05/04/2005

Le débat s’est d’abord installé dans une énumération (nécessaire) des risques naturels que présente la planète – ce qui a permis de situer les enjeux pour l’espèce humaine, à la fois locataire et utilisatrice de la terre sur laquelle elle vit. Et puis, progressivement, les invités en sont venus à mettre davantage l’accent sur la responsabilité des hommes dans l’accentuation de ces risques, illustrant pleinement le thème choisi par les Mardis de l’Environnement pour le débat du 5 avril : « Les risques naturels augmentent : la faute à l’homme. »

Etaient donc réunis à la tribune :

  • Michel Segard, sous-directeur de la Prévention des risques naturels majeurs au ministère de l’Ecologie et du Développement durable,
  • Jérôme Gaillardet et Edouard Kaminski, du laboratoire Dynamique des systèmes géologiques de l’Institut de physique du globe,
  • Bruno Lartigue, médecin urgentiste des Sapeurs-pompiers de Paris,
  • Yves Paccalet, naturaliste.

Michel Segard a d’abord situé le début de l’histoire de la prévention des risques, en France, au 19ème siècle. Elle est née sous la pression des déboisements en montagne et de l’endiguement des rivières. Aujourd’hui, elle comprend trois grandes catégories : les phénomènes météorologiques (crues, tempêtes), les sols (séismes) et les incendies de forêt. La prévention est formée de cinq composantes : la connaissance de l’aléa et du risque ; la surveillance et l’alerte ; l’information préventive ; la maîtrise de l’aménagement ; la réduction de la vulnérabilité ; la préparation à la gestion de la crise ; le retour d’expérience. En France métropolitaine, a rappelé Jérôme Gaillardet, les zones à risque sont celles de la région de Nice et l’Alsace. Outre-mer, ce sont les Antilles qui sont les plus sensibles aux aléas sismiques, mais les populations et les autorités ne semblent pas convaincues de la nécessité de prendre des mesures efficaces de prévention. Revenant de Thaïlande, où il a apporté son aide avec une équipe des Sapeurs-pompiers après le tsunami, Bruno Lartigue a souligné que si cette prévention, justement, avait été mise en œuvre, un grand nombre de vies humaines auraient pu être sauvées.

Yves Paccalet , à son tour, a insisté sur la responsabilité humaine à l’occasion des catastrophes naturelles. L’essentiel, selon lui, est l’éducation des populations. Mais il serait nécessaire, aussi, d’arrêter de dégrader la nature, qui peut servir de rempart contre ces catastrophes. En Thaïlande, les récifs coralliens et les mangroves ont été largement réduits au profit des infrastructures (marinas, hôtels, etc.) et le tsunami a dévasté les côtes bien plus facilement. Michel Segard a ramené la question sur la France, en estimant qu’habituellement, les populations civiles sont très réticentes pour dépasser leur égoïsme et pour accepter les contraintes dues à la prévention des risques. De plus, la surveillance ne peut être pleinement exercée partout par les agents de l’Etat, elle est donc dépendante des remontées d’information ponctuelles des habitants. Ces constats soulignent que de grands efforts sont encore à faire, en France et dans le reste du monde, pour mettre en place un système destiné à se prémunir, autant que possible contre les risques naturels. Certes, comme l’ont rappelé plusieurs de ces intervenants, maîtriser la nature ne sera jamais possible. Mais prendre des mesures conservatoires, préliminaires, pour limiter les effets de sa colère, devrait être un impératif.