05/05/2009

Bastion longtemps réticent à faire entrer dans son fonctionnement des préoccupations écologiques, l’économie veut maintenant se « verdir ». Etape après étape, secteur après secteur, le mouvement est en marche. Bien sûr, tout est loin d’être acquis. Mais la crise aidant, il est de plus en plus nécessaire d’opérer des inflexions en profondeur, et de ne pas tarder. Les intervenants du débat du 5 mai, pour le Mardi de l’Environnement, ont pu ne pas être tous d’accord sur le rythme, ils ont chacun reconnu cette exigence de passer à une nouvelle ère.

Séverine Millet, co-fondatrice de l’association Nature Humaine, a tout d’abord qualifié l’ « économie verte », de « changement de type 2 », signifiant par là que ce changement doit être intégré aux modes de vie et de consommation. Nous n’en sommes pas encore tout à ce fait à ce stade. Mais pour Pascal Bonnifet, directeur du Développement durable de Bouygues, la prise en compte des nouveaux facteurs ne peut se faire que progressivement. « On a réalisé que tout n’était pas inépuisable. Les problématiques d’exploitation sont réelles, et ne peuvent plus être ignorées par les acteurs du jeu économique. » Et ainsi, estime Pascal Bonnifet, une législation adaptée est nécessaire, dans le cadre de l’économie de marché. Cette législation existe, même si, a estimé Séverine Millet, elle est mal respectée en ce qui concerne « la publicité écologique. » Et Stéphane Riot, fondateur de l’agence de conseil en entreprise Noveterra, a rappelé à ce propos que si des normes de qualité existent bien, pour la mise en œuvre de critères écologiques dans l’économie, elles manquent de rigueur dans leur application. Cela doit refléter en partie l’état actuel du positionnement de la société vis-à-vis des industries fossiles, encore largement prépondérantes. Pascal Bonnifet n’a pas été franchement optimiste à ce sujet, car pour lui, « on passera à l’économie décarbonée dans une cinquantaine d’années. »

Du côté des consommateurs, de nouvelles tendances s’expriment. Séverine Millet a plaidé pour le passage du produit au service : non plus la vente de voitures, mais leur location, le partage d’un véhicule à plusieurs, notamment. Pour Stéphane Riot, l’hyperconsommation actuelle représente une sorte de consolation, et elle peut être réduite, voire disparaître, en établissant une « économie de la relation », marquée par la solidarité entre tous les acteurs. Cette solidarité passe en particulier par la prise de conscience des enjeux écologiques à tous les niveaux de l’entreprise. De cela, Pascal s’est déclaré tout à fait convaincu. Pour lui, la majorité des entreprises sont sincères dans leur engagement écologique ; les consommateurs doivent acheter des produits « vertueux », les niches se faisant sur le marché étant destinées à grandir. Le dernier sujet abordé lors du débat a été celui des éco-quartiers, un sujet pas si éloigné que cela des préoccupations économiques, puisque c’est le secteur du bâtiment qui est concerné. Pascal Bonnifet a cité l’éco-quartier réalisé à Bordeaux par son groupe comme le premier en France. L’animatrice, Laure Noualhat, a malgré tout attiré l’attention sur le fait que dans ce domaine la France a un grand retard à rattraper : alors que la demande est très forte, il n’existe pas en France de législation (à la différence de plusieurs pays anglo-saxons, de la Suisse, de l’Allemagne) sur les éco-quartiers. Ecologie, il te faut encore progresser…

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