07/11/2006

Malgré les oppositions qui perdurent en France, il va falloir s’habituer à la présence des grands prédateurs : ces mammifères emblématiques tels que le loup, l’ours et le lynx, qui font un retour dans le paysage naturel, et qui doivent avoir leur place, après avoir été pourchassés et détruits jusqu’au vingtième siècle. Pour ce Mardi de l’Environnement de novembre, le sujet avait attiré beaucoup de monde ; sujet passionné et passionnant, suscitant de nombreuses questions de la salle.

A la tribune, l’actualité était reine : Carter Niemeyer, spécialiste américain des loups, rentrait juste du Mercantour, à l’issue d’une mission qui lui avait été confiée par le gouvernement français de capturer trois loups. Mission infructueuse, mais pleine d’enseignements. Les loups américains vivent dans les Rocheuses à un niveau moins élevé que celui de Mercantour. Carter Niemeyer a donc expliqué les difficultés qui avaient été les siennes de repérer les loups, sans compter que les pièges prévus pour la capture étaient différents de ceux auxquels il recourait d’habitude. Mais cette expertise a permis de réunir tous les acteurs du dossier sur place et d’affiner les programmes de suivi de ces animaux et de gestion de leurs impacts sur l’ environnement.

Patrick Degeorges, chargé de mission à la direction de la Nature et des Paysages (DNP) du ministère de l’Ecologie, et Antoine Nochy, conseiller technique sur ce dossier, ont apporté des précisions sur la mission Niemeyer. De son côté, Vincent Vignon, écologue et lui aussi spécialiste des loups, a montré des diapositives de loups prises en Espagne, et retracé l’histoire de la présence dans ce pays de l’espèce ; elle compte actuellement 2 000 individus, et si les conflits existent malgré tout avec les hommes, la population est en expansion. Des extraits du film de Laurent Cistac et Jérôme Bouvier sur le loup ( « Le loup : nos voisins sauvages ») ont également été projetés. Patrice Blanchet, sous-directeur de la chasse et de la faune sauvage à la DNP, a rappelé la position de son ministère : pour gérer efficacement le dossier loup, il faut des données scientifiques et un suivi permanents ; le loup poursuit son implantation et cela amène des tensions, qui ne peuvent être résolues que par des rapprochements entre tous les partenaires ; de plus, c’est un programme qui nécessite des dépenses importantes (5 millions € par an, a-t-il indiqué) ; il est nécessaire de prévoir maintenant une politique à moyen terme.

Des deux autres grands prédateurs, seul l’ours a pu être évoqué (le cas du lynx ne pourra que fournir un bon sujet pour un autre Mardi). Gilbert Simon, vice-président de l’association Férus, a estimé que pour faire accepter cet animal, les efforts seront plus longs et plus difficiles que pour le loup. On l’a bien vu ces derniers mois, avec les réactions violentes de ceux qui ne voulaient pas de la réintroduction des ours slovènes dans les Pyrénées. L’ours est plus exigeant que le loup en termes d’habitat, et ceci rend plus problématique sa coexistence avec l’homme. Mais il est indispensable de renforcer sa population si l’on veut lui assurer des chances de survie à long terme et pour ce faire, les réintroductions sont donc parfaitement justifiées.