Revue d’Actualité – Décembre 2016 – Alain Zecchini

 

Evénements

 

. Les banquises fondent de plus en plus. Par rapport à la moyenne 1981-2010, les glaces de mer ont diminué de plus de 3 millions de km2 en novembre et en décembre derniers, a estimé le National Snow and Ice Data Center américain. Et cette réduction ne se produit pas seulement en surface, mais aussi en volume. C’est bien sûr le réchauffement des températures en Arctique et en Antarctique qui est la cause de ces changements. Ce réchauffement concerne l’ensemble du monde :  la température moyenne de la planète en 2017 devrait être supérieure de 1,2°C à la moyenne préindustrielle.

 

. Au Canada, un « plan climat » discuté. Le plan national canadien de lutte contre le réchauffement climatique, dévoilé début décembre, ne fait pas l’unanimité. D’un côté, l’instauration prévue d’une taxe carbone pour les provinces qui n’en ont pas encore retenu une. L’objectif est de réduire de 30% les émissions canadiennes d’ici à 2030 par rapport au niveau de 2005. De l’autre, la hausse, évaluée à 40% d’ici à 2025, de la production nationale de pétrole, essentiellement issue des sables bitumineux, lesquels sont très polluants. De plus, l’aval a été donné à deux projets d’oléoducs traversant les provinces canadiennes, sur de très grandes distances, et présentant des risques pour les écosystèmes.

 

. Donald Trump place des climatosceptiques aux postes de responsabilité. Le nouveau président américain a annoncé une série de nominations de fidèles climatosceptiques et/ou favorables aux industries fossiles, aux postes parmi les plus importants de son gouvernement :

Rex Tillerson (PDG d’ExxonMobil), secrétaire d’Etat ; Ryan Zinke, ministre de l’intérieur ; Scott Pruitt, directeur de l’Agence de protection de l’environnement (EPA), depuis longtemps hostile à ce même organisme ; Rick Perry, ministre de l’énergie. Par ailleurs, une mobilisation d’un grand nombre de chercheurs américains est en cours, pour s’opposer à la « chasse aux sorcières » qu’ils craignent dans leur domaine, les sciences du climat.

 

. La France protège ses terres australes. La réserve naturelle des terres australes, qui représentait 22 700 km2, a été portée en décembre à 672 000 km2. Riches de biodiversité, ces espaces protégés ont été présentés comme candidature pour être inscrits sur la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco.

 

. En Espagne, un site préservé en péril. La réserve naturelle de la Doñana, dans le sud de l’Andalousie, est menacée par sous plusieurs formes : surexploitation des nappes phréatiques, création de réservoirs de gaz souterrains, réouverture projetée d’une mine de pyrite, projet de dragage du Guadalquivir. S’agissant notamment de l’injection de gaz, des risques sismiques sont avérés. Les écologistes se mobilisent. Mais les pressions de l’industrie se font très fortes. Si rien n’est fait pour contrer ces menaces, l’Unesco pourrait mettre cette réserve sur la liste noire des sites du Patrimoine mondial en péril.

 

. Le président Obama sanctuarise plusieurs espaces naturels. A la veille de quitter ses fonction, le président américain a classé de nombreuses zones naturelles comme désormais protégées. Ainsi, en décembre, une trentaine de sites au large de la côte atlantique américaine, un vaste espace de 50 millions d’hectares des mers de Beaufort et des Tchouktches, la région de BearEars, dans l’Utah, celle de Gold Butte, dans le Nevada (soit pour ces deux sites, 647 000 hectares). Depuis son accession à la présidence, il a sanctuarisé 29 zones de terres et d’espaces marins, pour un total de 224 millions d’hectares. Avant de quitter ses fonctions, le 20 janvier, il pourrait classer plusieurs autres zones. Ces mesures se traduisent notamment par l’interdiction des forages pour les hydrocarbures dans une grande partie de l’Arctique et de l’océan atlantique.

 

. L’anthropocène devient une époque géologique.Le début de « L’âge nouveau de l’homme » est fixé officiellement au milieu du XXe siècle. Il succède à l’holocène, en cours depuis 12 000 ans. Cette nouvelle époque traduit l’impact (concernant notamment le climat) de Homo sapiens sur la planète.

