Le sport, à l’épreuve du développement durable

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Le 25 juin dernier, plusieurs spécialistes ont été réunis par la S.E.R.E. et l’Observatoire Sport et Développement durable (OSDD) pour parler de l’implication du développement durable dans les Jeux Olympiques, qui se tiennent à Londres du 27 juillet au 12 août

 

 

 

 

Le sport, à l’épreuve du développement durable

 

La barre était mise assez haut pour cette réunion, et l’image vaut doublement, puisqu’elle était consacrée à la présentation, et à la discussion, de l’objectif « développement durable » des Jeux Olympiques, à Londres, du 27 juillet au 12 août 2012.

Le 25 juin, donc, des spécialistes de ces questions ont répondu à l’invitation de la S.E.R.E. et de l’Observatoire Sport et Développement durable (OSDD), à la Fondation Ricard, à Paris.

Une barre assez haute, parce que l’application, aux Jeux Olympiques, des principes du développement durable, ne va pas tout à fait de soi … Tant, jusqu’à présent, les grandes manifestations sportives n’étaient pas particulièrement marquées par le respect de l’environnement, le renouvellement et la rationalisation des ressources, la mise en avant du qualitatif plutôt que du quantitatif, qui caractérisent le développement durable. Mais les temps changent. Et si le Comité d’organisation des jeux olympiques et para-olympiques de Londres (LOCOG) a adopté un plan de développement durable (appelé « Vers une planète unie en 2012 »), c’est bien la preuve qu’il est nécessaire de franchir une nouvelle étape, de traduire, lors de ces Jeux, un nouveau mode de développement, puisque la surexploitation, le gaspillage, les atteintes portées à l’environnement, ne sont plus admissibles.

Tous les acteurs de cette réunion, le 25 juin, en étaient bien convaincus. Et forts de la diversité de leurs expériences, ils ont apporté, chacun, un éclairage particulier et complémentaire, pour fournir, au total, quelques bases solides de réflexion sur le thème de la journée.

Il est revenu à Edwige Avice, ancienne ministre de la Jeunesse et des Sports, présidente du Conseil national des Activités physiques et sportives, présidente de la Fondation du Sport français Henri Sérandour, d’ouvrir la discussion. Elle a une longue expérience du développement durable, avec des ouvertures sur l’international.  Elle enseigne notamment l’économie du développement à des étudiants d’une vingtaine de nationalités. Elle a tracé un parallèle entre les Jeux Olympiques et ce qu’elle appelle « les Olympiades du développement durable », à savoir les grandes conférences internationales environnementales qui se succèdent depuis celle de Rio, en 1992. Ces conférences sont évidemment bien plus récentes que les Jeux Olympiques, et ce sont elles qui doivent créer des consensus pour faire avancer, dans les faits, le développement durable. Bien que de nombreux progrès soient constatés, le rythme est encore assez lent. Mais il existe d’autres options. Edwige Avice a estimé que ces Jeux de Londres devraient permettre de donner une impulsion supplémentaire : « Ils doivent être exemplaires pour la cause environnementale, et témoigner d’une vraie solidarité internationale. »

Pour Pimm Verschuuren, chercheur à l’Institut des Relations internationales et stratégiques (IRIS) sur les Jeux Olympiques, « notre Institut s’occupe beaucoup de sport, car le sport est concerné par la géopolitique [ l’étude des rapports entre les données géographiques et la politique des Etats ]. En effet, au sein des relations internationales, il y a une concurrence pour organiser les compétitions sportives. » Pimm Verschuuren a mis l’accent sur ce qui devrait être davantage pris en compte lors de ces compétitions, le développement humain, social, urbain. Et de citer des exemples des JO qui ont eu lieu en Afrique du Sud, en Chine, en Grèce : « On a construit des stades magnifiques, mais qui ne servent plus à rien maintenant. » Une nouvelle orientation des Jeux, dans des villes à taille moyenne, et favorisant des pays en développement, serait peut-être préférable. Mais sur cette tendance qui a conduit jusque-là au choix des « mégalopoles », justement, David Stubbs ne pouvait que défendre le choix de Londres … puisqu’il est le directeur du développement durable des Jeux actuels. Pour lui, ils représentent une vitrine inestimable : 205 nations participantes, 10 500 athlètes, 9 millions de billets, des centaines de millions de personnes dans le monde intéressées par l’événement. « Quelle campagne en faveur de l’environnement ou du développement durable a une telle portée ? ». David Stubbs a expliqué qu’il a d’abord fallu définir ce que pouvait être le développement durable appliqué aux Jeux. L’Institut des normes britanniques a créé le standard BS 8901 en 2007, qui a donné naissance à la norme Organisation d’événement et développement durable ISO 20121, qui vient d’entrer en vigueur. Elle se traduit par le respect des critères du développement durable dans plusieurs secteurs. D’abord les installations : l’espace sportif a été construit sur une ancienne friche industrielle de 250 ha, dans un quartier défavorisé, avec des bénéfices sociaux et économiques pour les habitants. Ensuite, une campagne de sensibilisation au développement durable a été lancée, tant auprès du grand public que des athlètes, des fournisseurs, des sponsors, des médias. Enfin, des objectifs ont été fixés en termes de consommation de carbone, de déchets, de préservation de la biodiversité, et de bien-être humain (pollution notamment).

