LES FRONTIERES DU COURT 2012

ATELIER du 13 octobre 2012

 

 

Quels moyens pour produire un documentaire ?

Un atelier professionnel de producteurs et de réalisateurs

Cet atelier a été organisé le 12 octobre à l’Alcazar. Y participaient Houmi Ahamed –Mikiodache, réalisatrice, Julie Moralès, réalisatrice, Pierre Meynadier, réalisateur producteur, Van Cong Vu, réalisateur, Pierre-Yves Le Du, réalisateur, Julien Mast, réalisateur producteur, Marie-Pierre Cabello, présidente de la S.E.R.E., Pascale Marcaggi, journaliste de Radio Ethic, Joelle Geiser, documentaliste, et Alain Zecchini, biologiste de la conservation et rapporteur.

 

En ouverture de ce débat, Julien Mast a rappelé un chiffre qui parle de lui-même : s’il y a 7 000 producteurs de films en France aujourd’hui, seuls 320 d’entre eux bénéficient d’un compte automatique au CNC (Centre national du cinéma), c’est-à-dire d’une ligne de crédits. Autant dire que pour les autres, le financement de leurs œuvres est nettement moins facile… Ce point a rencontré l’assentiment de tous les participants à l’atelier. L’argent, nerf de la guerre, jamais cette vérité n’a paru aussi évidente qu’aujourd’hui. En pratique, cela se traduit par une recherche tous azimuts pour boucler le budget, avec, autant que faire se peut, l’aide du CNC.

Mais à cet égard, la situation n’était pas exactement la même pour tous les présents. Pierre Meynadier a une « surface » professionnelle importante, c’est le plus gros producteur sur Marseille, et c’est le fruit d’une longue expérience. Il a quantité de succès à son actif, et il connaît parfaitement les critères pour qu’un projet de film ait des chances d’être accepté par les chaînes de télévision. Ces critères se résument au formatage nécessaire du projet par rapport aux désirs des chaînes : lesquelles ont des grilles de programmes, correspondant aux attentes estimées des téléspectateurs. Il faut donc que le film soit en adéquation, autant que possible, avec ces attentes. Naturellement, cette « mise en boîte » du film, avant même son tournage, ne va pas toujours de pair avec le souci de création de l’auteur. Mais Pierre Meynadier s’est voulu réaliste : « Il faut choisir un sujet qui réponde au marché du documentaire, avant tout. C’est à l’auteur et au producteur de repérer les tendances, ce qui marche, ce qui intéresse le public. » De plus, selon ce producteur, les chaînes demandent de plus en plus de séries, ce qui pose la question de la conception d’une famille de projets de même orientation, et non plus d’une réalisation unique.

Cet état des choses n’est toutefois pas le seul pour appréhender la réalité des réalisateurs. En tous cas, plusieurs des autres professionnels de l’atelier avaient des vues différentes, et qui s’expliquent par leur expérience propre. C’est parce qu’ils sont relativement jeunes dans le métier, d’une part ; et c’est parce qu’ils peuvent avoir choisi des options qui leur permettent d’éviter (pour l’instant ?) de suivre la règle de  la primauté du marché du documentaire. Ainsi,

Julien Mast ne se sent pas trop lié à ce marché, car il fonctionne avec de petits budgets. De même que Julie Moralès, qui a précisé que « mon film n’est pas passé sur les chaînes de télévision ».

Et puis, si l’on souligne à juste titre l’importance de  ces chaînes pour la diffusion des documentaires, il existe d’autres filières qui peuvent fournir une aide, même non financière.  Julien Mast a parlé de « La Mutinerie », un espace à Paris pour la mutualisation de locaux et de savoir-faire, destiné aux médias. Julie Moralès a évoqué d’autres centres semblables à Paris, et aussi à Saint-Ouen, celui de « Médias Développement. » Pierre-Yves Le Du est intervenu pour souligner le phénomène du web-documentaire, qui commence à prendre place dans le panorama, « même les professionnels ont un peu de mal pour se situer par rapport à la pertinence de ce nouveau moyen de diffusion ». Et à cet égard se pose aussi la question du financement. Selon Houmi Ahamed-Mikiodache, ce financement peut se faire en faisant appel aux amis et relations, et par l’intermédiaire d’internet, il existe de réelles possibilités à cet égard. Toutefois Van Cong Vu ne s’est pas déclaré convaincu par cet « appel à contribution », car il estime que c’est trop aléatoire.

