Etienne Bourgois et Eric Karsenti ont décidé de modifier le parcours de la troisième année de l’expédition Tara Oceans
La goélette Tara est partie le 5 septembre 2009 de Lorient et a déjà parcouru 40 000 milles, de l’Atlantique au Pacifique en passant par la Méditerranée et l’Océan Indien.

Cette décision des deux co-directeurs de l’expédition, a été prise en raison de la crise que connaît le Japon actuellement. Durant l’année 2012, Tara devait passer quatre mois et demi en Asie, en particulier en mer du Japon et dans les secteurs alentours. Tokyo représentait même une escale capitale.
Il existe désormais un risque sur le terrain même si il est difficile à l’heure actuelle de l’évaluer précisément mais pour Tara, les demandes d’autorisations de prélever dans les eaux territoriales se faisant un an à l’avance, cette décision devait être prise rapidement.
Plus globalement, il parait très difficile d’évaluer les conséquences environnementales, humaines et économiques, de cette catastrophe sans précédent. Il est possible que la dispersion des produits radioactifs ait un impact important dans l’Océan Pacifique.
Enfin, cette décision intervient dans un contexte économique devenu peu favorable.
Par conséquent Etienne Bourgois (président du Fonds Tara) et Eric Karsenti (directeur de recherche au CNRS détaché à l’EMBL), en accord avec les coordinateurs scientifiques et les partenaires de l’expédition, ont décidé de modifier le parcours de la troisième année de Tara Oceans.
Durant les mois à venir, Tara va poursuivre sa route vers Papeete comme prévu en passant par les Galapagos, les îles Gambier, avec une mission autour des coraux, et les îles Marquises. Après Tahiti, le navire remontera vers Hawaï, traversera le « continent de plastique » du Pacifique nord, fera escale à San Diego. Puis Tara empruntera le canal de Panama à Noël prochain puis traversera l’Atlantique, avec une arrivée prévue à Lorient au mois de mars 2012. Soit encore 20 000 milles à parcourir (l’équivalent d’un tour du monde) pour la goélette et encore 100 stations scientifiques prévues au programme.
L’analyse à terre des 100 premières stations a commencé depuis un an. Le consortium scientifique commence à obtenir des résultats et plusieurs articles sont en cours de structuration pour les revues scientifiques. Le consortium scientifique Oceans va bien sûr continuer a traiter les données et les échantillons recueillis au fur et à mesure de leur arrivée dans les laboratoires.
Tara Oceans est donc entré dans sa seconde phase: la récolte des fruits d’un échantillonnage planétaire colossal.
Au retour de Tara à Lorient en mars 2012, des dizaines de milliers de micro-organismes et des échantillons considérables de coraux auront été prélevés et analysés avec succès dans tous les océans du globe depuis septembre 2009. Cette collecte complète, permettra de mieux connaître la structure des écosystèmes océaniques, l’évolution des organismes qui les composent et leur capacité à s’adapter à des changements environnementaux majeurs. Elle constituera un point de référence pour les générations futures.
Les prochains rendez-vous pour Tara Oceans :
Diffusion des documentaires « Tara Oceans le Monde Secret » sur Planète Thalassa les 15, 22, 29 avril et 6 mai.
En juin, les scientifiques de Tara Oceans présenteront le bilan scientifique annuel de l’expédition à la presse.
Et Tara vous donne rendez-vous à Lorient en mars 2012 !
ITW d’Etienne Bourgois, directeur de Tara Oceans et président de Tara Expéditions
Vous venez de prendre une décision importante. Comment cette décision a été prise ?
Avant toute chose je tiens à exprimer toute ma solidarité au peuple japonais. J’aurais l’occasion de le dire de vive voix à mes collaborateurs cette semaine car je suis depuis mardi à Tokyo dans le cadre de mes fonctions de directeur général d’agnès b.
Tara a déjà fait environ 40 000 milles, les scientifiques ont réalisé une centaine de stations scientifiques d’excellente qualité et ce n’est pas fini ! Néanmoins, le Japon vient de subir une catastrophe majeure. La situation nucléaire n’est pas maîtrisée. Nous devons donc revoir notre feuille de route qui passait notamment par Tokyo l’année prochaine.
De plus, peu de gens le savent, mais les autorisations que nous demandons pour pouvoir prélever dans les eaux des pays visités, se font près d’un an à l’avance et sont très difficiles à obtenir. C’est le cas notamment pour cette zone de l’Asie.
Mais pour revenir au Japon, nous ne savons pas comment va évoluer la situation dans les mois à venir.
Nos mécènes, dont le Fonds agnès b., les fondations Veolia, EDF et Prince Albert II de Monaco, étaient très heureux de voir ce fabuleux voilier naviguer dans cette région du globe. Pour agnès b. très implantée, c’était près de 1 500 salariés qui attendaient le bateau, comme une sorte d’espoir pour le futur.
Malheureusement l’impact de cette catastrophe au Japon sur l’activité d’agnès b. est à ce jour important puisqu’une baisse conséquente du chiffre d’affaire sur place est probable.
Quand une tempête s’annonce, on adapte la toile. En bons marins, nous avons donc décidé de nous préparer à cette période difficile, mais je reste confiant.
Ce choix de modification du trajet a été fait d’un commun accord avec les scientifiques de la mission Tara Oceans et nos partenaires dont le soutien est extrêmement important. En définitive nous ne rentrerons que six mois plus tôt que prévu sur une mission de 3 ans.
Cependant, le nouveau parcours choisi par les scientifiques présente des intérêts majeurs comme le transect très peu étudié Papeete-Hawaï, ou encore l’étude du continent de plastique dans le Pacifique, des prélèvements dans le Golfe du Mexique seront aussi faits. Nous resterons également plus longtemps aux Etats-Unis.
Nous garderons bien sûr les mêmes moyens techniques et humains à bord et à terre jusqu’au retour à Lorient.
Quels sont les projets pour 2012 ?
Il faut d’abord que le bateau rentre à Lorient au mois de mars 2012 mais cette année 2012 s’annonce déjà très riche, il y aura d’un côté beaucoup de travail dans les laboratoires pour les scientifiques et nous aurons également encore notre mission de sensibilisation à remplir. Nous avons le projet d’un documentaire qui couvrira la totalité de l’expédition, des expositions, des actions avec les scolaires etc… Et nous réfléchissons d’ores et déjà à de futures expéditions pour Tara.
Mais pour revenir au présent, je tiens à remercier chaleureusement toutes les personnes impliquées dans ce projet, les laboratoires, les institutions, les partenaires, les membres d’équipage et les scientifiques qui font avancer ce bateau et ce programme d’avant-garde. Leur travail est magnifique, il va continuer pendant un an à bord et pendant de longues années ensuite après le retour au port. Cette aventure ne fait que commencer.

Pour partager cette information