Revue d’Actualité – Mardi de l’Environnement – 3 décembre 2013

Evénements :

    • Accord a minima pour la conférence sur le climat. La conférence sur le climat des Nations unies, à Varsovie (Pologne), du 10 au 23 novembre, s’est terminée in extremis par un accord entre les pays participants, mais un accord très timide, sans doute destiné à éviter un échec officiel. Cette conférence était prévue afin de préparer la suivante, à Paris, en décembre 2015, dont la « feuille de route » est tracée : prendre des mesures effectives pour limiter le réchauffement climatique à 2°C, quand la trajectoire actuelle est de 4°C. A Varsovie, les acquis n’ont été que très imparfaitement en ce sens : plus que jamais, l’opposition a été forte entre les pays industrialisés et les pays en développement (dans lesquels la Chine s’obstine à vouloir figurer, quand bien même elle est responsable de la plus grosse part des émissions de CO2 dans le monde). Le compromis stipule que les Etats doivent commencer à mettre au point des « contributions » pour enrayer l’intensification des émissions de CO2, et seulement des contributions … Le point principal des divergences entre les deux blocs a concerné l’aide financière que les pays du Nord devraient allouer à ceux du Sud. Ces derniers demandent 100 milliards $ par an d’ici à 2020 ; le texte adopté « presse » les pays développés à « continuer à mobiliser de l’argent public à des niveaux supérieurs » à ceux de l’aide d’urgence décidée pour 2010-2012, soit 10 milliards $ par an. Les ONG, qui avaient envoyé 800 observateurs, estimant que les progrès étaient largement insuffisants, se sont retirées, le 21 novembre, de la conférence. Durant la conférence ont été rendus publics les chiffres du Global Carbon Project (un consortium scientifique international) sur les émissions mondiales de gaz carbonique liées à l’énergie, à la fabrication du ciment, et à la déforestation : ces émissions ont atteint 9,7 milliards de tonnes de carbone en 2012, et devraient atteindre 10,7 milliards de tonnes en 2013.
    • Un sommet mondial sur le charbon. Non sans une nuance de provocation s’est tenu à Varsovie, en même temps que la conférence climatique, un sommet mondial du charbon et du climat, les 18 et 19 novembre. Les industriels du charbon ont fait le point sur les nouvelles techniques d’extraction de la ressource, afin de réduire les émissions de carbone et autres substances nocives. Depuis l’an 2000, la production mondiale de charbon a progressé de 70%, atteignant actuellement 7,9 milliards de tonnes par an.
    • En Allemagne, les industries fossiles priment sur tout le reste. 62% des sources d’énergie allemandes proviennent des industries fossiles, principalement le charbon. Ces exploitations sont régies par la « loi générale des mines » (datant de 1937), qui est prioritaire sur le droit à la propriété, la protection du patrimoine ou de l’environnement.
    • Pétrole de schiste en France : le bras de fer continue. Les pressions s’accroissent sur le gouvernement français pour autoriser l’exploitation, à terme, du pétrole de schiste. Mais le ministre de l’Ecologie, Philippe Martin, tient bon. Il a refusé, le 28 novembre, de valider les permis de recherche d’hydrocarbures déposés par la société américaine Hess Oil. Cette société, en attente de cette décision, avait fait condamner l’Etat français à payer 14 000 € d’indemnités journalières, le 17 octobre dernier. La justice doit examiner, le 6 décembre, la demande du gouvernement français de remettre ces indemnités. En parallèle, l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques a rendu un rapport, le 28 novembre, favorable aux gaz de schiste, plaidant pour « quelques dizaines de forages expérimentaux » pour tester « la fracturation hydraulique améliorée ou des techniques alternatives. »
    • Proposition de loi française contre les pesticides. Le Sénat a voté, le 19 novembre, une proposition de loi contre les pesticides, même si le champ d’action couvert reste limité (5 à 10% du volume total des pesticides utilisés en France) : le texte prévoit d’interdire, à partir de 2020, aux collectivités locales et aux établissements publics d’utiliser des pesticides dans les espaces verts, forêts ou promenades « ouverts ou accessibles au public. » Le 9 novembre, un collectif d’élus, de médecins et de chercheurs ont signé un appel au gouvernement, demandant la réduction importante de l’usage des pesticides, lesquels sont très majoritairement destinés au monde agricole.
    • L’étude Séralini sur les OGM désavouée. Fait rarissime, le journal scientifique Food and Chemical Toxicology, qui avait publié une étude de Gilles-Eric Séralini, en septembre 2012, concluant à la présence de tumeurs chez des rats ayant consommé un maïs transgénique (le NK603 de Monsanto) et son herbicide associé (le Roundup), ce journal a retiré l’article, fin novembre, au motif qu’il serait « non conclusif. » G.E. Séralini conteste fortement cette décision, et estime que les industriels des biotechnologies ont fait pression sur la revue pour obtenir le retrait de son travail. Il est à souligner également que la plupart des membres du comité éditorial de Food and Chemical Toxicology sont, ou ont été, consultants dans les secteurs des biotechnologies ou du tabac.
    • La lavande française mal en point. Entre 2007 et 2010, 50% des surfaces de lavande en France ont dépéri, et la Bulgarie a remplacé la France comme premier producteur. En cause, une sorte de petite cigale, la cicadelle, qui transmet à la plante une micro-bactérie, le phytoplasme du stolbur, lequel est pathogène pour elle. L’insecte a tendance à proliférer en raison du réchauffement climatique, et la lutte contre lui est difficile, estiment les professionnels, car ils ne peuvent utiliser de pesticides en raison de la proximité des champs de lavande des ruches, pendant la floraison.
    • L’aquaculture dépasse l’élevage pour la première fois. La production de poissons d’élevage a été supérieure à celle de l’élevage, pour la première fois, en 2010 : 66 millions de tonnes de poisson contre 63 millions de tonnes de bœuf (cette dernière marque le pas depuis plusieurs années). Entre 1980 et 2010 cette production a été multipliée par 12. La pêche elle aussi stagne, avec environ 90 millions de tonnes par an depuis les années 1990. La Chine est le premier producteur d’aquaculture, avec 60% du total mondial. La France ne suit pas la tendance constatée dans le secteur, sa production n’est que de 200 000 tonnes par an (huîtres, moules et truites pour la presque-totalité).
    • L’okapi menacé de disparition. Sans surprise, la nouvelle Liste rouge de l’UICN assombrit encore le tableau général de la situation des espèces en danger dans le monde. Sur 71 576 espèces étudiées, 21 286 sont menacées d’extinction. Et parmi elles, pour la première fois dans ce panel, l’okapi. Ce mammifère endémique de la République démocratique du Congo (RDC), chassé pour sa peau et sa viande, pris dans les combats incessants entre factions rivales ou opposées au gouvernement légal, a vu ses effectifs se réduire d’au moins 50% depuis 1995. Il ne resterait que quelques milliers d’individus. Les actions de conservation sur le terrain se heurtent dramatiquement au manque de moyens, et à l’insécurité due à la présence permanente de groupes armés dans la majeure partie de l’habitat de cet animal.
    • Des nouvelles de Paul Watson. En fuite de l’Allemagne depuis juillet 2012, l’écologiste Paul Watson, animateur de l’association Sea Shepherd, a été accueilli aux Etats-Unis, fin octobre dernier. Une décision d’extradition vers le Japon était attendue d’un tribunal allemand. Dans l’attente d’une décision de la justice américaine à son égard, c’est la branche australienne de Sea Shepherd qui participera à la campagne contre la pêche aux cétacés japonaise en Antarctique à partir du début décembre. 

