15/05/2007

Longtemps considérés comme des zones de faible importance pour les grands enjeux de l’environnement, les pôles connaissent maintenant un surcroît d’intérêt, et à juste titre : car ils représentent des « poumons » pour la planète, longtemps préservés des nuisances humaines, mais qui le sont de moins en moins. La question majeure qui se pose est celle du réchauffement climatique. Le débat du Mardi de l’Environnement de mai trouvait donc là toute sa justification.

Les naturalistes et les scientifiques invités, spécialistes des pôles, ont brossé des portraits complémentaires, qui ont bien permis de mettre en lumière tous les aspects de ces continents.

En prologue, Rémy Marion, auteur et photographe, a retracé l’histoire de la « découverte » récente, depuis le 18ème siècle, des pôles : qui furent considérés dans une perspective globale, à la fois matrices pour l’imaginaire, buts scientifiques, politiques et économiques. Et pourtant, à peine 125 ans après que les hommes aient commencé à parcourir ces étendues glacées, on commençait à enregistrer les premières disparitions ou les premiers déclins du vivant, preuve que la présence humaine s’était imposée sans tenir compte de la fragilité des milieux. L’étude des variations de ces milieux à travers les époques anciennes permet, à ce titre, de dresser un tableau de plus en plus précis de leurs évolutions, et c’est indispensable pour bien comprendre la situation actuelle. Ainsi, Valérie Masson-Delmotte, du CEA, est-elle engagée dans un programme de carottages au Groënland, qui livre une moisson très riche. Dans cette dernière région, la limite temporelle atteinte est de 123 000 ans pour l’instant ; en Antarctique, les carottages ont livré des spécimens de glace vieux de 800 000 ans. Valérie Masson a déjà constaté, en Arctique, les effets du réchauffement climatique, et de la détérioration qu’il induit sur la nature dans son ensemble. Pour Pierre Jouventin directeur de recherche au CNRS, qui a réalisé 23 missions en Antarctique, les oiseaux et les mammifères marins sont des bio-indicateurs, et toute détérioration de leur statut biologique et écologique traduit une détérioration de l’ensemble de la chaîne alimentaire. Pierre Jouventin a aussi parlé d’une zone un peu excentrée par rapport aux pôles qu’il connaît bien, les terres australes (TAAF) françaises. Et c’était pour dénoncer les invasions d’espèces que l’on constate dans ces îles.

Michaël Pitiot, représentant l’expédition du voilier Tara, lequel dérive sur la banquise comme un laboratoire permanent, a précisé que l’un des programmes majeurs de l’équipe à bord était d’étudier sur place les effets des dérèglements du climat ; quantité d’informations ont déjà été engrangées à ce titre. Il a présenté quelques minutes d’un film réalisé sur cette aventure. Et c’est aussi le réchauffement qui constitue un axe de recherche de la fondation Albert II de Monaco, dont Raphaël Cuvelier a précisé les buts : changements climatiques, donc, biodiversité et eau. La fondation dispose d’un budget conséquent pour aider des projets visant à apporter des solutions dans ces trois domaines. Enfin il est revenu au dessinateur Georges Wolinski d’apporter une note d’humour, mais non dénuée de sérieux, en présentant son dernier album, dont il est co-auteur avec Pierre-Philippe Barkats, « Hannukah Harry » (Ed. Casterman), qui évoque l’ensemble de ces questions.