08/01/2008

Il était difficile, dans l’état actuel des choses, de répondre précisément à la question sous laquelle était placé le Mardi de l’Environnement de janvier : qui va payer pour les mesures annoncées du Grenelle ? Du moins les invités, tous spécialistes de ces questions, à des titres divers, ont-ils ouvert des pistes, et donné des tendances qui permettent de mieux comprendre les enjeux du financement.

Premier à s’exprimer, Jean-Patrick Le Duc, conseiller municipal d’une commune d’Ile-de-France et conseiller communautaire de la communauté d’agglomération du Val d’Orge, a fait état d’un changement important parmi les élus, après le Grenelle : avant, les questions environnementales étaient considérées par ces derniers comme assez peu importantes. Désormais, la donne a changé, et ces questions sont à traiter comme les autres. Toutefois, selon Jean-Patrick Le Duc, la préoccupation majeure des élus n’est pas tant de trouver des pistes budgétaires pour les dossiers qui les concerneraient, que de déterminer leur ordre de priorité. Brice Lalonde, ancien ministre de l’Environnement et maire de Saint-Briac, en Bretagne, était de retour de la conférence climatique à Bali. Il s’est fait l’écho de l’impact médiatique énorme, selon lui, dans le monde, de la réunion du Grenelle, une première. Après avoir donné des précisions sur l’attitude européenne concernant les changements climatiques, il a fourni une réponse à la question formulée par les élus cités précédemment : en estimant que le logement était le chantier le plus important, avec l’application de nouvelles normes environnementales. Pour France Nature Environnement, Arnaud Gossement, son porte-parole, « l’enjeu du Grenelle est de faire passer l’idée que les mesures apporteront des bénéfices ». Comment ? Par les réductions d’énergie, une meilleure efficience de consommation et de production d’une manière générale. Ainsi, il serait notamment normal et judicieux que les producteurs internalisent le coût de la détérioration éventuelle de l’environnement.

Il est en effet bien connu que la nature, et particulièrement la nature abiotique (énergies fossiles) est traitée comme un actif, dans les comptes d’une nation, pour les ressources qu’elle procure, et jamais comme un passif, pour les dommages qui lui sont infligés par une exploitation. Lesquels dommages, de plus en plus, entravent le développement des sociétés humaines – qui doivent alors payer pour « renaturer » autant que faire se peut.

Avec Patrick Viveret, président de l’Observatoire de la décision publique, et auteur du rapport « Reconsidérer la richesse », c’est à un exercice de haute volée que le public du Mardi a pu assister. Le constat de départ, c’est, selon lui, que les pays industriels occidentaux sont capables d’injecter des milliards de dollars dans le système monétaire international en crise (comme c’était le cas en janvier), mais pas d’en dispenser une partie, même infime, pour l’urgence écologique, ni pour l’urgence sociale. Et ce système vit sur des faux-semblants : « Chaque jour dans le monde s’échangent 4 000 milliards de dollars, dont seulement 2 à 3% correspondent à des biens et services réels ». Patrick Viveret plaide pour une réforme de ce système, afin de retrouver une économie véritable. Mais ses vœux peuvent-ils être exaucés dans le contexte présent ? La prise en compte réelle de la problématique environnementale, dans les politiques étatiques, semble pouvoir davantage faire l’objet de consensus.