il est nécessaire d’intégrer l’économie dans la biosphère et de faire se réconcilier les hommes avec la biosphère. » Belle déclaration d’intention, à laquelle ne pouvaient que souscrire les autres invités au Mardi de l’Environnement, décliné sur le thème de l’ « économie Blue ». Laquelle est une autre forme de l’économie ? Que faut-il en penser ? C’est Gunter Pauli, directeur de la fondation Zeri (Zero emissions research & initiatives), l’inventeur de ce terme, qui s’en est chargé. Selon lui, c’est une « économie verte », qui s’inspirerait bien davantage des écosystèmes et des interdépendances qu’ils manifestent. Changer les règles du jeu de l’économie de marché supposerait de prendre les « recettes » du fonctionnement des écosystèmes, et en premier lieu l’innovation. Les solutions existent, encore faut-il que l’industrie ne freine pas, comme c’est encore trop le cas, attachée comme elle l’est à choisir d’abord la rentabilité.
Maximilien Rouer, qui anime la société BeCitizen, et se déclare le « fils spirituel » de Gunter Pauli, abonde dans le sens de son mentor. Il déplore aussi que l’entreprenariat privé butte sur le manque de compétences nécessaires pour transformer les technologies : « l’économie Blue est en marche mais trop lentement. »
Un bel exemple de réussite a toutefois été fourni par Thierry Jacquet, fondateur de Phytorestore, une société qui propose des jardins filtrants : en considérant les villes et les usines comme des systèmes écologiques, il s’agit de mettre en place des systèmes de traitement d’eaux usées dans un environnement urbain renaturé. Thierry Jacquet a exposé le concept de la « bioferme », une installation qui traite 40 sortes de déchets, transformés en compost après filtrage naturel. Il a aussi pris clairement position sur la pollution induite par le monde de l’industrie : « il faut lui faire supporter le coût de sa destruction de la nature. » Et relevé que si les inventeurs de nouvelles méthodes, de nouveaux processus, pour « verdir » ce monde, ne manquaient pas, il fallait trouver à chaque fois de nouvelles façons de traduire leurs apports en termes économiques, les intégrer de plus en plus à tous les stades d’une production particulière.
Lui faisant écho, mais à sa manière, Gunter Pauli a trouvé des accents lyriques pour estimer que « la précondition pour changer le monde est de n’avoir pas d’expérience et de ne pas avoir d’argent »… une autre formule, ou une autre déclaration d’intention, qui semble difficile à avaliser dans le monde actuel marqué par une compétition toute-puissante …