02/03/2010

La communauté scientifique, qui travaille rarement dans l’urgence, a besoin de médiatisation, et les journalistes, de leur côté, veulent des informations rapides quand l’actualité le demande. Comment assurer une bonne coordination entre ces deux mondes ?

Au Mardi de l’Environnement, le 2 mars, Anne Bauer, présidente de l’Association des journalistes de l’environnement (AJE), n’a pas caché que cette coordination était loin d’être parfaite. Elle a reconnu que la faute revenait en partie aux journalistes eux-mêmes : « quantité de sujets ne sont pas traités, parce qu’il y a un panurgisme des journalistes, ils parlent tous de la même chose en même temps. » Mais elle a aussi, et surtout, mis l’accent sur la démultiplication de la vitesse de l’information, avec internet, et souligné que ce panurgisme était dû, en grande partie, à la dispersion des sources d’information. Yves Miserey, journaliste au Figaro, a confirmé que son travail, et celui de ses confrères en général, était marqué par la nécessité de faire des choix. Mais il privilégie, lui, la source d’information principale des publications scientifiques, et considère sa pratique efficace.

L’association Robin des bois édite des communiqués et des rapports. Donc elle est soumise à la même problématique d’accès à l’information. Mais selon Jacky Bonnemains, son directeur, elle se tourne volontiers vers les sites internet et les blogs. Toutefois elle a aussi des contacts réguliers avec des entreprises et des administrations, notamment les services de l’Etat. Représentant de l’Etat, justement, Jean-François Carenco, directeur de cabinet de Jean-Louis Borloo, ministre de l’Environnement, a plaidé pour la prise en compte de ce qu’il estime être une nouvelle donne : l’implication grandissante du public dans les prises de décision le concernant, d’où découle pour lui un besoin accru d’information, auquel l’Etat, qui n’est pas omniscient, peut répondre efficacement si les médias, de leur côté, traduisent bien les enjeux concernés. Yves Leers, qui a longtemps œuvré à l’Ademe, a tenu à souligner qu’il fallait « aller au plus près du public » en l’informant pleinement, quand on lance, ce que fait l’Ademe, des campagnes sur des thèmes spécifiques.

Au téléphone, Jean-Marie Pelt (président de l’Institut européen d’écologie) a relevé qu’il y avait une surmédiatisation du domaine qui est le sien, et demandé davantage de déontologie de la part des journalistes ; et Yvon Le Maho, directeur de recherches au CNRS, qui a été chargé par Jean-Louis Borloo et Chantal Jouanno d’une mission d’expertise sur la biodiversité, a considéré au contraire que l’écologie devait « sortir de son ghetto » et que dans cette optique les médias avaient un rôle de plus en plus important à jouer …