logo mardi environnement de la SEREMardi de l’Environnement – 1er mars 2016

Pour les ressources de la planète, de nouvelles approches

Bien évidemment, la perspective des 9 milliards d’êtres humains annoncés sur Terre en 2050 pose de façon drastique le problème des ressources alimentaires qui seront alors nécessaires. L’agriculture industrielle devra augmenter ses rendements – et parallèlement, s’assurer de la disponibilité de terres arables conséquentes. Mais de nouvelles perspectives s’offrent aussi pour produire autrement. De façon plus écologique, ou en tout cas plus raisonnée. Le Mardi de l’Environnement du 1er mars avait réuni quelques protagonistes de cette tendance – trois directement concernés par la production, et un pour parler d’une relation originale à la nature, dans le domaine de l’art. A priori, quel rapport avec l’alimentation ? Peut-être celui de considérer que l’art, après tout, est une forme de nourriture … En tout cas, l’intervention d’ Alexandra Fau, commissaire de l’exposition « fertile lands », qui était en cours à la fondation d’entreprise Ricard, a rappelé l’histoire et les motivations du mouvement du Land Art, qui a pris naissance aux Etats-Unis dans les années 1960. Il s’agissait d’imprimer, dans un paysage, des dessins, à l’aide de pierre et de terre, qui s’intègrent dans ce paysage. Le plus connu est « spiral jetty » de Smithson. Les artistes devaient ensuite laisser leurs œuvres à l’entropie, ne pas les entretenir. Elles suivaient le cours de la dégradation naturelle. On peut remarquer toutefois que ce mouvement, célèbre, ne s’est pas caractérisé par un quelconque souci écologique. Leurs représentants estimaient même qu’ils ne devaient avoir aucun rapport avec l’art de leur époque, et avec l’art tout court… Ils se considéraient sans doute comme des « aménageurs de nature »… Ce n’est que bien après que ce mouvement est devenu un chapitre de l’histoire de l’art…

Les nouveaux modes de production des ressources alimentaires, eux, se doivent d’être plus nettement ciblés et responsables. Christine Delaunay, pour l’association « Les marchés sur l’eau », a décrit l’expérience, qui dure déjà depuis trois ans, d’une mutualisation d’Amaps, près de Paris, et pour Paris, dont le mode de livraison passe par une barge maraîchère empruntant le canal de l’Ourcq, dans l’est de la capitale. 400 abonnés bénéficient de cette formule. Avec une garantie de qualité, qui ne passe pas toutefois par le label bio.

Alexandre Lumbroso, qui anime avec son associé Jonathan Attias « Communidée – La boîte à outils », a lancé une série sur le web intitulée « Jardiniers levez-vous ».  Elle défend le droit des jardiniers d’utiliser leurs graines, s’élève contre la mainmise du secteur des semences, qui impose, à 99% dans les catalogues de graines, des hybrides. Alexandre Lumbroso et Jonathan Attias ont lancé une pétition en ce sens sur internet, qui a été « signée » par 70 000 personnes, et déposé auprès du Sénat, dans le cadre de l’examen de la loi sur la biodiversité, deux amendements, sur le droit à utiliser librement des semences non brevetées, et sur l’interdiction des graines « terminator » hybrides, qui rendent impossible une deuxième récolte.

De la terre à la mer, le lien est simple. Là aussi, une question de ressource se pose. Nicolas Floc’h, qui se définit avant tout comme artiste, travaille sur les récifs artificiels, qui sont des « pépinières à poissons ».Des architectures sous-marines pour optimiser des écosystèmes afin de créer de la biomasse. C’est au Japon qu’il exerce son activité, le Japon, parce que les produits de la mer tiennent une très grande place dans l’alimentation de l’archipel – et parce que les récifs artificiels sont déjà très nombreux, avec plus de 20 000 sites, d’après Nicolas Floc’h. Il a montré des images d’un site pilote. C’est d’un programme d’aquaculture qu’il s’agit en fait. Des alevins sont lâchés sur le site, tout près de la côte, un espace plus ou moins fermé. Les poissons sont même nourris sur des appels de musique … Toujours selon Nicolas Floc’h, 12% du plateau continental japonais serait aménagé en ce sens, ce qui est énorme. Et qui ne peut laisser sous silence les problématiques relatives à l’environnement et à la biodiversité  marine que ces programmes supposent. Sur ces points précis, Nicolas Floc’h est resté sibyllin, comme sur le rôle exact qu’il joue dans ces programmes.