4 octobre 2011

 

 

 

Ses effectifs et sa colonisation dans les régions se renforcent, comme le font les positions de ses partisans et de ses opposants. Dix-neuf ans après sa réapparition en France, le loup continue d’attiser les passions et sa gestion, notamment, est discutée. Que faire ?

 

 

 

Le loup, toujours en questions

Ce furent d’intéressants échanges, dans un souci de clarté et de compréhension réciproque, lors du débat du mardi de l’Environnement du 4 octobre, consacré au loup en France. Car les trois parties prenantes (ou presque, le public, lui aussi, est concerné, mais il était présent dans la salle et ne s’est pas privé de questions) au dossier loup étaient invitées à la tribune, et ont exposé, chacune, leur position, sans sectarisme, bien loin des échanges enflammés auxquels cette espèce de canidé a été dédiée pendant longtemps.

D’un côté, donc, deux défenseurs de l’animal, Gilbert Simon, président de l’association Ferus, et Vincent Vignon, écologue spécialiste du loup ; de l’autre, Bernard Bruno, éleveur et président du Syndicat ovin des Alpes-Maritimes ; et en troisième position, Paul Delduc, sous-directeur du Service de la protection et de la valorisation des espèces et de leurs milieux au ministère de l’Ecologie.

Bernard Bruno s’est fait état des difficultés amenées par la présence du loup. Il a fourni un témoignage informé, précis et même émouvant. Il est hostile à l’éradication de cet animal, mais il constate qu’il rend la vie « impossible » pour les éleveurs : c’est un opportuniste, « qui s’habitue à toutes les mesures de dissuasion », qui s’attaque même aux chiens de protection des troupeaux, les patous. Bernard Bruno estime que le problème est entre les mains de l’Etat. De plus en plus, les éleveurs en extensif comme lui (c’est à dire pratiquant le pâturage et la transhumance) voient leur activité se réduire, en raison des difficultés. L’avenir pourrait bien passer par le seul élevage ovin intensif, l’élevage industriel, et signifierait la fin des bergers, la fin du mouton de plein air.

Paul Delduc connaît ces problématiques fort bien ; le ministère est dans une position qui n’est pas facile, car il doit concilier les intérêts de deux parties qui s’opposent. En pratique, puisque le loup est protégé par la convention de Berne et la directive Habitat, il n’est pas question de le voir disparaître. Certes, les attaques de loups sont en augmentation, puisque les effectifs des populations sont à la hausse (il y aurait de 180 à 200 individus actuellement). L’Etat accorde des compensations financières pour chaque attaque, et des abattages réglementés sont prévus. Mais l’équilibre est toujours fragile.

Pour Gilbert Simon, ces abattages réglementés ne règlent pas la question. Le loup ne peut que se trouver dans les zones où existent des troupeaux de moutons, car presque toute la nature est anthropisée. L’animal a déjà colonisé les massifs montagneux, et à terme, il pourrait faire de même pour des zones plus basses, en plaine. « C’est fort probable » a relevé Gilbert Simon, « et sachant qu’il y a encore en France des espaces naturels qui leur conviennent, les loups pourraient augmenter jusqu’à atteindre 1 000 à 1 500 individus ». Vincent Vignon a retracé, en prolongement de ce point, l’histoire convergente du retour du loup en France et de la réapparition des grands ongulés, qui sont des proies pour cette espèce. Et selon lui, « il n’y a pas de réelle solution [à la présence du loup] envisageable, il faut s’habituer à ce prédateur, c’est tout ». Un point de vue que partage, même en l’exprimant sous une forme plus circonstanciée, Paul Delduc. Et qui est bien aussi celui de Gilbert Simon, lequel a rappelé les exigences écologiques de l’animal, un territoire de 20 000 ha pour une meute (il n’y a donc que trois meutes dans le parc du Mercantour), et souligné qu’à son avis, les menaces viendraient bien moins des éleveurs que des chasseurs, lesquels accusent le loup, au mépris de toute vraisemblance, de faire diminuer les populations de grands ongulés sauvages (et de réduire ainsi le nombre d’animaux chassables ) …