03/10/2006

Si elle est acceptée comme un maillon essentiel des circuits alimentaires, l’agriculture biologique peine encore, en France, à trouver de bonnes conditions pour être plus largement représentée sur la table des consommateurs. L’ensemble des conditions de production, de commercialisation et d’une manière générale la réglementation, ne facilitent pas beaucoup ce secteur. L’un des intervenants au Mardi de l’Environnement d’octobre, consacré à ce thème, Henri Tepot (Fédération Nationale de l’Agriculture Biologique, FNAB), rappelait que l’agriculture bio en France représente entre 1,8 et 2% du poids commercial de l’agriculture conventionnelle. Ce qui est bien peu.

Et pourtant, de l’avis d’Henri Tepot, l’avenir est certainement de ce côté, surtout si on replace la question dans le contexte global de l’épuisement des ressources terrestres, des pollutions et de la nécessité de prendre bien plus en compte les rythmes de la nature pour continuer à faire fonctionner la machine alimentaire. Même si dans la période actuelle des nuages se lèvent au niveau européen : les projets de révision de la réglementation bio pour 2009 seraient préoccupants, car ils souligneraient, avant tout, la nécessité de respecter les lois du marché et remettraient en cause les fondements de cette agriculture. Choisir des critères de production spécifiques et pouvoir écouler sa production, c’est un défi pour l’agriculture bio ; un défi que relève Agnès Carlier, jeune agricultrice établie en Ile-de-France. Son travail a été exposé dans un film présenté avant le débat,  » Devenir paysan  » (de Sylvie Carlier, Alma Viva Production). Elle pratique la vente directe, sur les marchés, et elle estime que la rentabilisation de l’investissement initial peut intervenir en trois ans.

Michel Dupont, de la Confédération paysanne, n’a pas mâché ses mots. Il considère que la réforme de la PAC (Politique agricole commune) n’a fait que perpétuer l’injustice de la dévolution des aides agricoles, qui profitent largement à des exploitations traditionnelles peu soucieuses de respecter l’environnement. Il faudrait, selon lui, que l’agriculture biologique soit incluse dans les stratégies de défense de l’environnement. Bernard Cressens, directeur des programmes du WWF-France, a dénoncé l’emploi outrancier des pesticides en France ; et sur un plan plus positif, a mentionné l’aide apportée par son association à l’agriculture de proximité. Enfin, une figure  » historique  » de l’agriculture biologique, Philippe Desbrosses, a introduit une note intéressante concernant la vente des produits biologiques en grandes surfaces, considérée par certains comme contraire aux principes du bio : il estime qu’ il serait irréaliste, voire illégitime, de condamner ce type de commercialisation, dans la mesure où , d’une part, beaucoup d’enseignes ont fait ce choix, et d’autre part, il permet au bio de prétendre à des débouchés indispensables. Parmi les nombreuses questions de la salle, des questions/informations souvent, l’une a concerné les AMAP, les associations pour le maintien de l’agriculture paysanne, qui se développent en France. A terme, peut-être une direction à emprunter davantage, car l’agriculture, et fondamentalement l’agriculture biologique, c’est aussi une affaire d’hommes à faire vivre sur une terre.