Les Frontières du Court 2012

dans 32 régions du monde

 

 La 7ème édition du festival de documentaires courts métrages Les Frontières du Court a été accueillie dans le cadre de la 28éme édition de Science Frontières à la Médiathèque de l’Alcazar, à Marseille, les 12 et 13 octobre 2012.

 

La manifestation était placée sous la présidence de Christine Della Maggiora, réalisatrice-productrice, et Dominique Roberjot, co-réalisatrice et photographe, animatrices de Latitude21 Productions.

 

Les Frontières du Court, une production de la Société Européenne des réalisateurs de l’Environnement (S.E.R.E.), avec le soutien de Science Frontières, de TerreTV, et de la ville de Marseille. L’Ademe, l’Institut océanographique Paul Ricard, l’IRD, France Nature Environnement, Radio Ethic, Patagonia, l’UNRIC (Centre régional d’information pour l’Europe occidentale des Nations Unies), RFI et l’Alcazar, étaient également partenaires.

 

C’est un vaste tour d’horizon qu’ont fait Les Frontières du Court 2012 : 32 régions du monde représentées dans les 37 documentaires courts métrages en compétition, pour un total de 16h15 de programmes. Portraits d’acteurs engagés dans la défense de leur environnement, bonnes pratiques agricoles, problématiques citadines, descriptions de phénomènes climatiques ou géologiques, développement durable dans les pays émergents, gestion de l’eau,  biodiversité et conservation de la nature , et quantité d’autres sujets, qui tous s’attachaient à présenter une actualité fondamentale dans le monde d’aujourd’hui.

 

Les projections se sont déroulées le 12 octobre, dans la salle de l’Auditorium et la salle des Conférences de l’Alcazar. Plusieurs réalisateurs présents ont pu engager le dialogue avec le public, à l’issue de la diffusion de leur film.

Les internautes étaient invités à voter pour ces documentaires, sur le site de TerreTV, les 12 et 13 octobre. Ils ont été nombreux : 24 840 connections, au total, ont été enregistrées pour la manifestation, ce qui représente un vrai succès.

 

Le réalisateur Van Cong Vu dialogue avec le public, dans la salle des Conférences de l’Alcazar

 

 

Les Prix : votes des Internautes et Jury S.E.R.E. / Les Frontières du Court

 

  • Grand Prix du Public (offert par Science Frontières)

Nécessité fait loi.  Réalisation Van Cong Vu, Production Image-Images. 52’. Au cœur du Vietnam…Comment vivre dans cette nature au quotidien, sans moyens

 

  • Prix du Jury (offert par la S.E.R.E.)

Albert Falco l’Océanaute.  Réalisation de Sylvain Braun. Production de Lato Sensu Productions.52’.Biographie d’Albert Falco, ancien capitaine de  la Calypso, pionnier de la découverte des fonds marins, qui a lutté toute sa vie pour la protection des mers.

 

  • Coup de Cœur Création (offert par Patagonia)

Message in et Bottle. Réalisation de Julien Mast. Production Julien Mast et  E-Graine. 7’ Animation. La amille KIAGI est une série sur la vie quotidienne qui se confronte aux différents enjeux du développement durable.

 

Ar(t)bre, Frans Krajcberg. Réalisation de Marc Perrin, Production Strass Productions. 10’. Frans Krajcberg est un personnage d’envergure planétaire tant par la dimension artistique de son œuvre que par ses prises de parole pour la défense de l’environnement…

 

  • Prix Recherche et Développement (offert par l’IRD)

Après le débarquement.  Réalisation de Houmi AHAMED-Mikidache. Production Raouf Said. 30’. De l’érosion côtière aux de glissements de terrain , de la déforestation à la gestion de l’eau , à Anjouan, sur l’une des iles des Comores.

 

  • Prix Biodiversité (offert par la S.E.R.E. )

Bocage Masala.  Réalisation Pierre-Yves Le Du. Production  IFFCAM. 17’42. Quelques tranches de la vie d’une vache locale : la parthenaise.

 

  • Plébiscités aussi par les internautes

Un siècle pour les oiseaux.  Réalisation Allain Bougrain Dubourg. Produit par  Nature Productions. 52’. Présentation et engagement de l’association LPO (Ligue de protection des oiseaux).

Madagascar, des diversités au quotidien.  Réalisation  Françoise Payen. Production Visionstudio. 26’22. Diversité des milieux écologiques à Madagascar, de la forêt tropicale humide au « bush » désertique. Exceptionnelles biodiversité et endémicité de la faune et de la flore.

L’eau des îles. Réalisation Franck Grangette et Franck Renaud. Production IRD. 52’.Les atolls et les ilots coralliens sont très sensibles aux variations du climat, les réserves  en eau douce s’y raréfient. Que devient cette eau douce, quel voyage parcourt-elle, que se passe –t-il quand elle rencontre l’eau de mer ?

