EAU QUI COULE

Après le 6ème forum mondial de l’eau à Marseille  en mars, après les discussions internationales, se pose la question des moyens qui doivent être accordés pour  supprimer réellement les pénuries d’eau que doivent supporter  entre 800 millions et un milliard de personnes dans le monde.

Mardi de l’Environnement – 3 avril 2012

Quelle valeur pour l’eau ?

Si l’on croit que l’eau représente une valeur universelle, comprise de la même façon dans tous les continents, c’est-à-dire que son accès est un droit fondamental des êtres humains, il faut sans doute déchanter un peu … Car en ce début du XXIe siècle, les problématiques essentielles qu’elle soulève sont encore assez loin d’être réglées. Certes, les participants au Mardi d’avril ont chacun insisté sur les avancées qui sont faites à de multiples degrés dans ces problématiques. Mais il n’en reste pas moins vrai qu’au niveau international, le consensus nécessaire pour une juste répartition des ressources en eau est à la peine.

Avec le récent Forum international de l’eau, qui venait de se tenir à Marseille, l’occasion était donnée à Pierre-Alain Roche (Association scientifique et technique pour l’eau et l’environnement – ASTEE) de relever, malgré tout, que cette rencontre avait permis de rectifier les objectifs du Millénaire et ses définitions de santé publique en termes de ressources en eau. A l’époque, le point fondamental était d’assurer aux

800 millions de personnes qui en étaient démunies l’accès à ces ressources. Mais ce n’était pas suffisant, relève Pierre-Alain Roche. Il faut dorénavant prendre en compte toute la chaîne, de la production jusqu’au milieu naturel final. Et parmi les autres points importants, il y a toujours la surexploitation localisée de l’eau, la baisse des nappes aquifères d’une manière générale, et surtout peut-être, au moins sur le plan de l’actualité, la tendance qui se dessine, pour le prochain Rio +20, de traiter la question de l’eau de manière transversale, au sein d’autres questions, et non pas en tant que telle, égale aux autres.

Gérard Payen, conseiller pour l’eau du Secrétaire général des Nations unies, ne pouvait que répondre diplomatiquement, mais il l’a fait avec conviction, à ce dernier reproche ; pour lui,

le Conseil des Nations unies croit à l’eau comme symbole porteur de Rio +20. Il estime qu’il y a eu des progrès réels à Marseille sur le droit à l’eau potable dans le monde, même si, en ce qui concerne cette eau, un problème de définition se pose toujours … Selon lui, 3,5 milliards de personnes dans le monde utilisent une eau qui n’est pas réellement potable, et 2 milliards d’entre eux une eau qui est dangereuse… Il faudrait en français choisir un équivalent de l’expression anglaise de « safe drinking water » pour désigner l’eau vraiment potable et satisfaisante.

Depuis New-York , où il se trouvait pour préparer Rio, via Skype, André Abreu, pour la fondation France Libertés, a insisté sur la dénonciation de la marchandisation et de la financiarisation de l’eau : « Les nouveaux défis de l’économie verte sont inquiétants, car ils impliquent que l’eau doit devenir un marché, or c’est un bien commun. »

Il revenait à Jean-Luc Redaud, secrétaire général de l’ association 4D, de rapprocher les thématiques de l’eau et du changement climatique. Et ce rapprochement est en effet fondamental. Quantité de questions se soulèvent à cet égard. Quels sont les impacts de ce changement sur le régime des eaux, quelles adaptations à mettre en œuvre en fonction des impacts, comment résoudre la question alimentaire en fonction de ces évolutions inéluctables ? « Les questions liées de l’eau, de l’énergie, du climat et de l’agriculture sont notamment la source de conflits, et il va bien falloir les résoudre » a relevé Jean-Luc Redaud.

Un exemple, pris dans le domaine alimentaire, mais évidemment lié à celui de l’eau, concernée au premier chef dans la production agricole : en Afrique, 40% des récoltes sont perdues dans les circuits de distribution ; en Europe, 40% des produits alimentaires sont perdus par gaspillage. L’eau existant dans le monde pourrait certainement suffire à tous les Terriens, si elle était bien répartie. Mais la solidarité semble être, elle, une ressource rare. Au prochain sommet de Rio, elle sera, à n’en pas douter, mise à l’épreuve.