06/07/2006

La terre ferme étant de plus en plus surexploitée, et largement détériorée, il est tentant de se tourner vers un autre espace, qui représente 71% de la superficie du globe. Et qui possède, croit-on, d’immenses ressources, qu’elles soient alimentaires ou énergétiques : la mer. Que peut-on, que doit-on, faire avec ce potentiel ? Pour en parler étaient réunis au Mardi de l’Environnement de juin de grands spécialistes de ces questions.

Pour Nardo Vincente, professeur de biologie marine et directeur scientifique de l’Institut oéanographique Paul Ricard, il existe bien un « gisement » de ressources océaniques, qui est à l’heure actuelle largement sous-exploité : 10% seulement des protéines nécessaires à l’alimentation humaine proviennent des mers.

Selon Patrice Lardeau, chargé des relations publiques à l’Ifremer, en matière d’énergie, il serait possible d’utiliser la houle, les courants littoraux, l’énergie maréthermique, les nodulles métalliques et rechercher plus profondément le pétrole (à 3 000 mètres, comme il est prévu dans les 3 à 4 ans qui viennent). Mais pour lui, il faudrait aussi résoudre la question des déchets, illustrée par un film sur la pollution en Méditerranée.

La sauvegarde des espèces et des espaces est également une question cruciale, dans cette perspective de développement des ressources marines. Philippe Robert, secrétaire exécutif du sanctuaire Pélagos, l’a souligné, en présentant ce sanctuaire, qui représente un vaste triangle de 87 500 km2 entre les îles d’Hyères en France, Monaco et la Sardaigne (Italie). Il est peuplé de nombreuses espèces de cétacés et doit trouver des accords avec les exploitants marins (transports, pêche) pour offrir le moins de perturbations à cette faune marine. Mais ce n’est pas facile…

L’instauration d’aires protégées à plus grande échelle, dans la plupart des océans, semble également une nécessité, a estimé Sébastien Mabile, du WWF France. Et notamment pour notre pays. Il est le troisième au monde pour la superficie de son domaine maritime océanique. Mais seulement 0, 001% de ce domaine bénéficie d’une telle protection (7,5% pour l’Australie, par exemple). Il faut donc progresser largement.

Le bilan français est nettement supérieur en ce qui concerne le domaine public maritime. Depuis 30 ans, le Conservatoire du littoral se consacre à l’acquisition de ces espaces, dont 10% (soit 100 000 ha), ont pu, ainsi, être protégés. Pour Emmanuel Lopez, directeur du Conservatoire, d’ici 30 ans, les trois-quarts de la population mondiale vivront sur une bande littorale de 60 km de large. Il est donc impératif d’étendre les mesures de protection à ces zones déjà très anthropisées. Nardo Vicente a rappelé, en final, qu’en Méditerranée, il n’existait pas comme en haute mer de zone économique exclusive (200 miles). Mais seulement, en tout cas pour la France, une zone de protection écologique (de 12 à 200 miles). Cela n’empêche pas les pollutions, notamment par les dégazages des navires. Même si, pour lui, ces dégazages ne sont pas réellement des pollutions, mais des nuisances, qui peuvent être résorbées.

En ouverture de ce débat, le musicien Bernard Abeille avait interprété à la contrebasse ses compositions de chants de baleine.