02/02/2010

Ils étaient réunis, quelques-uns des défenseurs actifs de la biodiversité, à la tribune du Mardi de l’Environnement de février, bien déterminés chacun à exposer son diagnostic et à proposer des solutions. C’est qu’il y a urgence. On le sait, le vivant sur Terre n’est pas en bon état, et la dégradation est rapide. Comment faire pour redresser la situation ?

A Antoine Cadi, conseiller technique au ministère de l’Environnement, premier orateur, est revenue la tâche d’exposer la politique gouvernementale sur ce dossier. Un mot d’ordre la caractérise : mieux connaître, mieux préserver, mieux communiquer. Avec, comme illustrations, la création d’une base de données, celle de l’Observatoire national de la biodiversité ; la multiplication des aires protégées, notamment marines, tant il est vrai que le concept de la continuité écologique doit se traduire sur terre comme en mer ; et la large ouverture du débat à la société civile, ouverture initiée par les différents « Grenelle ».

Christophe Aubel, directeur de la Ligue ROC et responsable du pôle biodiversité à FNE, a repris ce dernier point pour insister sur son importance. « La sensibilisation est le premier défi pour 2010 » a-t-il estimé. En parallèle, le problème économique et financier lié à la gestion/préservation de la biodiversité est encore loin d’avoir reçu les solutions nécessaires. La question foncière, tout particulièrement, suppose de faire des choix qui ne sont pas faciles.

S’agissant plus précisément de l’ « état des lieux », François Letourneux, président du comité français pour l’UICN, a voulu être précis : « Il n’y a pas de disparitions d’espèces, mais il y a effondrement de populations ». Avec, aussi bien, le retour en force de certaines espèces, en France notamment, comme le loup et le renard. Mais le vrai ennemi de la nature, selon François Letourneux, ce n’est plus le prédateur. C’est l’indifférent. Informer encore et toujours, donc, en sachant qu’il n’est pas nécessaire de connaître toute la biodiversité pour cela.

Un bon exemple des difficultés auxquelles on s’adresse sur le terrain a été exposé par Yves-Marie Allain, membre permanent du Conseil général de l’environnement et du développement durable du ministère de l’Environnement. Il a effectué, avec deux autres scientifiques, une étude écologique de la Guyane, de façon à déterminer les zones qui devraient être laissées vierges de toute exploitation industrielle. Une précision, tout d’abord : le code forestier ne s’applique dans ce département que depuis décembre 2008 ! Voilà qui a dû, en partie, faciliter l’exploitation illégale des ressources, particulièrement celle de l’or, qui, on le sait, fait des ravages. Cette étude s’est appuyée sur une carte géologique réalisée de 1975 à 1995 (un travail long et coûteux, 43 millions € …) par le BRGM. Les travaux de Yves-Marie-Allain et de ses confrères ont abouti à « réserver » 45% du territoire, comme ayant une valeur patrimoniale, et à accepter 12% supplémentaires comme zones où une exploitation serait autorisée, mais encadrée et limitée. L’étude a été transmise aux autorités politiques, et ce sont elles qui maintenant ont à faire le choix entre ce qui pourra être fait et non fait … Comme quoi, dans ce dossier de la biodiversité (et de l’environnement d’une manière générale), l’une des principales difficultés est justement de convaincre les décideurs du bien-fondé de l’argument scientifique, au-delà de la politique.

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