07/09/2004

Que notre environnement soit de plus en plus pollué, chacun peut s’en apercevoir, ne serait-ce qu’un peu : habiter en ville, par exemple, c’est s’exposer aux produits toxiques dégagés notamment par les véhicules. Mais si le constat n’est pas globalement discuté, la pertinence des pollutions spécifiques, elle, l’est. Et plus encore les moyens de mettre un terme à ces menaces sur les hommes (les animaux comme les végétaux sont pareillement concernés, mais comme d’habitude ils sont considérés comme quantités négligeables).

C’est donc d’un thème bien d’actualité,  » santé et environnement : les nouveaux risques « , qu’ont traité les invités du Mardi de rentrée, le 7 septembre : Thierry Jaccaud, rédacteur en chef de la revue  » L’Ecologiste  » ; Marie Vigorie, déléguée générale de l’ARTAC (Association française pour la recherche thérapeutique anti-cancéreuse) ; Patrice Richard, médecin à l’hôpital Saint-Louis (Paris) ; et Yannick Vicaire, responsable de la campagne  » toxiques  » de Greenpeace. Le débat s’est placé sous le signe de  » L’Appel de Paris « , une déclaration signée par de grands noms de la biologie, de la médecine, des sciences humaines, de la politique, à l’issue d’un colloque organisé à l’Unesco en mai sur les dangers sanitaires de la pollution chimique.

Thierry Jaccaud a présenté le numéro de juillet-août-septembre de sa revue, centré sur ces problèmes de pollution. Il a aussi détaillé le système REACH, un projet de réglementation européenne des produits chimiques, qui doit être examiné à l’automne, et au printemps 2005, par le Parlement européen. Sans se dissimuler toutefois les difficultés : il estime que les pressions du monde industriel ont déjà réduit sensiblement la portée des décisions attendues. Néanmoins l’heure est à une bien plus grande mobilisation des acteurs de la société civile, car le risque est là pour l’espèce humaine d’une dégradation réelle et durable de sa santé.

Marie Vigorie a donné d’utiles précisions sur la multiplication des cancers induits par la pollution de l’environnement. Patrice Richard a élargi le propos à d’autres exemples de cette pollution, historiques mais aussi présents, structurels : la perte de fécondité des hommes comme des femmes, les empoisonnements dus aux métaux lourds, les catastrophes de Bhopal et d’AZF, sans oublier Tchernobyl.

Et Yannick Vicaire, pour sa part, a souligné son propos en présentant un guide Greenpeace des pollutions alimentaires. Il a dénoncé la présence de pesticides et d’additifs néfastes dans un grand nombre d’aliments courants – mais aussi dans les cosmétiques, et regretté que ces produits chimiques ne soient pas, pour l’heure, concernés par le système REACH.

Le problème, comme l’a souligné Thierry Jaccaud, est qu’il existe 100 000 substances chimiques industrialisées en Europe … dont 99% échappent à une réglementation, car il faudrait les tester, une tâche manifestement impossible. Il reste que si le contrôle des polluants les plus dangereux peut être réalisé dans un avenir proche, ce sera déjà un grand pas en avant.
En final, Marie-Pierre Cabello, présidente de la S.E.R.E., a procédé à la remise des trophées de la première édition du Festival de films documentaires sur l’écologie et le développement durable, organisé du 16 au 23 juin au ministère de l’Ecologie.