05/04/2011

Un certain clivage s’est fait jour entre les invités du  Mardi d’avril sur les perspectives d’exploitation de la mer.
Sans surprise : ces questions sont très discutées, entre ceux qui promeuvent les nouvelles et anciennes techniques pour tirer parti des ressources innombrables que comportent les fonds marins, et ceux qui mettent en avant le principe de précaution, justifié à leurs yeux par les excès que l’on connaît depuis longtemps. Jacky Bonnemains, responsable de l’association Robin des Bois, ne s’est pas fait fort de rappeler, en guise d’ouverture, que la pêche industrielle exerce des ravages un peu partout dans le monde ; et ce, au détriment de la pêche artisanale. A cette surexploitation s’ajoute la pollution des milieux marins, due aux rejets terrestres de déchets. Et les nouvelles technologies comme l’éolien marin « risquent de créer en mer ce que l’on connaît déjà sur terre en termes de nuisances et d’altération de l’environnement. » L’accentuation de la concentration humaine sur les côtes, qui est à l’œuvre, exerce une pression sur le littoral, mais aussi sur la mer, et Lucien Chabason, de l’IDDRI, a rappelé à ce titre que la moitié de la population du globe devrait habiter en zone côtière dans les vingt prochaines années.

Comment ont réagi les autres professionnels, qui avaient chacun une spécialité dans une technologie particulière appliquée aux espaces marins ? Ils n’ont pas vraiment répondu à ces réserves, mais se sont tenus  à l’exposé de leur technologie. Ainsi Bruno Garnier ( société DeProfundis/Thermocean) a décrit  un programme de climatisation solaire et de géothermie marine dans le sud de la France, tout en évoquant succinctement les systèmes utilisant les énergies de la mer (éoliennes, usines marémotrices, etc.). Jacques Dubost ( Président de Bretagne Pôle Naval), au téléphone, a axé son interview sur l’éolien marin : Bretagne Pôle Naval regroupe 70 entreprises de réparation navale, qui ont créé une commission sur les énergies renouvelables en vue de l’installation d’un parc d’éoliennes en Bretagne, dans la zone de Saint-Brieuc.

L’appel d’offres actuel table sur une puissance à installer de 3 000 mW ; et en 2020, de 6 000 mW. Sachant qu’une éolienne représente 5 mW, on voit que ces projets sont d’une certaine ampleur … Yann-Hervé de Roeck, de l’Ifremer, a repris l’exemple de l’usine marémotrice de la Rance, qui fonctionne depuis 1966, pour passer ensuite aux nouvelles possibilités offertes par les hydroliennes, qui sont des éoliennes sous l’eau. A cet égard, il a indiqué qu’elles étaient encore au stade de l’étude, les techniciens recherchant le profil optimal pour ces machines.Si de l’éolien marin il a été largement question au cours de cette soirée, c’est bien sûr parce qu’il devrait donc être installé au large des côtes françaises (il l’est déjà un peu partout dans le reste du monde), mais dans un climat de polémiques. Lucien Chabason a repris la parole pour souligner que dans notre pays il existe une forte résistance à cette technologie, et notamment pour ses effets considérés comme néfastes en ce qui concerne le tourisme ; il a précisé aussi que ces éoliennes devront être raccordées, via des installations de grande taille, aux pylônes électriques terrestres, et que  ces installations ne pourront que défigurer le littoral. Enfin Jacky Bonnemains, pour conclure, a estimé que le développement des éoliennes marines, et celui, attendu, des hydroliennes, est marqué par l’absence d’études d’impact sur les milieux, et particulièrement sur la biodiversité marine :  » Les ONG ne sont pas associées à ces questions, quand bien même elles peuvent avoir une vraie compétence en la matière ».  Avant que le vent, ou les courants, n’actionnent des fermes entières de machines en France, comme cela se produit déjà au large du Danemark ou de la Grande-Bretagne, il serait nécessaire de trouver des consensus pour juger de leur utilité dans le cadre du respect de l’environnement …