04/01/2005

Comment vivre avec le loup et l’ours

Sujet pleinement d’actualité, et qui devrait le rester pendant longtemps encore : mardi 11 janvier, le thème du Mardi de l’Environnement était « les hommes et les grands carnivores : comment cohabiter ? » Les réponses, on s’en doute, ne peuvent être que partielles, voire provisoires, mais l’essentiel, pour ce débat, était d’indiquer quelques pistes cohérentes, si possible dépassionnées – car il en va du sort des espèces concernées, et de la cohésion des communautés humaines impliquées, tant localement que nationalement.

Donc, pour parler du loup et de l’ours, des spécialistes avaient été invités. Gilbert Simon, administrateur de la Société Nationale de la Nature, et l’un des responsables de Ferus ; Christophe Aubel, pilote de la « mission loup » de FNE et directeur du ROC ; Jean-Jacques Camarra, de l’ONCFS ; et Sophie Bobbé, ethnologue.

Le premier, Christophe Aubel a brossé le panorama global sur lequel se dessinent, à son sens, les dossiers des grands carnivores en France : la cohabitation est possible entre ceux-ci et les hommes, le pastoralisme, notamment, peut être maintenu, à condition de reconnaître que chaque acteur a sa place. Le loup et l’ours, en particulier, représentent des critères pour jauger de la capacité des sociétés à gérer la crise de la biodiversité. Gilbert Simon a lui aussi estimé que cette cohabitation était la seule voie possible, bien qu’elle doive rester toujours difficile. Car les éleveurs resteront les ennemis des prédateurs. Il a donné l’exemple de l’Italie, où 100 à 200 loups sont abattus illégalement tous les ans. Ce qui ne met pas en péril l’espèce dans ce pays, mais ce qui illustre bien les tensions qui continuent à exister entre le loup et l’homme.

L’autre grand carnivore, l’ours, a également sa part de refus chez les éleveurs et certains élus des Pyrénées. Mais Jean-Jacques Camarra a modulé ce constat : dans les Pyrénées atlantiques, les troupeaux, de brebis laitières, sont gardés, donc la prédation est peu importante ; mais dans le reste de la chaîne, les troupeaux, d’ovins à viande, ne sont pas gardés, donc les attaques ursines sont plus fréquentes et le ressentiment plus vif chez les éleveurs. Il existe aussi, dans les Pyrénées, et sans doute plus que dans les Alpes pour le loup, une volonté d’un grand nombre d’élus de ne pas voir Paris et Bruxelles « mettre leur nez dans leurs affaires », s’adjugeant la seule responsabilité de traiter ce dossier de l’ours. Ce qui ne facilite pas la résolution des problèmes ou l’ acceptation de projets, comme celui, tout récent, de réintroduire prochainement des ours « étrangers » après l’abattage de Cannelle…

Par téléphone, un vétérinaire a parlé de la concurrence des hommes avec les grands carnivores africains, notamment le lion, dans le delta de l’Okavango (Botswana). Il a aussi affirmé que la faune sauvage était une « ressource oubliée » et que les sociétés humaines seraient bien avisées de l’exploiter pour en tirer des avantages… ce qui a attiré les critiques de certains participants, qui ont rappelé que la surexploitation de la faune sauvage, non seulement est constatée et ancienne, mais représente aussi l’un des problèmes les plus cruciaux pour la conservation de la biodiversité aujourd’hui (Jean-François et Michel Terrasse, Alain Zecchini). Pour Sophie Bobbé, les sociétés concernées par le loup et l’ours, les nôtres, doivent se positionner d’une nouvelle manière par rapport au « sauvage » que représente le loup, que représente l’ours. Il s’agit donc, de toutes façons, pour tous les acteurs, de faire preuve de tolérance, et cette qualité est assurément l’une des plus délicates, mais aussi l’une des plus nécessaires, à mettre en œuvre.