05/01/2010

Certains se penchent sur l’étude des mécanismes qui font que la nature… est la nature. C’est à dire la façon dont elle se crée, fonctionne, se régénère, se transforme, en bref ce qui fait que les organismes ressemblent à des produits parfaitement achevés, fruits d’une évolution dont on pourrait retirer des enseignements. L’idée n’est pas nouvelle : de tous temps les hommes ont imité la nature pour créer des machines, se soigner, ou bien inspirer l’organisation de leurs sociétés.

La dureté des problèmes économiques actuels , avec l’épuisement des ressources et les atteintes portées au fonctionnement même de l’environnement de la planète, justifierait maintenant d’appliquer davantage des recettes visant à réhabiliter le vivant, à introduire ses fonctionnalités dans les modèles de développement.

Ce modèle est notamment défendu par l’association « Biomimicry Europa », laquelle, comme son nom l’indique, promeut le « biomimétisme ». Gautier Chapelle, directeur de cette association, en ouverture de la séance, a défini ce concept comme « l’imitation du vivant et le travail avec le vivant. » L’association fonctionne un carrefour d’échanges entre spécialistes de différentes disciplines pour soutenir des projets alternatifs basés, justement, sur des solutions inspirées de modèles naturels. A l’instar de la nature, dont le moteur est l’énergie solaire, la civilisation à venir devrait – pourrait ? – retirer d’une bien plus grande utilisation de cette énergie le potentiel qui lui serait nécessaire.

Puis Emmanuel Delannoy (INSPIRE Institut) et Cyril Adoue (ingénieur en génie des systèmes industriels) ont illustré le concept, pour le premier, avec des utilisations dans le secteur du bâtiment, et pour le second, avec des utilisations variées en matière d’écologie industrielle.

Patrick Paris, secrétaire général et directeur du Développement et des Relations extérieures du groupe Lafarge, avait bien conscience, en participant à ce débat, d’avoir aussi à défendre la position de son groupe, un cimentier parmi l’un des plus importants au monde… et dont le secteur n’est pas franchement considéré, à l’instar d’autres dans le secteur industriel, comme un partisan zélé des thèmes écologistes. Mais il a été très clair. Il a rappelé que son groupe adoptait depuis longtemps des solutions visant à réduire les impacts de ses fabrications, avec, notamment, la pratique d’une économie circulaire, de recyclage des résidus, par la moitié des 50 cimenteries que possède Lafarge dans le monde. « Il n’y a pas de rejet final dans le produit ciment » a-t-il argumenté.

Directeur de recherche au CNRS (chimie de la matière condensée), Thibaud Coradin a retracé son expérience de chercheur, qui le voit créer des matériaux similaires aux matériaux naturels, lesquels sont qualifiés par lui de « bio-inspirés » ; et c’est bien une autre illustration, dans le domaine de la chimie, de ce biomimétisme. Un concept dont l’avenir proche dira s’il est possible de l’expérimenter à une échelle suffisante pour prendre la relève des formules classiques, nées pour la plupart de la révolution industrielle, qui prédominent de nos jours.