COP 21 : les apparences sont sauves … mais à quel prix ?

 

Ce pourrait être l’histoire du verre à moitié plein et du verre à moitié vide. Pour les résultats de la conférence climatique, choisir les points positifs contre les points négatifs, ou l’inverse. Mais dans ce cas de figure, force est de reconnaître que ce choix semble évident : les problématiques essentielles n’ont pas reçu de réponses véritables. Une certaine bonne volonté (ou plutôt le consensus qu’il ne fallait pas laisser la conférence sur une absence d’accord) a fini par prévaloir, dans les dernières heures, pour obtenir l’assentiment de l’ensemble des participants. Mais si des avancées sont notables en plusieurs domaines, elles ne font pas oublier que les manques sont nombreux, et ces manques se réfèrent à des engagements décisifs pour espérer résoudre, ou du moins limiter, le réchauffement climatique.

 

Les points positifs

 – C’est le premier accord, dit « accord de Paris », universel de lutte contre le réchauffement. Il entrera en vigueur en 2020.

– L’objectif est affiché de contenir à 2°C le réchauffement, et de viser 1,5°C par rapport aux niveaux préindustriels, mais sans date-butoir indiquée. Toutefois, pour tenir cet objectif de 2°C, les émissions devraient baisser de 40 à 70% d’ici à 2050, et pour 1,5°C, de 70 à 95%, selon le Giec.

– Des financements de 100 milliards$ par an sont promis par les pays industrialisés aux pays en voie de développement, pour les aider à lutter contre le réchauffement, d’ici à 2020 ; ensuite, il y aura une hausse de cette aide.

– En particulier, et largement sous l’impulsion de la France, une mobilisation de fonds est prévue par des pays industrialisés pour relever le défi climatique en Afrique : le financement des projets « grande muraille verte » au Sahel, réhabilitation du lac Tchad, énergies vertes.

 

Les points négatifs

 – La reconnaissance des dommages créés par le réchauffement est actée (avec les notions de « pertes et préjudices »), mais l’article 52 de cette décision exclut toute responsabilité juridique, donc toute possibilité réelle d’agir en justice, en tout cas contre un Etat, pour obtenir des indemnités ou des réparations.

– La notion de « sécurité alimentaire » n’a pas été retenue. Mais seulement celle de « production alimentaire », sous la pression des lobbies agro-alimentaires.

– Aucune thématique relative à la question de l’eau comme ressource, et aussi bien, aucune autre concernant la problématique des océans, n’ont été examinées au cours de la conférence.

– Les émissions de CO2 du transport aérien, et du transport maritime, n’ont pas été non plus retenues dans l’accord. Elles représentent pourtant environ 10% des émissions mondiales totales.

– Les effets du réchauffement qui sont induits par la globalisation mondiale des économies, avec le système du libre-échange, n’ont pas été discutés. Ce système, le capitalisme, reste pertinent pour l’ensemble des acteurs de la COP.

– Le groupement G77 + Chine, qui semblait soudé à la veille de la COP, s’est délité : face aux petits pays en développement, les grands pays émergents (en premier lieu la Chine et l’Inde) ont clairement affiché leurs ambitions de continuer à développer, et largement, leurs industries fossiles.

– Ces énergies fossiles, dans l’accord, nulle mention n’a fait état de la nécessité de les abandonner. Silence aussi sur la technique (et l’objectif) de « décarbonisation » des économies. Le but, mentionné dans le texte final, est de « parvenir à un équilibre entre les émissions anthropiques, pour les sources, et les absorptions anthropiques, par les puits de gaz à effet de serre, au cours de la seconde moitié du siècle. » En clair, aucune obligation n’est faite aux Etat de déterminer, et de tenir, des objectifs contraignants de réduction de leurs émissions.A l’heure où le prix du pétrole ne cesse de baisser, atteignant des niveaux historiquement très bas, donc devenant bien meilleur marché pour les pays consommateurs,

ceux-ci seront encore moins décidés à limiter l’utilisation de cette ressource, sans parler de l’abandonner au profit d’énergies renouvelables.

– Il apparaît ainsi que l’objectif de 2°C, et a fortiori, celui de 1,5°C, sont parfaitement irréalistes. Les contributions nationales fournies au secrétariat de la conférence, par lesquelles les Etats annonçaient leurs efforts pour réduire leurs émissions, avant cette réunion, se traduisaient déjà par une augmentation de la température de 2,7°C. Et selon toute vraisemblance, le monde s’achemine aujourd’hui vers une augmentation de 3°C.

– Point essentiel, cet accord de Paris n’est pas contraignant. La seule obligation pour un pays sera d’ordre politique, tenir face à la communauté internationale les engagements qu’il aura pu prendre.

 

Tout consensus suppose des sacrifices, et celui obtenu à Paris n’a pas échappé à cette règle. Peut-être ne pouvait-on pas faire mieux. Les pressions des pays qui vont continuer à utiliser à outrance les énergies fossiles ont été très fortes. Et en face d’eux, ce ne sont ni les petits pays en développement, ni même l’Europe, qui pouvaient inverser la tendance. Les Etats-Unis ont obtenu quelques résultats significatifs pour réduire l’impact nuisible de ces énergies, mais ils jouent sur les deux tableaux ; ils sont maintenant non-dépendants de l’étranger pour le pétrole, en particulier.

Pour entrer en vigueur, l’accord devra recevoir l’acceptation, l’approbation, ou l’adhésion, d’au moins 55 pays, représentant au moins 55% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Le texte devra aussi être retranscrit, d’une manière ou d’une autre, dans les législations nationales. Trois ans après l’entrée en vigueur dans un pays, celui-ci pourra s’en retirer, sur simple notification.

La prochaine conférence climatique, la COP 22, aura lieu à Marrakech (Maroc), du 7 au 18 novembre 2016.

AZ