04/10/2005

Bien sûr, une tortue est moins emblématique, « parle » moins, qu’un loup, un ours , ou une baleine. Mais elle a autant d’importance pour la biodiversité. Et en France, le cas de la tortue d’Hermann représente une question de conservation exemplaire. La dernière espèce terrestre de notre pays est sous la menace du passage du TGV (Ligne à grande vitesse, LGV), dans son habitat, la plaine des Maures (Var, région PACA). Les Mardis de l’Environnement avaient donc, le 4 octobre, réuni des spécialistes pour évoquer cette problématique, qui est bien significative des enjeux qui se posent pour concilier la survie de la faune sauvage et les intérêts humains.

Bernard Devaux, secrétaire général de la SOPTOM (une association dédiée à la conservation des chéloniens, établie dans la plaine des Maures), a tout d’abord retracé l’historique du dossier. La tortue d’Hermann décline depuis plusieurs décennies, sous l’effet du « grignotage » de son espace vital : constructions, routes, défrichements, incendies, au total une pression constante qui laisse peu de possibilités à la tortue pour maintenir ses effectifs. Les zones d’abondance se réduisent comme une peau de chagrin, la reproduction devient limitée, et l’évolution est compromise. RFF (Réseau Ferré de France), responsable du projet TGV pour la SNCF, a établi plusieurs tracés qui passent tous par la plaine des Maures. Le choix du tracé définitif devrait être connu prochainement, et les associations écologistes se mobilisent pour que RFF choisisse une autre option, qui préserverait l’habitat de la tortue.

Le président de l’APEV Vidauban (une association aussi implantée dans la plaine des Maures), Robert Giraudo, a rappelé les combats menés sur place contre des projets antérieurs (dont certains sont toujours d’actualité), également néfastes : un golf d’une centaine d’hectares, un centre de traitement des déchets, un circuit automobile, notamment. A force d’obstination, et de passion, cette association, de concert avec d’autres, a pu amoindrir, ou retarder, l’impact de ces implantations. Bien que la tortue d’Hermann, et son habitat, soient protégés au niveau français, et au niveau européen, en pratique les textes sont largement ignorés. C’est le point sur lequel est intervenu Alain Zecchini (Société Nationale de Protection de la Nature), qui a aussi souligné que les projets destinés à faciliter la conservation de la tortue ne sont toujours pas mis en œuvre : il s’agit d’une réserve, d’un plan de restauration, de l’élargissement du périmètre Natura 2000 (zones spéciales de conservation, dans le cadre d’une réglementation européenne). Et la tortue, dans cette affaire, n’est pas la seule concernée. Quantité d’espèces animales et végétales sont également inquiétées par le passage du TGV.

Pour Christophe Aubel, pilote du pôle Nature de France Nature Environnement, les menaces sur la tortue d’Hermann dans la plaine des Maures peuvent aussi bien être étendues à d’autres cas, dans d’autres régions en France. Il a donc appelé de ses vœux une nouvelle politique envers la biodiversité, qui respecterait davantage le patrimoine naturel. Convaincre les pouvoirs publics et institutionnels de la nécessité de rechercher des solutions, d’autres options, pour renforcer la conservation, est à ses yeux une ardente obligation – qui était largement approuvée par les invités du Mardi de l’Environnement.