06/07/2010

Au Potager du Roi, une leçon de choses naturelle

Pour leur sortie annuelle d’été, les Mardis de l’Environnement étaient consacrés à un site emblématique, le 6 juillet 2010 : le Potager du Roi, dans le parc de Versailles, véritable laboratoire d’essences végétales, et aussi lieu de production.

Au Potager du Roi, une leçon de choses naturelle

C’est sous la houlette de Jacques Beccaletto, Maître-Jardinier, que s’est déroulée la visite, sur une matinée prolongée, pour une vingtaine de passionnés, habitués des Mardis. En prologue, Jacques Beccaletto a retracé l’historique du lieu, avec Antoine Jacobsohn, responsable du Potager du Roi à l’Ecole Supérieure du Paysage de Versailles. Ce Potager a été créé sous l’impulsion de Louis XIV, qui souhaitait disposer d’un « garde-manger » pour nourrir la Cour ; il a fallu assécher trois étangs et drainer ; la terre utilisée pour le comblement provient des collines de Satory et du creusement des pièces d’eau des Suisses, dans le parc. La responsabilité de la définition du Potager est revenue à Jean-Baptiste de La Quintillye, aidé de spécialistes de l’aménagement sans doute un peu plus célèbres (ils ont largement œuvré tant pour le château de Versailles que pour les jardins), Mansart et Le Nôtre.
Ce jardin potager couvre 9 ha. Il dispose d’un micro-climat, car il est entouré de haut murs, et il est en déclivité par rapport au jardin lui-même. Il peut y avoir une différence de 1 à 2°C, ce qui favorise certaines plantes. Le pH du jardin, de 7, est de toutes façons très satisfaisant. L’ensemble est articulé en 16 carrés, qui offrent 61variétés fruitières, et de 60 à 70 variétés légumières, des assortiments très conséquents. Bien que la production ne soit pas le but principal de ce jardin, une quarantaine de tonnes de fruits sont récoltées par an, et de 17 à 20 tonnes de légumes. Un autre apport est aussi à relever : celui du miel, avec 300 kg par an – les ruches disposent de jachères apicoles « dessinées » et plantées à cet effet. Et les arbres fruitiers, comme l’a bien montré Jacques Beccaletto, ont un autre usage : ils forment l’architecture végétale du jardin.
Entretenu par une équipe d’une dizaine de jardiniers, aidés, en saison estivale, par des stagiaires, le Potager, pour prospérer, doit de défendre contre les agressions dont tout système végétal fait l’objet … Ici est pratiquée la lutte raisonnée (qui laisse intact le seuil de tolérance des maladies des végétaux), de préférence à la lutte biologique, ainsi que l’a expliqué Jacques Beccaletto : « Nous ne pouvons pas retenir la lutte bio, car nous avons une trop grande variété d’espèces végétales, et peu de parcelles sont homogènes. » Cette protection se comprend aussi contre les prédations, qui se multiplient depuis quelques années, des campagnols, lesquels rongent les racines. Mais ils représentent une forme de menace, pour le Potager, qui ne semble pas facile à éradiquer.
En cours de visite, Antoine Jacobsohn a fait un autre point utile et intéressant, en relatant sur place l’histoire de la grotte Balby, construite comme un chaos rocheux de grandes dimensions ; elle est due au Comte de Provence, le futur Louis XVIII, qui voulait créer un jardin dans le goût d’alors, mais surtout pour « concurrencer » Marie-Antoinette, qui est à l’origine du hameau de Trianon.
Au total, une visite bien enrichissante, sous un ciel clément et une température agréable, avec des professionnels qui ont montré ce patrimoine sous des aspects peu connus parfois, avec certaines zones où le public n’est pas admis en temps normal.