06/05/2008

De nouveaux développements sont nécessaires pour que l’énergie éolienne devienne mature en France. Mais elle semble bien lancée actuellement. Telle était l’opinion des spécialistes en ce domaine, réunis au Mardi de l’Environnement du 6 mai dernier.

Premier orateur, Christian Garnier, vice-président de France Nature Environnement, et acteur du Grenelle de l’Environnement, a rappelé la position de son organisation sur l’éolien : c’est oui, mais avec une maîtrise du processus, et une planification au niveau national. Il a ainsi appelé de ses vœux une transparence sur les financements publics (notamment en ce qui concerne EDF) de cette énergie ; il a souligné que ce sont les groupes privés, non l’Etat, qui ont assuré son développement, d’où « une certaine anarchie ».

Mais en tout état de cause, les perspectives semblent flatteuses. A terme, a précisé Jean-Louis Bal, de l’Ademe, l’éolien pourrait produire l’équivalent de 5 millions TEP, soit 25 000 MgW, 19 000 MgW sur terre et 6 000 MgW en mer, avec de 7 à 8 000 éoliennes. Ce qui est important, mais moindre que chez nos voisins, 34 000 Mgw off-shore pour le programme anglais et 30 000 MgW pour le programme allemand. La France est le 7ème pour l’éolien en Europe. Yves-Bruno Civelle, directeur de l’Observatoire des énergies renouvelables, a estimé, par téléphone, que l’off-shore était la voie de l’avenir. Selon lui, le terrestre commence à montrer des signes de saturation. Philippe Gouverneur, secrétaire général de France Energie Eolienne, opérateur sur ce marché, a donné quelques éclaircissements sur le projet de son groupe d’implanter un groupe d’éoliennes en mer, à proximité de l’île de Ré (Charente-Maritime). Ce serait le premier parc éolien marin français. Auparavant, il avait décrit toutes les étapes à suivre, et qui durent plusieurs années, pour installer des éoliennes. Au total, de 4 à 6 ans. Par téléphone , Jean-Jacques Hilmoine, maire, a longuement expliqué la genèse de l’installation d’un groupe de 70 éoliennes, de 2 MgW chacune, sur le territoire de 25 communes du Nord-Pas-de-Calais. Dans les raisons qu’il a données pour justifier cette installation, il y a bien sûr l’intéressement financier : les terrains sont loués à raison de 6 100 € par machine, et ce sur 15 ans. La taxe professionnelle représente 2 millions €, soit 4 fois le budget de la communauté de communes.

Un certain consensus est ainsi apparu entre les acteurs de ce dossier à la tribune. Toutefois plusieurs interventions, dans le public, ont montré que tout n’était pas acquis. Allain Bougrain Dubourg, président de la Ligue pour la Protection des Oiseaux, a souligné, sans remettre globalement en cause cette forme d’énergie, que les éoliennes pouvaient avoir de terribles impacts, par collision, sur les oiseaux et les chauves-souris ; « il y a une hécatombe de grands voiliers [grands oiseaux] en Espagne, en Grande-Bretagne et aux USA ». Sabine Servan-Schreiber, présidente de l’association Vent de Travers, s’est élevée avec une certaine véhémence contre un projet, piloté justement par la société de Philippe Gouverneur, dans sa région : le site préservé de Veulettes (Manche), devrait recevoir 21 éoliennes. D’autres participants ont également estimé que les projets d’éoliennes off-shore dans les départements de la Seine-Maritime et de la Somme mettraient en péril le tourisme et la pêche. Sans parler des aspects de la nuisance sonore et de la « pollution visuelle », qui semblent, pour l’heure, minorés. A l’évidence, le vent de l’éolien soulève encore quelques doutes…

La réunion s’est terminée avec la lecture et la remise des prix par Marie-Pierre Cabello, présidente de la S.E.R.E., du palmarès de la 3ème édition du festival de courts métrages « Les Frontières du Court », qui s’est tenu à Marseille, dans le cadre du festival Science-Frontières, du 4 au 6 avril dernier.