05/02/2008

Confronté au défi de répondre à la fois aux besoins alimentaires de populations en constante expansion, et à de nouvelles exigences de productions plus respectueuses de l’environnement, le monde agricole est aujourd’hui à un tournant.

Certes, deux directions sont habituellement retenues pour fournir des réponses « classiques » à ce défi : augmenter les rendements, développer les surfaces culturales disponibles. Mais une troisième, nouvelle, est placée au centre d’une vaste polémique, qui n’est pas près de s’éteindre : il s’agit des OGM, qui représentent une tentative d’agir au cœur même des plantes, en les modifiant génétiquement. Ainsi, il n’est pas surprenant que les OGM aient occupé une bonne part des interventions, lors du Mardi de l’Environnement de février. Et de même, l’agriculture biologique, considérée par certains comme la voie de l’avenir en matière de production alimentaire, a-t-elle été abondamment discutée.

Yann Fiévet (Action Consommation) a d’abord rappelé une utile distinction entre les OGM étudiés (et qui devraient continuer à l’être) en laboratoire, et les OGM introduits dans la nature, ces derniers n’étant pas maîtrisés, et de surcroît, refusés par le consommateur. Arrivé au cours du débat, Gilles-Eric Séralini (Président du conseil scientifique du CRII-GEN), a retracé la « saga » des démêlés de son centre avec la firme Monsanto, productrice d’OGM. Il a une nouvelle fois été formel : « dans 99,9% des cas, les OGM sont des pompes à pesticides, qui peuvent avoir des incidences sur la santé humaine. » Ainsi , le maïs BT produit lui-même un insecticide. Gilles-Eric Séralini a également souligné l’importance du principe de l’encadrement des OGM, lequel ne doit pas rester ignoré des Etats, puisque le protocole de Carthagène, notamment, signé par plus de 150 pays, contient des clauses sur l’étiquetage de ces produits.

L’agriculture biologique, de son côté, ne représente pas une semblable problématique. Mais elle peine à s’imposer, en termes de consommation. Agnès Carlier, jeune agricultrice d’Ile-de-France, a apporté le témoignage de son activité. Elle estime qu’il existe un marché très important pour les produits bio, mais que les producteurs sont encore trop peu nombreux (30 maraîchers bio seulement dans sa région, par exemple). Pour Denis Gaboriau (Président de la Fédération nationale des centres d’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural), il faut compter avec le temps : de plus en plus de professionnels s’intéressent à l’agriculture biologique, et ils finiront un jour par s’y adonner. Mais le saut est d’importance. Prendre en charge des paramètres écologiques, au lieu de ne retenir que la productivité liée au rendement par unité de travail (comme l’a précisé Denis Gaboriau), c’est faire une mutation culturelle. Cette mutation, certains partout en France l’ont faite, comme l’a illustré Frédéric Gana, auteur de « Paysans », un livre consacré à un tour de France de l’agriculture durable. Il a rencontré des agriculteurs qui vivaient de leurs produits, et qui utilisaient des techniques évidemment beaucoup plus naturelles. Parmi celles-ci, le BRF, qui consiste à enfouir des écorces dans le sol, afin qu’elles se décomposent, et produisent un engrais. Bien sûr, les gros producteurs céréaliers de la Beauce ne se reconvertiront pas demain à ce genre de technique. Mais l’impulsion ne s’arrêtera pas pour respecter, d’une manière générale, davantage la nature. Et les consommateurs, en France, seront eux aussi de plus nombreux à l’exiger.