02/11/2004

L’agriculture, on le sait, est en crise, avec la réforme de la PAC et la déprise agricole en Europe, les problèmes de l’insuffisance nutritive des pays en développement, les pollutions entraînées par le secteur, et la nécessité consécutive de trouver des solutions à long terme, qui puissent à la fois assurer la sécurité alimentaire du monde et la relève des générations de professionnels du monde agricole. Tous ces thèmes, et d’autres, ont été abordés au cours du débat de novembre des Mardis de l’Environnement.

Il a réuni des acteurs occupant chacun une place bien particulière dans le panorama agricole : Gilles Hirzel, Chargé d’information du bureau régional pour l’Europe de la FAO ; Sylvie Kergreis, Chargée de mission à la Direction générale de l’enseignement et de la recherche du ministère de l’Agriculture (MAAPAR) ; Claude Bourguignon (par téléphone), ingénieur agronome ; et François Terrasson, du Muséum National d’Histoire Naturelle.

Il est revenu à Gilles Hirzel de rappeler d’abord l’étendue de la question alimentaire dans le monde. 840 millions de personnes restent malnutries. La FAO promeut l’utilisation de semences classiques, et veut favoriser aussi les  » plantes orphelines « , non retenues actuellement dans le commerce mondial, mais faisant partie du patrimoine biologique de nombreux pays. Pour réduire la fracture nutritionnelle de 50% d’ici 2015, la FAO estime parallèlement que les OGM ne sont pas nécessaires, au moins jusqu’à cet horizon. Mais ensuite, et dans la perspective de l’horizon 2050, cette organisation  » ne se ferme pas aux OGM. « 

Claude Bourguignon, intervenant ensuite, a donné un point de vue nettement plus critique, sur l’état actuel de l’agriculture : selon lui, 10 millions d’hectares sont détruits annuellement dans le monde, en raison de la mauvaise gestion des sols ; l’utilisation massive des engrais finit par appauvrir les terres, et faire chuter les rendements ; la France  » a des produits agricoles de mauvaise qualité  » et perd 30 000 agriculteurs par an ; il appelle donc à une régénération des sols, à une rationalisation des techniques agricoles, lesquelles seraient parfaitement capables de nourrir le monde, sans OGM. Mais il y a aussi un problème d’hommes.

Sylvie Kergreis a évoqué longuement les insuffisances qui existeraient dans les formations en France, s’appuyant sur son expérience en Bretagne. Cet enseignement n’inclut plus (à la différence des années antérieures à 1980) une composante environnementale, et s’il est de la responsabilité des chambres d’agriculture, il associe aussi des conseillers de sociétés agro-industrielles, lesquels poussent les agriculteurs à utiliser leurs produits… Depuis 1995, dans les lycées agricoles, une formation axée sur les thèmes d’une agriculture durable est prévue, mais les freins au développement de ce type d’enseignement seraient importants. Enfin François Terrasson devait se montrer encore plus radical que Claude Bourguignon, estimant que la société traditionnelle agricole (en France)  » a été victime d’un génocide du fait de la politique productiviste du ministère de l’agriculture.  » De la même manière, l’aide alimentaire européenne aurait détruit les cultures vivrières de l’Afrique, et paupérisé davantage les populations : une critique à peine voilée de l’action de la FAO, dont le représentant se trouvait à ses côtés à la tribune… Mais Gilles Hirzel a maintenu son cap, en plaidant pour une agriculture équitable entre le nord et le sud. Il reste toutefois encore beaucoup de chemin à faire pour que ce vœu puisse être entendu.