Cela conditionne, bien sûr, beaucoup de choses pour l’avenir des sociétés du monde, et plus particulièrement des sociétés des pays industrialisés, qui en sont largement dépendantes : les ressources énergétiques sont le « moteur » qui doit continuer à tourner pour la production de quantité d’activités. Oui, mais voilà : ce « moteur » et ces activités sont remis en cause à des degrés variables, et les ressources traditionnelles tendent à s’épuiser.
Par quoi les remplacer ? C’est fondamentalement pour répondre à cette dernière question que le Mardi de l’Environnement a donné la parole, le 3 mai, à des acteurs qui travaillent dans des champs différents, mais complémentaires.
Ainsi, Patrice Christmann, responsable de la division de la Startégie au BRGM ( Bureau de Ressources Géologiques et Minières), a axé son intervention sur un dossier dont on parle beaucoup actuellement, celui des « terres rares », des minerais. Leur nom véritable scientifique est celui de « lanthanides ». Il en existe une quinzaine d’espèces, réparties en deux familles. Elles sont devenues très recherchées, parce qu’elles sont utilisées dans beaucoup de secteurs en pointe, comme l’électronique, le matériel médical, les applications nucléaires, etc. La Chine est le premier producteur, et c’est un producteur qui non seulement jouit d’un quasi-monopole (donc dicte ses conditions aux autres pays du monde), mais qui a aussi de forts projets nationaux de développement pour l’éolien : ils représentent en ce domaine 330 gW, soit 66 000 unités … fonctionnant avec des moteurs à aimants permanents à lanthanides. Deux conséquences risquent de découler de la mise en œuvre de ces éoliennes : d’une part une pollution radioactive importante, car les lanthanides chinois sont extraits d’autres minerais qui sont, justement, radioactifs ; et l’épuisement très rapide des réserves de lanthanides, car selon Patrice Christmann, « d’ici 2015, ce pays devrait devenir importateur de terres rares » ! Pour les autres pays demandeurs de lanthanides, dans le monde, quelle pourra donc être leur stratégie d’acquisition de ces minerais considérés comme indispensables ?
L’autre dossier pleinement dans l’actualité est celui du gaz et du pétrole de schiste. Exploitées depuis assez longtemps aux Etats-Unis, ces ressources suscitent une opposition grandissante, en raison de leur dangerosité pour l’environnement, comme pour les hommes. Mais les réserves sont extrêmement importantes, et la pression s’accentue des groupes industriels sur les gouvernements pour en faire des énergies de substitution aux énergies fossiles, dont la fin est programmée. En France, le gouvernement a dû reculer provisoirement sous la pression de la société civile. Et la présence de Caroline Pinet, co-fondatrice du collectif « Stop pétrole de schiste 77 » (le chiffre est l’indicatif du département de Seine-et-Marne), a bien montré que les associations concernées n’entendaient pas baisser la garde.
Toutes ces questions de nouveaux enjeux ont mis en lumière une certaine inadaptation des textes traitant des domaines de l’énergie. Le gouvernement français en a convenu, et nommé un spécialiste, l’avocat Arnaud Gossement, pour proposer une réforme du code minier, lequel date quand même de 1810. La France se distingue d’autres pays en attribuant à la communauté publique l’appartenance du sous-sol, tout en pouvant concéder une exploitation à tel ou tel acteur. Arnaud Gossement a insisté sur deux idées-force qui devraient présider aux nouveaux textes : la nécessité d’un consensus sur l’énergie dans notre pays, et la prise en compte de la charte de l’environnement.
En final, pour apporter, et c’est le cas de le dire, une autre lumière dans ces problématiques lourdes, Jean-Louis Bel, président du Syndicat des énergies renouvelables, s’est fait le chantre du solaire. Et il a regretté que cette énergie, pourtant « gratuite », ne soit pas davantage exploitée. « L’énergie totale du soleil est énorme, elle est de 8 000 fois la quantité dont aurait besoin l’humanité, mais les applications, dans le monde, sont encore balbutiantes. » Et Jean-Louis Bel de préciser aussi que les surfaces de toits, en France, totalisent 10 000 km2, des plates-formes qui pourraient, sinon en totalité, du moins en grande partie, convenir pour des panneaux solaires…