 

Lors de la remise du Grand Prix du Public, Pierre Meynadier, Van Cong Vu, Marie-Pierre Cabello, présidente de la S.E.R.E. et Jean-Yves Casgha, président de Science Frontières

 

Tous les documentaires du Festival sont à voir ou à revoir sur le site de TerreTV,

 

La remise des prix des Frontières du Court a été prévue le 6 novembre 2012, de 19h à 21h, dans le cadre de l’édition du mois de novembre des Mardis de l’Environnement organisés par la S.E.R.E., à la Fondation d’entreprise Paul Ricard, 12 rue Boissy d’Anglas, 75008 Paris.

 

Quels moyens pour produire un documentaire ?

Un atelier professionnel de producteurs et de réalisateurs

 

Cet atelier a été organisé le 12 octobre à l’Alcazar. Y participaient Houmi Ahamed –Mikiodache, réalisatrice, Julie Moralès, réalisatrice, Pierre Meynadier, réalisateur producteur, Van Cong Vu, réalisateur, Pierre-Yves Le Du, réalisateur, Julien Mast, réalisateur producteur, Marie-Pierre Cabello, présidente de la S.E.R.E., Pascale Marcaggi, journaliste de Radio Ethic, Joelle Geiser, documentaliste, et Alain Zecchini, biologiste de la conservation et rapporteur.

 

En ouverture de ce débat, Julien Mast a rappelé un chiffre qui parle de lui-même : s’il y a 7 000 producteurs de films en France aujourd’hui, seuls 320 d’entre eux bénéficient d’un compte automatique au CNC (Centre national du cinéma), c’est-à-dire d’une ligne de crédits. Autant dire que pour les autres, le financement de leurs œuvres est nettement moins facile… Ce point a rencontré l’assentiment de tous les participants à l’atelier. L’argent, nerf de la guerre, jamais cette vérité n’a paru aussi évidente qu’aujourd’hui. En pratique, cela se traduit par une recherche tous azimuts pour boucler le budget, avec, autant que faire se peut, l’aide du CNC.

Mais à cet égard, la situation n’était pas exactement la même pour tous les présents. Pierre Meynadier a une « surface » professionnelle importante, c’est le plus gros producteur sur Marseille, et c’est le fruit d’une longue expérience. Il a quantité de succès à son actif, et il connaît parfaitement les critères pour qu’un projet de film ait des chances d’être accepté par les chaînes de télévision. Ces critères se résument au formatage nécessaire du projet par rapport aux désirs des chaînes : lesquelles ont des grilles de programmes, correspondant aux attentes estimées des téléspectateurs. Il faut donc que le film soit en adéquation, autant que possible, avec ces attentes. Naturellement, cette « mise en boîte » du film, avant même son tournage, ne va pas toujours de pair avec le souci de création de l’auteur. Mais Pierre Meynadier s’est voulu réaliste : « Il faut choisir un sujet qui réponde au marché du documentaire, avant tout. C’est à l’auteur et au producteur de repérer les tendances, ce qui marche, ce qui intéresse le public. » De plus, selon ce producteur, les chaînes demandent de plus en plus de séries, ce qui pose la question de la conception d’une famille de projets de même orientation, et non plus d’une réalisation unique.

Cet état des choses n’est toutefois pas le seul pour appréhender la réalité des réalisateurs. En tous cas, plusieurs des autres professionnels de l’atelier avaient des vues différentes, et qui s’expliquent par leur expérience propre. C’est parce qu’ils sont relativement jeunes dans le métier, d’une part ; et c’est parce qu’ils peuvent avoir choisi des options qui leur permettent d’éviter (pour l’instant ?) de suivre la règle de  la primauté du marché du documentaire. Ainsi,

Julien Mast ne se sent pas trop lié à ce marché, car il fonctionne avec de petits budgets. De même que Julie Moralès, qui a précisé que « mon film n’est pas passé sur les chaînes de télévision ».

Et puis, si l’on souligne à juste titre l’importance de  ces chaînes pour la diffusion des documentaires, il existe d’autres filières qui peuvent fournir une aide, même non financière.  Julien Mast a parlé de « La Mutinerie », un espace à Paris pour la mutualisation de locaux et de savoir-faire, destiné aux médias. Julie Moralès a évoqué d’autres centres semblables à Paris, et aussi à Saint-Ouen, celui de « Médias Développement. » Pierre-Yves Le Du est intervenu pour souligner le phénomène du web-documentaire, qui commence à prendre place dans le panorama, « même les professionnels ont un peu de mal pour se situer par rapport à la pertinence de ce nouveau moyen de diffusion ». Et à cet égard se pose aussi la question du financement. Selon Houmi Ahamed-Mikiodache, ce financement peut se faire en faisant appel aux amis et relations, et par l’intermédiaire d’internet, il existe de réelles possibilités à cet égard. Toutefois Van Cong Vu ne s’est pas déclaré convaincu par cet « appel à contribution », car il estime que c’est trop aléatoire.

