06/11/2007

La nature présente, avec ses espaces et ses espèces : quelle sera-t-elle demain ? Au Mardi de l’Environnement de novembre, plusieurs spécialistes, chacun dans leur domaine, ont tenté de répondre à cette question, en décrivant des situations actuelles, qui sont toutes représentatives, car elles sont destinées à avoir des développements dans les temps à venir, et donc influer largement sur l’image que prendra la nature.

Pascal Picq, paléo-anthropologue au Collège de France, a pris une incidence pour parler du sujet du jour. Une incidence, mais essentielle, car elle conditionne largement les positionnements envers les grands enjeux écologiques. Il s’agit de la théorie darwinienne de l’évolution, considérée comme le « socle » majeur de la compréhension de la biodiversité. Or Pascal Picq a décrit longuement les offensives de réfractaires, qui arguent de « créationnisme », surtout aux Etats-Unis mais aussi de plus en plus en Europe ; une pensée qui voudrait faire resurgir des causalités religieuses dans l’apparition du vivant, une pensée rétrograde. Le cinéaste Frédéric Fougéa, en évoquant son dernier film, tiré du roman éponyme, « Pourquoi j’ai mangé mon père », a donné une bonne illustration de la façon dont le monde s’est formé, à savoir une co-évolution entre les espèces. Et cette co-évolution continue, a confirmé Pascal Picq. Geneviève Rousseau, directrice du tout nouveau parc marin de l’Iroise, a donné le sens d’une nouvelle orientation dans la gestion des aires marines protégées : elle doit être un outil de concertation entre tous les acteurs concernés, et non plus un outil de réglementation. Au Canada, par contre, la réglementation doit toujours être la règle pour l’exploitation des espèces sauvages, a rappelé Paul Lamoureux, biologiste marin canadien. Spécialiste des phoques, il a justifié les programmes d’abattage de ces espèces dans son pays : il estime notamment que la population du phoque du Groënland est plantureuse et peut supporter des quotas de prise annuels de 30%… Il a aussi attiré l’attention sur les risques pour la faune sauvage du réchauffement climatique, déjà largement à l’œuvre au Canada. En Méditerranée, a précisé Catherine Piante, responsables du programme des aires protégées du WWF –France pour cette région, les problèmes dus au réchauffement se constatent aussi bien, en parallèle avec la pollution, le tourisme, la surpêche, les espèces invasives. Mais accroître le nombre et la taille de ces aires protégées permettrait de lutter efficacement contre toutes ces menaces.

Et s’agissant de la surpêche, la question du thon rouge a donné l’occasion à Stephan Beaucher, responsable de la campagne océans à Greenpeace, d’éclairer la salle sur la situation actuelle, qui n’est pas brillante. Elle se détériore même depuis dix ans. Et pourtant il y aurait une vraie capacité de régénération de l’espèce, si un moratoire sur la pêcherie était instauré, avec une sanctuarisation des zones de reproduction. A ce prix seulement pourrait être reprise ultérieurement une exploitation raisonnée de la ressource, a estimé Stephan Beaucher …

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