04/01/2011

L’arbre ne cache pas la forêt :

2011, c’est l’année de la forêt dans le monde, sous les auspices de l’ONU. Si pendant longtemps les forêts étaient négligées, en termes de conservation du patrimoine naturel de la planète, ce n’est plus le cas. Elles sont une donnée essentielle dans le dossier du réchauffement climatique ; et aussi bien, dans celui de la biodiversité. Jean-Patrick Le Duc (Affaires internationales, Muséum national d’Histoire naturelle) au Mardi de l’Environnement du 4 janvier, a rappelé tout d’abord l’importance qu’elles représentent. Et souligné qu’elles avaient encore reculé dans le monde l’an passé, en raison de leur surexploitation. Même si, dans certains pays, la situation est variable. Ainsi le rythme de suppression de la forêt brésilienne diminue un peu, mais pas celui de sa dégradation. Selon Jean-Patrick Le Duc, le problème essentiel, qui n’est pas près d’être solutionné, est celui du contrôle tout à fait insuffisant de l’exploitation illégale des bois, notamment tropicaux.

L’association de Jacky Bonnemains, Robin des Bois, a porté le dossier du Pau rosa, une essence d’Amérique du sud, pendant des années, treize précisément, pour faire inscrire celle-ci aux annexes de la CITES, donc pour réglementer son commerce international. La protection des espèces d’arbres menacées, on le voit, est donc un travail de longue haleine. Il devrait aussi prendre en compte, a indiqué Jacky Bonnemains, une autre menace, qui n’est généralement pas estimée à sa juste valeur : l’abattage des arbres pour fournir un matériau de chauffage. Cette pratique, très répandue dans les pays en développement, et qui s’impose de plus en plus dans les pays développés, se traduit par un dépérissement des forêts, sans compter la pollution induite par la combustion. Le directeur de Robin des Bois a parlé dans le même sens des incendies de forêt, qui sont souvent provoqués ; et appelé la création d’une convention internationale des incendies de forêt.
Mais à quelles structures juridiques peut-on faire appel pour les forêts, qui recouvrent des réalités très variables ? Arnaud Gossement, avocat spécialiste du droit de l’environnement, a bien souligné la complexité des législations concernées. Puis il a mis l’accent sur sa préférence pour la « soft law », c’est-à-dire les mécanismes réglementaires n’exprimant pas des lois dans toute leur sévérité, mais bien plutôt mettant en jeu des compensations entre acteurs d’un dossier, des contrats, des accords. Ces compensations peuvent être notamment d’ordre économique, s’agissant des forêts.
Voilà qui illustre bien cette nouvelle tendance de la conservation, en tout cas pour les forêts : il s’agit de leur donner une valeur monétaire, d’essayer autant que faire se peut de traduire les services qu’elles rendent en termes économiques. Et elles peuvent, aussi bien, inspirer les changements considérés comme nécessaires dans la structure et le fonctionnement des économies : c’est en particulier le but de l’école du biomimétisme, qui se conçoit comme l’adaptation à ces économies des mécanismes naturels. Daniel Rodary (Biomimicry Europa) a ainsi présenté un film illustrant par des exemples (un centre à Cotonou, au Bénin, notamment) les concepts de durabilité, d’équilibre, de systèmes en boucles fermées. Il a aussi évoqué l’arbre « noix-pain « (Brosimum alicastrum), en Amérique centrale, dont l’utilité comme fixateur de carbone est soulignée. Et quantité d’autres essences végétales remplissent la même fonction .
Si des écosystèmes forestiers terrestres on parle maintenant de plus en plus, ceux qui sont marins méritent tout autant l’attention. Car ils sont pareillement menacés, et rendent pareillement des services inestimables à l’espèce humaine, en plus de jouer des rôles économiques irremplaçables. Pascale Jouannot, Chargée des relations avec l’Outre-Mer auprès du Directeur général du Muséum national d’Histoire naturelle, spécialiste des récifs coralliens, a mis l’accent sur la précarité de ces organismes vivants. Ils nourrissent 500 millions de Terriens ; ils sont affectés par la surexploitation directe, mais aussi par les sédiments terrestres et par les cyclones, qui vont en augmentant. La France a lancé l’Initiative pour les récifs coralliens, étape importante pour leur protection au niveau international. Et comme ils sont aussi dépendants, au niveau de la chaîne écologique, des végétaux terrestres, Pascale Jouannot a justement parlé des mangroves de Nouvelle-Calédonie, un autre écosystème très mal en point. On sait que la biodiversité dans les îles est souvent endémique. La Nouvelle-Calédonie n’échappe pas à cette règle, puisque 75% de sa flore n’existe pas ailleurs ; et c’est une raison suffisante pour accentuer les efforts de protection. Pascale Jouannot, qui connaît bien cette région du Pacifique, a terminé son intervention sur un conte kanak, pour souligner par une forme de poésie cette « urgente obligation » de conserver intact l’héritage naturel.