07/10/2008

C’est une nouvelle inflexion, et fondamentale : donner une valeur financière à la nature, estimer par ce biais les services qu’elle rend, prendre en compte l’aspect utilitariste de la nature dans les programmes de conservation. Ces questions devaient être débattues lors du Mardi de l’Environnement du 7 octobre. Etaient réunis à la tribune des spécialistes venant d’horizons divers, et tous apportant des points de vue complémentaires.

Elisabeth Delorme, Déléguée au mécénat d’EDF, a entrepris d’emblée de placer la fondation de son entreprise, DiversiTerre, dans le courant récent d’aide du monde industriel et des services à la nature. EDF a un budget annuel de 10 millions €, et l’utilise pour soutenir des programmes concernant la biodiversité. Ceci, en partenariat avec des ONG comme la fondation Nicolas Hulot, la LPO, Réserves naturelles de France ou l’UICN.

Le journaliste Frédéric Denhez (auteur du livre, « La nature, combien ça coûte ? » ), ensuite, a très pertinemment évoqué les différences qui peuvent exister entre des pays ayant une culture naturaliste, comme les Etats-Unis, et ceux qui de ce point de vue sont encore un peu en retard, et c’est le cas des pays européens, France comprise. Il a relevé l’importance de la notion de préjudice écologique, qui existe aux Etats-Unis depuis 1980 (l’affaire de l’Exxon Valdez en a été un bon catalyseur), et qui traduit le souci de préserver la nature pour elle-même ; alors que la France, notamment, reste marquée par l’impératif de « faire rendre la terre ». Certes, les choses changent sur le vieux continent. Mais les urgences s’accroissent. Et par téléphone, depuis le congrès de l’UICN International à Barcelone, le président de l’UICN France, François Letourneux, a estimé que la « financiarisation » de la nature était délicate, car « il n’y a pas vraiment d’unité de valeur interchangeable ». Ce qui signifie que l’on peut difficilement tout traduire en termes monétaires, et faire des hiérarchies. La Liste Rouge de l’UICN, par exemple, se focalise sur des espèces remarquables, mais ne peut prendre en compte toutes les espèces.

Jacques Trouvilliez, Directeur du service du Patrimoine naturel du MNHN, a donné , en réponse à cette problématique, un éclairage bien intéressant. Le Muséum met au point des indices patrimoniaux de la nature, qui sont des valeurs culturelles. Un site peut donc être évalué en ce sens. Et il a rappelé toute l’importance, à côté des espèces et des espaces, des processus écologiques, qui sont au centre de l’activité naturelle. Le point de vue d’une ONG sur le terrain devait, en complément, être donné par Xavier Gilibert, d’Objectif Brousse. Il a souligné l’énorme fossé entre les sources de financement potentielles et les besoins. Objectif Brousse aide des associations environnementales de République démocratique du Congo. Dans la région des Virunga, entre trois pays, l’observation des gorilles fait l’objet d’un programme touristiques très prisé, et très onéreux aussi. Ce qui a des « effets pervers », rappelés par Jacques Trouvilliez : la surmédiatisation des gorilles, et la génération de beaucoup d’argent, grâce aux touristes, a créé des problèmes sociaux dans toute la région. A l’évidence, des codes de bonne conduite doivent se multiplier, et ce n’est pas facile. Surtout, a souligné Frédéric Denhez, si les politiques s’en remettent de plus en plus, de facto, aux assureurs, pour évaluer un prix de la nature, à leur place, et aussi à la place des acteurs de la conservation.