01/10/2002

La faune sauvage a prochainement rendez-vous avec son destin, au moins en ce qui concerne son commerce : du 3 au 15 novembre, à Santiago du Chili, aura lieu la douzième session de la conférence des Parties à la CITES (Convention sur le commerce international d’espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction). L’occasion était toute trouvée pour les Mardis de l’Environnement, le 1er octobre, de se pencher sur la préparation de cette session, et d’examiner avec ses invités le statut actuel d’animaux menacés.

Pour répondre à ces importantes questions étaient présents Jean-Patrick Le Duc, Adjoint au chef de la mission des relations internationales du Muséum National d’Histoire Naturelle (précédemment en poste au secrétariat de la CITES) ; Stéphane Ringuet, Chargé de mission TRAFFIC France (TRAFFIC est un organisme international chargé du contrôle du commerce de la biodiversité) ; et Alain Zecchini, journaliste scientifique spécialisé dans la nature et la faune sauvage, expert de l’UICN (Union mondiale pour la nature).

L’éléphant , bien sûr, a été au centre des débats. Parce que cette fois encore, il est le principal enjeu de la CITES. Cinq pays (Afrique du Sud, Botswana, Zimbabwe, Namibie, Zambie) demandent (ou redemandent, pour certains) cette année à vendre des stocks d’ivoire. Deux autres (Kenya et Inde) veulent au contraire que les populations nationales d’éléphants actuellement sous le régime du commerce réglementé (c’est le cas des éléphants des quatre premiers pays cités) soient reclassés en protection absolue, sans autorisation de commerce.

Pour Jean-Patrick Le Duc, il s’agit avant tout d’une compétition qui se jouera dans le cadre des procédures de la CITES, à l’occasion des votes, et il a longuement rappelé toute l’architecture de cet organisme, se plaçant sur un terrain avant tout réglementaire. Stéphane Ringuet, lui, a souligné toute l’importance qu’il y avait pour son organisme à vérifier que les règles du jeu du commerce international étaient (ou non) appliquées, s’agissant d’espèces menacées. Car c’est le commerce illégal qui est principalement responsable du déclin de quantité de populations ou d’espèces d’animaux, dont l’éléphant n’est pas exclu. Alain Zecchini s’est placé davantage sur le terrain de la conservation. Il a rappelé que le dossier de l’éléphant d’Afrique ne pouvait être dissocié de celui de l’éléphant d’Asie. Tous deux subissent un braconnage intense, et l’ivoire du premier est indiscernable de l’ivoire du second, au niveau des consommateurs. Il estime donc qu’il faut garder la plus grande vigilance sur le sort lié des deux espèces, et leur assurer une protection absolue, donc sans commerce international.

Pour d’autres animaux menacés, la réunion de Santiago sera aussi cruciale : les hippocampes, les grands cétacés, le requin baleine, le requin pèlerin, des tortues, etc. Ils ont, comme l’éléphant, fait l’objet des questions et de l’intérêt soutenu d’un public que la défense de la biodiversité concerne fortement. Après le sommet de la Terre à Johannesbourg, où la biodiversité a été oubliée, la session de la CITES sera un test majeur.