04/11/2003

Les forêts des pays en développement sont dramatiquement réduites par l’exploitation du bois, et pour la biodiversité du monde, c’est une perte irrémédiable. Mais dans les pays occidentalisés, la situation est loin d’être satisfaisante : pollutions, aménagements, atteintes de toutes sortes à la faune et à la flore, impliquent de trouver des solutions à court et long terme si l’on veut garder ce capital naturel pour les générations futures. Il s’agit aussi de réaliser tous les bienfaits qu’apportent les forêts pour les sociétés, en terme d’espaces naturels nécessaires, à côté des vies urbaines et les pressions qu’elles suscitent. Et de reconnaître notamment leur rôle de support à la sensibilité, à l’imaginaire…

Toutes ces dernières problématiques devaient être évoquées, en ce qui concerne la France, par les invités du Mardi de l’Environnement du 4 novembre 2003 : Bernard Boisson, photographe et écrivain, auteur du livre  » la Forêt primordiale  » ; Camille Sergent, apicultrice à Milly la Forêt (Seine et Marne) ; Bernard Cauchetier, administrateur de l’association CERF (Centre d’études et de recherches de Rambouillet) ; Vincent Vignon, de l’OGE (Office du génie écologique) ; et Daniel Vallauri, chargé du programme  » Protection et restauration des forêts  » au WWF-France.

Un long plaidoyer pour la nature authentique que permettent encore les forêts, voilà le sens de la première intervention, celle de Bernard Boisson. Il a mis l’accent sur les cycles temporels qui sont ceux des forêts, et recommandé de les écouter, afin de retrouver un sens de vie plus équilibré ; il estime qu’une  » immersion  » dans ces océans de verdure ne peut être que régénératrice. Camille Sergent a fait part de son expérience, qui lui permet de rappeler que les abeilles sont de bons témoins de la santé d’une forêt : elles ont besoin de diversité florale, et non d’uniformisation, ce qui implique la présence d’un grand nombre d’espèces végétales, critère qui n’est pas toujours rempli, loin s’en faut, dans les forêts françaises.

Vincent Vignon a aussi souligné toute l’importance d’une faune nombreuse et différenciée, particulièrement les insectes. Puisque ces derniers se dispersent très peu, leur permanence (ou leur disparition) d’un biotope permet de juger de son état. Pour la forêt de Rambouillet, Bernard Cauchetier, à ce propos, a cité le cas des lapins, qui ont été éliminés. Et avec eux la fonction d’éclaircissement des massifs qu’ils remplissaient. L’ouverture naturelle des milieux est essentielle, a-t-il indiqué. Mais depuis longtemps, c’est d’une ouverture artificielle qu’il s’agit le plus souvent.

Le CERF intervient pour développer des réserves biologiques à Rambouillet, ce qui est facilité par le fait que 15 000 ha, sur les 25 000 ha au total, sont sous statut domanial. Mais si 2 000 ha de forêts publiques sont protégés en Ile de France, le chiffre est nul pour les forêts privées. Et Bernard Cauchetier de préciser que selon lui, sur 100 000 propriétaires forestiers de cette région, 95 000 possèdent moins d’un hectare. Ce qui ne facilite pas une gestion rationnelle. Daniel Vallauri devait projeter à l’écran des transparents rappelant le travail du WWF pour les forêts. Avec quelques chiffres évocateurs : 80% des forêts en France seraient semi-naturelles, 20% artificielles, et peut-être de 0 à 0,02% naturelles ; les forêts protégées couvrent 172 400 ha sur l’ensemble du pays, soit 1,09% de la superficie totale du couvert forestier.

On voit bien que les hommes ont profondément modifié le règne naturel, et tous les participants ont donc insisté sur le besoin d’une politique beaucoup plus respectueuse de la vitalité, dans tous les sens du terme, du monde forestier.

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