06/04/2010

Le cheval de Przewalski, c’était un équidé de petite taille (1,50m environ au garrot), mais particulièrement robuste et très bien adapté à son environnement, les grandes plaines et plateaux d’Asie centrale, au climat rude, à la ressource rare pour les humains. Il a existé tant qu’il y avait peu d’humains, justement. Et puis au fil des siècles il a commencé à disparaître, sous la pression des implantations, de la chasse, de la concurrence pour la nourriture avec le bétail, des nuisances de toutes sortes apportées par l’avancée des hommes. Il a disparu définitivement en 1968 ou 1969.

Heureusement, il en restait plusieurs individus (53) dans les établissements zoologiques du monde. « Mais très peu de fondateurs », a expliqué Jean-Luc Berthier, responsable scientifique des collections animales vivantes au Muséum national d’Histoire naturelle, lors du Mardi consacré à la conservation de la nature sauvage. D’où un problème de capital génétique, puisque des projets ont vu le jour de réintroduire cet animal, et qu’il fallait éviter une consanguinité. L’un des premières initiatives a été lancée sous l’égide du WWF-France. Sally Zalewski, consultante pour cette ONG, était responsable du projet « Cheval de Przewalski » en 1982. La première étape était de créer un environnement favorable pour que les chevaux puissent se reproduire. D’où le choix d’un vaste espace, dans les Cévennes, en 1983, et le relâcher de deux individus. Après plusieurs déboires, marqués notamment par la mort de plusieurs chevaux, un groupe significatif a pu être constitué. Frédéric Joly a décrit une expérience similaire, qui a donné lieu à une réintroduction en Mongolie, dans l’habitat d’origine. Elle est conduite au Villaret (Causse Méjean, Lozère). Le principal défi, selon lui, est la formation de groupes familiaux. Il recoupe celui de la constitution génétique de ces groupes. Il s’agit donc de faire un suivi génétique précis. L’élevage du Villaret a maintenant dix ans, et il est concluant.
Invité pour commenter ces programmes de réintroduction, le paléoanthroplogue Pascal Picq s’est attaché à déterminer les critères qui déterminent leurs chances de succès – ou d’échec. Selon lui, « Plus les espèces sont culturelles, plus on a de mal à les réintroduire. » Et il faut donc veiller avec soin aux conditions qui permettent leur nouvelle acceptation dans leur environnement par les hommes.
En prologue de ce débat, des travaux de la cinéaste Ariane Michel étaient proposés à tous les invités de ce Mardi : un film projeté en grandes dimensions, sur les murs de l’Institut océanographique Paul Ricard, qui montrait les chevaux de Przewalski « sur leurs terres », en liberté, et un autre sur la découverte dans les glaces d’un bébé mammouth. Ariane Michel a pris aussi la parole au cours de la soirée, pour parler en termes très sensibles de son expérience du contact avec les animaux.