Mardi de l’Environnement – 6 mars 2012

La santé du sol, avenir de la terre

 Avec Claude et Lydia Bourguignon, les experts en biologie du sol, le débat du Mardi de l’Environnement du 6 mars ne pouvait prendre qu’un tour à la fois scientifique et passionné. C’est que les deux fondateurs du laboratoire LAMS n’ont de cesse de rappeler ces principes de base : si les produits de l’agriculture industrielle sont, pour prendre un vocable qui résume leurs caractéristiques, appauvris, c’est parce qu’ils proviennent d’un sol appauvri. Bourrés de fertilisants et de pesticides, ils proviennent d’un substrat dégradé. Les époux Bourguignon ont donc exposé leurs façons de faire pour revitaliser un sol, lui redonner toutes ses capacités. Cela peut prendre plusieurs années, si l’état initial était très mauvais. Mais indépendamment de ce traitement, il s’agit d’obéir à des principes simples qui visent tous à respecter l’état des choses, et non pas à imposer des solutions qui se révéleront néfastes, parce qu’alors le sol ne pourra manquer de péricliter : d’abord, globalement, assurer, dans l’exploitation globale des terres, un équilibre agro-sylvo-pastoral ; suivre la vocation des sols eux-mêmes, en fonction de leur nature, pour les cultures maraîchères, les céréales ou la vigne ; faire des rotations ; refuser le labourage ; utiliser le fumier, et non les produits « phytosanitaires » ; s’occuper de la terre, donc, mais en l’écoutant et en la guidant, non en la forçant.

Lydia Bourguignon, après avoir retracé l’histoire de l’aventure du LAMS, et souligné que pendant longtemps son mari et elle avaient prêché dans le désert ou presque, a estimé que depuis quatre ou cinq ans les choses commençaient à changer. Mais selon elle,  « la réelle prise de conscience citoyenne est encore à venir ».

En tout cas, à la tribune, il y avait un agriculteur auprès duquel le message des Bourguignon est passé depuis longtemps : Philippe Fourmet, producteur de céréales et de farine en biodynamie, installé en Meuse depuis 1984. Il s’est  rendu compte des conséquences néfastes des pratiques habituelles pour le sol et pour les produits agricoles en 1987, avec des récoltes catastrophiques, qui révélaient la fragilité du système. Et c’est en 1989 que la rencontre avec les Bourguignon se produit. Elle donnera lieu à un infléchissement majeur de son travail, sur les principes de la biodynamie (que Lydia Bourguignon rapproche de l’agriculture biologique, mais qui, selon elle, a davantage d’activité biologique en profondeur), avec une large palette de plantes cultivées (tout le contraire des monocultures), ce qui assure notamment une sécurité de la production.

Prenant à témoin Philippe Fourmet, Claude Bourguignon a livré un vibrant plaidoyer en faveur d’un changement dans l’utilisation des terres : « Ce qui manque, ce ne sont pas des utilisateurs de pesticides, il y en a beaucoup trop, mais des paysans, des hommes et des femmes qui savent tirer parti du sol et suivre les lois de la nature. » Et Claude Bourguignon, comme illustration de la pollution des sols, de rappeler qu’entre 1950 et 2003, par exemple, le blé avait perdu 33% de son sélénium, un oligo-élément utile à l’organisme humain. Ainsi, les céréales industrielles sont largement dépourvues de vitamines, « et cela a sûrement des incidences sur les maladies actuelles… »

Le sélénium serait conseillé  pour le traitement des cancers. Et s’agissant de ces derniers, un témoignage a été apporté par le journaliste Jean Cormier. Il a entraîné la salle bien loin du centre de Paris, en Amérique latine. Avec une histoire concernant Ernesto « Che » Guevara. Révolutionnaire, chacun le sait. Mais il était aussi médecin, et s’est intéressé aux plantes pouvant contrer les effets du cancer. Il a créé, ce qui est peu connu, une ferme médicinale à Cuba, à La Havane, qui a fonctionné de 1962 à 1967. Cette ferme, a indiqué Jean Cormier, reprend vie actuellement, et met en valeur la culture de la plante « moringa », qui serait particulièrement bénéfique pour la santé …