01/03/2005

L’ouragan qui a dévasté de nombreuses zones boisées en France, en décembre 1999, a sans doute créé un choc salutaire, au moins pour la politique forestière nationale. Au cours du débat des Mardis de l’Environnement, le 1er mars, Jean-Marc Brézard, responsable de mission à la Direction technique de l’Office National des Forêts, a ainsi souligné que de nouvelles orientations avaient été décidées, en tirant les leçons de la dévastation. Désormais, l’accent doit être mis davantage sur la régénération naturelle, et sur une plus grande diversification des essences, ce qui devrait permettre aux massifs d’offrir une résilience accrue en cas de perturbations. Car on l’a bien vu, après le passage de l’ouragan : des parcelles monospécifiques, plantées d’une seule et même espèce d’arbre, ont pu être totalement décimées, créant des vides au sein d’une forêt.

Jacques Le Héricy, directeur de l’Environnement et du Développement durable de l’ONF, manifestait aussi, avec l’intitulé de ses fonctions, que les choses changent au sein de son organisme… Développement durable, voilà qui sent l’air du temps, et le souci de préserver un peu plus les ressources offertes par le monde naturel, quand il s’agissait, depuis toujours, de les exploiter sans beaucoup d’états d’âme. Jacques Le Héricy s’est félicité de la bonne santé globale des forêts publiques, puisque si 52 millions de m3 sont commercialisés annuellement, la régénération, elle, atteint 85 millions de m3. Mais il a souligné aussi que des problèmes demeurent, et notamment le fait que la forêt semble oubliée dans les politiques structurantes du territoire. De nouveaux partenariats (avec, peut-être, les collectivités locales, des entreprises de mécénat) sont à créer, car l’ONF a des charges plus lourdes pour protéger le patrimoine forestier.

Vincent Vignon, ingénieur écologue de l’Office de Génie Ecologique (OGE), a fait un exposé très complet de la biodiversité mal connue ou méconnue des forêts : les invertébrés, qui représentent la majeure partie de la biomasse d’une façon générale. Toute politique forestière devrait en tenir compte dans ses projets d’aménagement. Se pencher sur le devenir des forêts, c’est aussi garantir la pérennité de ses animaux, qui jouent un rôle fondamental dans la vie du monde végétal. Un film vidéo de Jérôme Hutin, également présent à la tribune, a été diffusé, qui lance un cri d’appel pour le classement en un statut de protection mondial de plusieurs espèces d’arbres considérés comme vulnérables. Et puis il est revenu à Bernard Boisson, photographe et écrivain, d’exprimer un diagnostic différent de celui qui prévaut largement, celui d’un retour à la nature. Pour lui, en effet, ce n’est pas la vraie nature à laquelle on pourrait faire retour : mais une nature artificialisée, ainsi qu’ au 19ème siècle, lorsque la forêt de Fontainebleau, magnifiée par des écrivains et des peintres, a été « redécouverte » comme une nature restée intacte, alors qu’elle avait subi depuis des siècles l’empreinte des hommes. Bernard Boisson a donc appelé au respect intégral de la naturalité – ce qui semble évidemment difficile à mettre en œuvre, tellement la demande d’espaces non-citadins est forte. Du moins peut –on éviter davantage, aujourd’hui, les erreurs du passé, qui consistaient à créer des paysages à la seule mesure de l’homme.

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