Internet, mais aussi, comme canaux nouveaux de diffusion, le système « VOD », Video On Demand, d’origine anglo-saxonne, qui permet à ceux qui vont dans une médiathèque de visionner, sur demande justement, des films. Et puis, impossible de faire l’impasse sur YouTube, plate-forme mondiale pour montrer des films, avec une fréquentation de plusieurs centaines de millions de personnes tous les mois. Et impossible aussi d’oublier les outils nouveaux des téléphones mobiles, des tablettes, de toute cette technologie disponible, grâce à laquelle le consommateur de documentaires peut faire un choix personnel. Et d’une manière générale, les réseaux sociaux offrent de réelles nouvelles possibilités pour la diffusion des documentaires. Mais leurs règles de fonctionnement représentent une petite révolution par rapport à celles des  chaînes de télévision.

Et pour l’instant, ce sont bien ces chaînes qui offrent le plus de possibilités pour un auteur et un producteur de montrer leurs œuvres. Van Cong Vu a bénéficié de l’appui de Pierre Meynadier pour sa formation en tant que cinéaste. Et c’est aussi Pierre Meynadier qui a été le producteur de son film qui était en compétition pour Les Frontières du Court.  L’un et l’autre ont rappelé la genèse nécessaire d’une œuvre. Pierre Meynadier : « Le premier point est de faire un synopsis d’une demi-page qui se tienne. Le second est d’écrire 15 sujets, pour avoir des chances d’en voir retenu un. » Et Van Cong Vu  confirme : « J’ai écrit partout pour mes projets, j’en avais au moins une quinzaine, mais avant ça, j’ai finalisé chaque projet comme s’il était le seul, j’avais de vraies histoires. »

 

 

De gauche à droite, Julien Mast, Houmi Ahamed-Mikiodache, Marie-Pierre Cabello, Pierre Meynadier, Pierre-Yves Le Du, Van Cong Vu, Julie Moralès et Pascale Marcaggi

 

Julie Moralès a été enseignant-chercheur en études hispaniques et américaines. Elle a commencé par tourner un petit documentaire sur les sinistrés de l’ouragan « Stan » au Chiapas, en 2005. Elle est revenue sur place en 2007 pour la deuxième partie de son film. Elle travaille beaucoup sur les thèmes sociétaux et de spiritualité, notamment concernant les Mayas. Deux projets de films la prennent aujourd’hui, qui ressortissent de cette orientation.

 

Houmi Ahamed-Mikiodache est journaliste en économie politique de l’Afrique depuis 10 ans. Elle s’est intéressée aux Comores voici quatre ans. Le film qu’elle a réalisé traite justement de cette région du monde, et elle en a un autre en projet, qui s’attacherait plus précisément à parler de la gestion de l’eau aux Comores. Elle a également subi une formation de cadreuse à Trappes, en banlieue parisienne.

 

Pierre-Yves Le Du  est actuellement en deuxième année de master de recherche en écologie avec une spécificité sur la biodiversité, à l’IFFCAM. Son premier film, aux Frontières du Court, est ancré dans le paysage du Poitou-Charentes, puisqu’il traite d’une race de vache locale, la parthenaise. Il a un nouveau projet de film, sur les enfants. Il ne conçoit pas un métier de cinéaste sans s’intéresser, et participer, à des problématiques sociétales.

 

Julien Mast estime avoir eu un parcours un peu atypique : après l’arrêt de l’école à 18 ans, il a travaillé à l’association « La mie de pain », puis dans  d’autres associations au Mali, et  au Cambodge, puis en faveur de l’insertion de SDF dans un cirque. Il a créé l’association « E-Graine d’images » avec des amis, pour développer des outils multimédias pédagogiques et produire des films institutionnels destinés aux jeunes. En gestation actuellement, un film sur la certification FSC (gestion durable des forêts) en France.

 

Pierre Meynadier produit des documentaires depuis 25 ans, au total, environ une centaine. Son domaine de prédilection est la découverte en ethnologie, avec comme axe principal l’influence de l’environnement sur les communautés humaines. Il a un master en métier du film documentaire. Il a formé beaucoup de jeunes, et créé sa propre structure, « Image images », comme société de production. Il travaille beaucoup avec les supports de diffusion les plus en vue, comme Ushuaïa TV, Arte, entre autres.

 

Van Cong Vu a d’abord été éducateur spécialisé à Metz, et a suivi ensuite une formation à l’ESRA. Il a été présenté à Pierre Meynadier à Marseille, et il est devenu son assistant. Il a donc pu connaître toutes les facettes du métier et son premier film, sur le Vietnam, dont il est originaire, représente en quelque sorte une contribution à son histoire personnelle, et en même temps un éclairage sur la vie dans ce pays. Il a actuellement sept autres projets des films.

 

 

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