05/12/2006

« Soigner l’Homme pour sauver la Terre » estimait Jean-Marie Pelt, à l’issue d’une interview de Patricia Ricard, filmée et diffusée lors du Mardi de l’Environnement de décembre. Vaste programme, et beau programme, pour donner corps au sujet de cette rencontre, « Humanisme et nature : comment retrouver ses racines et vivre en accord avec la société ». Les autres intervenants ont chacun apporté d’autres pierres à cet édifice restant à construire. Il est temps, nous le savons tous. Et c’est bien de cette urgence que chacun, tant à la tribune que dans la salle, était convaincu.

Invitée un peu « atypique » des Mardis, Coqueline Courrèges (veuve du couturier) a décrit, et montré dans un film, avec une passion communicative, ses projets de voiture électrique. Remplacer le tout-pétrole par d’autres sources d’énergie, sans la pollution, est une direction d’avenir. Croire, selon elle, aux vertus de l’investissement personnel, c’est ne pas attendre que l’irréparable s’accomplisse. Un message qui ne pouvait que rencontrer l’adhésion de Pierre Rabhi, témoignant au téléphone, même si son champ d’action est plus vaste et sa réflexion plus générale : l’être humain doit évoluer et comprendre que la solidarité est sa chance de survie ; l’idéal serait d’arriver à une « sobriété heureuse », donc limiter ses besoins et l’exploitation de la nature qu’ils engendrent ; bien que 80% du genre humain soit oublié par le progrès et que d’une manière générale la surconsommation, qui engendre la frustration, soit impulsée par la dictature marchande et la tyrannie de l’argent.

Après ces grandes directions, plusieurs relations d’expériences ont montré que le message commençait à passer. Basile Gueorguievsky, commissaire associé de l’exposition « Changer d’ère » à la Cité des Sciences et de l’Industrie, a parlé de l’éco-conception et de la nécessité de passer d’une logique de possession à une logique d’usage et de partage. Alexis Deck a relaté la grande aventure de la Fac Verte en France, pour étendre le champ de l’écologie aux universités. Allain Bougrain Dubourg, président de la Ligue pour la Protection des Oiseaux, a insisté sur l’engagement, sur l’exemplarité des démarches à accomplir et sur le travail en commun. Il a regretté que le monde écologiste, et d’une manière générale tous les défenseurs de la nature, ne soient que peu, ou pas, soutenus par les politiques, « qui tremblent devant les lobbies industriels ». L’interview de Jean-Marie Pelt devait clore cette réunion. Elle contenait d’autres paroles fortes : il faut mettre les actes en harmonie avec les discours, car dénoncer les périls ne suffit évidemment pas ; il faut créer une forme de sobriété (le mot de Pierre Rabhi) ; une nouvelle spiritualité est même à imaginer. Et ce dernier message illustrait parfaitement ce qu’un grand philosophe un peu oublié aujourd’hui, Henri Bergson, disait il y a déjà bien des lustres : « le corps agrandi attend un supplément d’âme. »