Internet, mais aussi, comme canaux nouveaux de diffusion, le système « VOD », Video On Demand, d’origine anglo-saxonne, qui permet à ceux qui vont dans une médiathèque de visionner, sur demande justement, des films. Et puis, impossible de faire l’impasse sur YouTube, plate-forme mondiale pour montrer des films, avec une fréquentation de plusieurs centaines de millions de personnes tous les mois. Et impossible aussi d’oublier les outils nouveaux des téléphones mobiles, des tablettes, de toute cette technologie disponible, grâce à laquelle le consommateur de documentaires peut faire un choix personnel. Et d’une manière générale, les réseaux sociaux offrent de réelles nouvelles possibilités pour la diffusion des documentaires. Mais leurs règles de fonctionnement représentent une petite révolution par rapport à celles des  chaînes de télévision.

Et pour l’instant, ce sont bien ces chaînes qui offrent le plus de possibilités pour un auteur et un producteur de montrer leurs œuvres. Van Cong Vu a bénéficié de l’appui de Pierre Meynadier pour sa formation en tant que cinéaste. Et c’est aussi Pierre Meynadier qui a été le producteur de son film qui était en compétition pour Les Frontières du Court.  L’un et l’autre ont rappelé la genèse nécessaire d’une œuvre. Pierre Meynadier : « Le premier point est de faire un synopsis d’une demi-page qui se tienne. Le second est d’écrire 15 sujets, pour avoir des chances d’en voir retenu un. » Et Van Cong Vu  confirme : « J’ai écrit partout pour mes projets, j’en avais au moins une quinzaine, mais avant ça, j’ai finalisé chaque projet comme s’il était le seul, j’avais de vraies histoires. »

 

 De gauche à droite, Julien Mast, Houmi Ahamed-Mikiodache, Marie-Pierre Cabello, Pierre Meynadier, Pierre-Yves Le Du, Van Cong Vu, Julie Moralès et Pascale Marcaggi

 

Julie Moralès a été enseignant-chercheur en études hispaniques et américaines. Elle a commencé par tourner un petit documentaire sur les sinistrés de l’ouragan « Stan » au Chiapas, en 2005. Elle est revenue sur place en 2007 pour la deuxième partie de son film. Elle travaille beaucoup sur les thèmes sociétaux et de spiritualité, notamment concernant les Mayas. Deux projets de films la prennent aujourd’hui, qui ressortissent de cette orientation.

 

Houmi Ahamed-Mikiodache est journaliste en économie politique de l’Afrique depuis 10 ans. Elle s’est intéressée aux Comores voici quatre ans. Le film qu’elle a réalisé traite justement de cette région du monde, et elle en a un autre en projet, qui s’attacherait plus précisément à parler de la gestion de l’eau aux Comores. Elle a également subi une formation de cadreuse à Trappes, en banlieue parisienne.

 

Pierre-Yves Le Du  est actuellement en deuxième année de master de recherche en écologie avec une spécificité sur la biodiversité, à l’IFFCAM. Son premier film, aux Frontières du Court, est ancré dans le paysage du Poitou-Charentes, puisqu’il traite d’une race de vache locale, la parthenaise. Il a un nouveau projet de film, sur les enfants. Il ne conçoit pas un métier de cinéaste sans s’intéresser, et participer, à des problématiques sociétales.

 

Julien Mast estime avoir eu un parcours un peu atypique : après l’arrêt de l’école à 18 ans, il a travaillé à l’association « La mie de pain », puis dans  d’autres associations au Mali, et  au Cambodge, puis en faveur de l’insertion de SDF dans un cirque. Il a créé l’association « E-Graine d’images » avec des amis, pour développer des outils multimédias pédagogiques et produire des films institutionnels destinés aux jeunes. En gestation actuellement, un film sur la certification FSC (gestion durable des forêts) en France.

 

Pierre Meynadier produit des documentaires depuis 25 ans, au total, environ une centaine. Son domaine de prédilection est la découverte en ethnologie, avec comme axe principal l’influence de l’environnement sur les communautés humaines. Il a un master en métier du film documentaire. Il a formé beaucoup de jeunes, et créé sa propre structure, « Image images », comme société de production. Il travaille beaucoup avec les supports de diffusion les plus en vue, comme Ushuaïa TV, Arte, entre autres.

 

Van Cong Vu a d’abord été éducateur spécialisé à Metz, et a suivi ensuite une formation à l’ESRA. Il a été présenté à Pierre Meynadier à Marseille, et il est devenu son assistant. Il a donc pu connaître toutes les facettes du métier et son premier film, sur le Vietnam, dont il est originaire, représente en quelque sorte une contribution à son histoire personnelle, et en même temps un éclairage sur la vie dans ce pays. Il a actuellement sept autres projets des films.

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