06/03/2007

« Le monde consomme de plus en plus d’eau pour l’agriculture irriguée, et c’est là le plus gros problème des sociétés contemporaines » a estimé Bernard Barraqué, directeur de recherches au CNRS, lors du débat du Mardi de l’Environnement consacré aux questions de l’eau. « De plus, ce sont les pays industrialisés qui exercent la pression la plus forte à cet égard, mais leur modèle économique n’est pas celui des pays en développement » a-t-il ajouté. Ces constats sont placés au cœur de la problématique concernant l’eau.

Si les quantités disponibles sur Terre seraient suffisantes pour l’ensemble de la population mondiale, elles n’en sont pas moins très inégalement réparties. Non seulement entre les régions ou les Etats, mais aussi entre les zones où se trouvent les consommateurs. « L’eau est locale » a résumé Geneviève Leboucher, de Veolia. Mais la poussée démographique et l’urbanisation suscitent une demande générale. De plus, cette eau est vulnérable : si 40% de la population de la planète vit à moins de 70 km des côtes, c’est là aussi où la salinisation peut la rendre impropre à la consommation. Le recyclage de l’eau est maîtrisé, mais la technique est onéreuse.

De plus, les barrages font payer généralement un prix lourd à l’environnement, et contre cette dégradation une tendance de réaction commence à se faire jour. Martin Arnoud, du WWF-France, a mis en exergue le cas exemplaire de la Loire, un fleuve aménagé depuis longtemps avec quantité d’ouvrages , notamment de barrages. Un long programme de réhabilitation a permis de lui redonner ses couleurs d’origine : l’espace naturel a été retrouvé sur de larges portions du fleuve, la biodiversité s’est rétablie. Mais dans les pays plus au sud, les combats pour l’eau prennent un tour souvent plus conflictuel. Emilie Barrucaud (association Wayanga) a parlé de la pollution de l’eau sur les terres des indiens de l’Etat du Matto Grosso, au Brésil. Cette pollution est due aux cultures de soja, une industrie toute-puissante. Et des projets de barrages sont bien avancés, qui priveraient encore plus les communautés traditionnelles de leurs ressources en eau. Bernard Barraqué a confirmé que dans ce pays, on assistait à une reprise à grande échelle des programmes de barrages. Mais il y a à cela une certaine logique, puisque 90% de l’énergie électrique brésilienne est d’origine hydroélectrique. Sur un autre continent, l’Afrique, les tensions ne sont pas moindres. Christel Rocheteau (association SOS Enfants) a décrit son projet de création d’un bocage au Burkina Faso avec la participation active des habitants de la zone ; il s’agit de gérer au mieux la ressource en eau, de la répartir harmonieusement.

Au vu des projections de la population mondiale dans les décennies à venir (9 milliards d’habitants en 2050 peut-être), on serait en droit d’afficher un certain découragement… C’est oublier que la globalisation du monde a au moins un aspect positif : celui de faire circuler bien plus largement l’information que dans un passé récent. Pour la question de l’eau, cela permet, et permettra toujours davantage, de confronter les situations et les bilans et de mettre en place des projets d’assistance mutuelle permettant de solutionner des cas qui restaient jusque-là oubliés. Un site internet comme celui qui a été présenté par son initiateur, Richard Warrault, (suivi de la projection d’un film vidéo sur le thème de l’eau au Japon) a, en ce sens, une fonction utile : Waternunc.com donne quantités d’informations sur l’eau dans le monde.