 

 

Nominations :

Emmanuelle Cosse, nouvelle secrétaire nationale d’ Europe Ecologie – les Verts. Succédant à Pascal Durand, elle a été élue le 30 novembre au congrès de ce parti. 

 

Médias :

    • « Les dossiers noirs du nucléaire français » de Dominique Leglu, Monique Séné et Raymond Séné. Editions des Presses de la Cité.
    • « Le management de A à Z » de Marc Mousli. Editions Alternatives Economiques poche.
    • « Pierre Rabhi, semeur d’espoirs » de Olivier Le Naire. Editions Actes Sud. . « Penser la Terre » de Tim Flannery. Editions Buchet Chastel.
    • « Rivières sauvages », numéro d’automne de L’Ecologiste.
    • « Super bestiaire » de Marc Giraud. Editions Robert Laffont.
    • « Bestiaire d’amour », spectacle théâtral de et avec Isabella Rossellini. Salle Gaveau, Paris, 17 et 18 décembre 2013.
    • « Amazonia », film de Thierry Ragobert. . Atlas en ligne du Global Carbon Project. Données des émissions de CO2 par pays depuis 1960. www.globalcarbonatlas.org

 

Manifestations :

    • Forum des métiers de la mer. 1er décembre, Institut océanographique, Paris.
    • La biodiversité marine de l’île de la Réunion. Aquarium tropical de la Porte Dorée, Paris. Jusqu’au 23 mars 2014.
    • Réouverture de la galerie de Botanique du Muséum national d’Histoire naturelle, Paris, depuis le 27 novembre 2013. 

Fait « divers »

Il s’est produit il y a déjà quelque temps, mais reste encore bien évocateur d’une mobilisation pour une cause assez inhabituelle. Le 14 août dernier, entre 400 et 700 personnes ont défilé dans les rues d’Ajaccio, en Corse, pour protester contre la mort violente d’un chien, qui avait été accroché par une voiture et traîné sur plusieurs kilomètres avant de succomber. L’affaire a déclenché plus de 30 000 signatures et 800 000 connexions sur Facebook. Le responsable de ce drame devrait bientôt comparaître devant la justice. Il risque une amende de 450 €, pour avoir « involontairement donné la mort à un animal domestique. »