Mardi de l’Environnement – 6 novembre 2012

A l’occasion de la Convention sur la diversité biologique d’Hyderabad.

 

La biodiversité peut-elle encore être conservée ? 

 

Rarement un débat des Mardis de l’Environnement aura-t-il représenté un cas de figure aussi clair, s’agissant des positions respectives des intervenants. Après la réunion de la Convention sur la diversité biologique (CDB), en octobre, à Hyderabad (Inde), chacun d’entre eux a exprimé ses positions : un succès, cette conférence, ou un échec ? Et entre les deux, une voie moyenne pouvait-elle être tracée ?

Pour Dominique Auverlot, Chef du département du développement durable au Centre d’analyse stratégique IPBES, au secrétariat du Premier ministre, c’est globalement au positif qu’il faudrait parler de cette conférence. Le plus important, c’est l’accord qui a pu se faire entre les pays riches et les pays en développement, les premiers acceptant de doubler d’ici 2025 leurs contributions, publiques comme privées, aux programmes de préservation de la biodiversité des seconds. « Chacun craignait que cette réunion ne se termine par un échec, or le bons sens l’a emporté » a estimé Dominique Auverlot. Lequel, néanmoins, s’est bien gardé d’un quelconque triomphalisme. Les problèmes demeurent quant aux décisions effectives de détermination du niveau de cette aide. « Et puis l’important, dans ce genre de forum, c’est que les uns et les autres puissent se parler ; il n’y a rien de pire que de rester sur des positions. »

Raphaël Billé, Directeur du programme Biodiversité et adaptation au changement climatique à l’Iddri (Institut du développement durable et des relations internationales), a exprimé un point de vue  assez différent. Selon lui, cette conférence d’Hyderabad a été un échec. « Les décisions prises à Nagoya [la précédente réunion de la CDB, l’an passé, au Japon] n’ont pas été suivies d’effets. Aucune précision sur le montant financier de l’aide n’a été apportée. Et sur la question des subventions néfastes, notamment, silence complet, comme sur la possibilité d’établir des indicateurs de suivi, qui montreraient où en est la progression des questions les plus pressantes. » Pour Raphaël Billé, le résultat vraiment problématique d’Hyderabad s’explique par l’égoïsme des gouvernements, pour lesquels la biodiversité n’est pas un dossier prioritaire : en tout cas nettement moins prioritaire que ceux de la crise économique actuelle.

Un point qui a rencontré l’accord de  Christophe Aubel, Directeur de l’association Humanité et Biodiversité, lequel s’est toutefois déclaré confiant: « Les gouvernements, oui, ne sont pas suffisamment convaincus, mais cela reflète l’état du monde actuel. Qui est complexe. Donc à Hyderabad, on n’a que peu avancé, mais il faut continuer. »

Mais outre les problèmes économiques, quelles sont les raisons structurelles qui amplifient la crise de la biodiversité ? Raphaël Billé a confirmé que dans ces grandes rencontres internationales, on ne parlait presque jamais d’un phénomène qui a des incidences directes, et majeures, sur l’état de la planète, et particulièrement sur  son patrimoine vivant : la surpopulation. La démographie, par la surconsommation sous différentes formes, est bien responsable, et chacun fait comme si c’était un sujet tabou. Car il s’agit de l’Homme, n’est-ce pas, l’espèce qui ne faut pas remettre en question … Parler de population, c’est aussi évoquer un point essentiel, celui des inégalités et de la pauvreté. Pour Raphaël Billé, c’est une dimension à prendre en compte dans tout débat sur la biodiversité. Et Dominique Auverlot a été plus loin : en laissant entendre que selon lui, c’était la pauvreté qu’il fallait d’abord réduire pour prétendre préserver la biodiversité. « Les pays en développement sont bien sur cette ligne, et il faut les entendre » a-t-il remarqué.  Alors, tant que la pauvreté ne sera pas éradiquée dans le monde, il n’y aura aucun espoir d’enrayer la dégradation de la biodiversité ? La réponse est laissée à chacun… En attendant, pour Christophe Aubel, le combat doit continuer. Et convaincre les gouvernements qu’ils doivent faire plus d’efforts pour conserver le vivant est le rôle de chacun, de l’ensemble de la société. Mais il faut pour cela que tous soient eux-mêmes convaincus que leur sort est lié à celui de la biodiversité, justement. Et en ce domaine, il y a encore du travail à faire…

 

En prologue de la réunion, la présentation de  la seconde étape du tour du monde de Lucie Dauvergne a permis de faire escale à La Réunion, avec un autre cas exemplaire de projet de préservation de la biodiversité.

Et en final, les lauréats de la 7ème édition du festival de courts métrages de la S.E.R.E. « Les Frontières du Court », à Marseille, ont reçus leurs prix des mains de Marie-Pierre Cabello, présidente de la S.E.R.E.