 

. La biodiversité à la peine. La treizième session de la Conférence des parties à la convention sur la diversité biologique (CDB) n’a pu, une nouvelle fois, que confirmer les menaces nombreuses qui pèsent sur la biodiversité dans le monde. Un très grand nombre d’espèces de faune et de flore sont engagées dans un processus d’extinction. En 2010 avaient été présentés les « objectifs d’Aichi », visant à valoriser et restaurer la diversité biologique d’ici à 2020. Or le secrétariat de la Convention estime que dans la plupart des cas, ces objectifs ne pourront être tenus.

 

. Répit pour les éléphants ? La décision de la Chine d’interdire, courant 2017, tout commerce et travail de l’ivoire sur son sol, apparaît comme la mesure attendue depuis plusieurs décennies pour soulager les pressions sur les éléphants – dont l’ivoire est essentiellement consommé par le marché chinois. Au plus tard le 31 mars 2017, les ateliers agréés de transformation d’ivoire devront cesser cette activité. Au plus tard le 31 décembre 2017, les magasins agréés de vente d’ivoire au détail devront faire de même pour ce produit. Il ne resterait plus que 400 000 éléphants d’Afrique environ (et 20 000 ont encore été tués en 2015) et 40 000 éléphants d’Asie.

 

. La peau de l’âne, encore une prédation de la Chine. Trafic peu connu, et mis en lumière en France par l’association Robin des bois, la peau des ânes africains (transformée en gélatine servant à confectionner de soi-disant remèdes et élixirs) est de plus en plus demandée par les consommateurs chinois. En Chine, les ânes auraient quasiment disparu. En Afrique, les pays les plus touchés par cette exploitation sont l’Egypte, le Burkina Faso, le Mali, le Niger, le Kenya, la Tanzanie et l’Afrique du sud. C’est pour eux une perte majeure, car les ânes ont un rôle essentiel dans les économies locales (labour, port de charges, moyen de transport).Ce qui n’empêche pas bien souvent les familles, malheureusement, à vendre leurs ânes à des intermédiaires chinois, tant cette ressource est-elle largement supérieure à leurs revenus habituels.

 

. Encore d’autres espèces animales très menacées.

Le guépard se dirige assurément vers son extinction, un constat qui résulte d’un dernier bilan des populations. Il resterait moins de 7 100 animaux en liberté. Ils n’occupent plus que 9% de leur habitat d’origine.

Le léopard de neiges, dont les effectifs sont encore moins nombreux que ceux du guépard, avec peut-être 4 000 individus, continue à être décimé. Il est estimé qu’un minimum de 221-450 animaux sont tués chaque année depuis 2008, par les braconniers, pour leur peau, mais aussi par les éleveurs, en réplique aux attaques sur le bétail de ces félins, abattus directement, ou par le biais de pièges.

. La nouvelle liste Rouge de l’UICN relève notamment que les girafes, à peine avaient-elles été qualifiées d’une nouvelle nomenclature, sont menacées d’extinction : leur déclin est  dramatique. Elles sont passées de 150 000-160 000 animaux en 1985 à 97 562 en 2015. En cause, la destruction des habitats, les troubles et les guerres, la chasse illégale.

. Enfin les rennes de Norvège apparaissent maintenant comme des victimes du réchauffement climatique. D’après une étude anglaise, leur poids a baissé de 12%, passant de 55kg pour les individus nés en 1994, à 48 kg pour ceux nés en 2010. Les pluies plus fréquentes tombant sur le sol neigeux et gelant empêchent les rennes d’accéder au lichen dont ils se nourrissent. De plus, le lichen, comme les mousses et l’ensemble des sols, sont largement contaminés par des substances toxiques (mercure, cadmium, PCB, etc.).

 

 

Médias

 

. Sortie, début janvier, de La vallée des loups, documentaire de Jean-Michel Bertrand.

 

. « L’animal en République – 1789-1802, genèse du droit des bêtes » de Pierre Serna. Editions Anacharsis.

 

. « Pollution atmosphérique – Tous les chiffres sont faux », article de Vincent Nouyrigat, Science et Vie, décembre 2016.

 

 . « Seul l’homme a la capacité de partager son attention » interview de Michael Tomasello (sur les distinctions homme-animal), Philosophie magazine, décembre 2016/janvier 2017.

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