03/01/2006

Si la Terre s’appauvrit, c’est notamment parce que nous surexploitons son sol : marquée par le productivisme, l’agriculture dominante épuise les ressources profondes, avec des rotations et des rendements de plus en plus importants. Le sol n’a plus le temps de respirer pour se régénérer, et comme il faut toujours plus de récoltes, la cadence ne peut être maintenue qu’à force de perfusions : les engrais, les pesticides, tout ce qui désorganise par ailleurs les communautés biotiques et le monde abiotique. D’autres approches sont possibles, et le Mardi de l’Environnement de janvier était consacré à ce thème. Avec la participation de quelques spécialistes français, qui promeuvent chacun une autre agriculture, plus durable, plus respectueuse de notre environnement cultural.

C’est Claude Bourguignon (relayé dans la salle par son épouse Lydia, présentant les images ponctuant les interventions de son mari – le couple est fondateur du laboratoire d’analyse microbiologique des sols LAMS) qui a ouvert le débat. Son exposé a été magistral. Il a rappelé quelques vérités fortes, replacé le problème dans son contexte historique, et esquissé de nouvelles directions. Depuis le Néolithique, et jusqu’à l’an 1900, un milliard d’hectares de désert ont été créés par l’agriculture. Et un autre milliard de 1900 à aujourd’hui… 10 millions d’hectares apparaissent tous les ans. L’un des points les plus importants est que l’agriculture extensive néglige la micro-faune, pourtant essentielle à la vie des sols. Cette micro-faune (termites, par exemple, dans les pays tropicaux, lombrics dans les pays tempérés) aère le sol et favorise ainsi sa porosité, indispensable aux cultures durables. Si elle disparaît, le sol devient imperméable et meurt. A l’appui de ses propos ont été projetées quelques séquences significatives du film de Jean-François Vallée, présent aussi à la tribune,  » Terre vivante. « 

Ensuite, l’expert Pierre Rabhi, au téléphone, a plaidé pour un autre rapport avec la nature. Il a estimé que la société actuelle, urbaine, s’était largement déconnectée des grands flux de la vie. Même si elle peut être, par ailleurs, un laboratoire d’innovations et de propositions, un lieu d’utopies, étymologiquement des non-lieux, des lieux qui permettent de penser la différence. Jean-François Vallée et Jean-Claude Quillet, agriculteur, ont longuement exposé les mérites du système agricole du semis direct : une technique culturale simplifiée (TCS) consistant à ensemencer directement, sans travail préalable du sol, avec pour seule intervention l’élimination des mauvaises herbes. Cette technique est encore peu utilisée. Mais elle représente une antithèse des semis productivistes (avec labour), et si elle ne peut encore se passer totalement des herbicides, le but est bien à terme de les éliminer. On le voit, l’un des points forts de cette rencontre a bien été de souligner toute l’importance de préserver le sol , sa vie, sa structure. Afin de préserver les écosystèmes, dont les hommes dépendent. Et c’est pour rencontrer tous les acteurs de l’environnement rural que Frédéric Gana a entrepris avec sa compagne un tour de France, six mois sous le vocable  » chemin faisant « , dont il a fait un compte-rendu, en insistant lui aussi sur la nécessité d’écouter et de lire la nature.

En prologue de ce Mardi, un premier hommage a été rendu au naturaliste François Terrasson, disparu le 2 janvier, avec des extraits filmés d’une représentation de ses sketches berrichons qu’il avait donnée au théâtre Essaion, à Paris, quelques mois auparavant.