Sur ce dernier point, s’agissant des personnes, Carole Veisseire a pu apporter un témoignage intéressant. Elle est déléguée régionale pour l’Ile-de-France de l’association « Un maillot pour la vie. » Laquelle a pour vocation de mettre en contact des enfants malades avec des athlètes, ou des événements sportifs, pour qu’ils puissent « vivre leurs rêves. » Depuis l’an 2000, 30 000 enfants hospitalisés ont ainsi été visités par 4 500 athlètes. «  Nous voulons sortir ces enfants de la solitude qu’implique leur état » a souligné Carole Veisseire. « Et pour Londres, neuf mécènes ont financé le séjour sur place, du 3 au 5 août, de neuf enfants atteints de maladies graves. » Un sportif de haut niveau handicapé, Alain Akakpo, a succédé à Carole Veisseire, pour fournir un contrepoint tout naturel. Il est spécialiste du sprint et du saut en longueur. Il a perdu le bras droit, et il a développé les capacités du bras gauche. Pour lui, ces JO représentent bien une opportunité extraordinaire d’épanouissement, et d’exemplarité. «  Ce qui me donne ma force, c’est la possibilité de participer à ces rencontres, malgré, ou avec, mon handicap. »

Mais en quoi le développement durable est-il vraiment concerné dans l’exercice d’activités sportives ? La réponse était sous-entendue dans l’intervention d’Alain Akakpo, elle a été explicitée par Astrid Guyart , fleurettiste qualifiée pour ces JO : « Le sport est source de cohésion sociale et se doit de représenter une vitrine positive de la société. Il est donc important que les JO de Londres mettent en lumière les aspects humanistes et sociaux du développement durable, notamment au travers des problématiques de l’exclusion, du handicap, de la féminité et du sport amateur. » Astrid Guyart élargit donc cette notion du développement durable en « développement humain durable. » Elle voit dans l’événement des JO une occasion de faire partager les mêmes objectifs, le même rêve, à des individus qui peuvent avoir de grandes différences de culture, de religion, de statut social.

Puis la discussion s’est orientée à nouveau dans les directions proprement managériales des Jeux. Rémy Charmetant est président du directoire du comité d’organisation des championnats du monde d’aviron, à Aiguebelette-le-lac (près de Chambéry, Savoie), en 2015. Il est également associé à l’organisation des Jeux Olympiques d’hiver qui auront lieu à Sotchi, en Russie, en 2014. Il était bien placé pour parler des questions de préparation et de gestion d’événements de cette ampleur. « Il est nécessaire qu’il y ait une réelle concertation en amont entre tous les acteurs institutionnels concernés sur place : les élus locaux et départementaux, comme les associations. » En pratique, cette concertation ne va  pas toujours de soi, tant les intérêts des uns et des autres peuvent diverger. Et particulièrement au niveau des associations. Mais le succès de manifestations de ce type impose le consensus – et sur ce point Edwige Avice a pleinement marqué son approbation. Pour les Jeux à Val d’Isère en 2004, a rappelé Rémy Charmetant, une norme de gouvernance interne a été définie, que les acteurs se sont engagés à appliquer.

Edwige Avice, en synthèse de cette réunion, s’est déclarée « très sensible à la qualité intellectuelle des présentations. » Les positions exprimées ce jour, selon elle, étaient très différentes de ce que l’on entend d’habitude. Pourquoi ? Parce que, a estimé la ministre, l’accent a été mis en toute clarté sur plusieurs points fondamentaux. D’abord, le phénomène de la mondialisation appliqué aux JO : il est de plus en plus important. Ce qui suppose de prendre en considération, en plus des critères purement économiques, ceux qui relèvent du champ social, particulièrement dans les pays en développement. Ensuite, le développement durable est une chance, s’il suppose un changement dans les échelles de valeurs, pour retenir l’idée du partage, de la responsabilité collective, et des perspectives à long terme. C’est, à proprement parler, une démarche politique, puisqu’elle s’applique à la vie de la cité. Et à la vie de quiconque veut s’intéresser aux sports, ou les pratiquer. Elle doit être valorisante : « L’erreur est souvent de considérer que ce qui est social n’a pas besoin d’excellence. Or c’est tout le contraire qui est justifié. » Edwige Avice considère qu’il faut créer, dans la cité, des lieux d’excellence, qui permettent de lutter contre l’exclusion. On le voit, à nouveau, l’aspect proprement économique du développement durable, à la faveur de son illustration pour les Jeux Olympiques, s’est vu, au cours de cette réunion, adjoindre d’autres dimensions. Ce qu’a confirmé Edwige Avice, en concluant : « L’humanisme peut avoir une forte implication économique. Le mieux-être est une condition de la prospérité. Et le développement durable va en ce sens. »

 

En illustration du potentiel d’intégration sociale du sport ont aussi été projetés, par Laure Armanet, des images inédites du film « La rage et la passion – Boxing Beats Aubervilliers » de Jean-Pierre Armanet, qui devait être diffusé le 25 juillet sur France 4.

 

 

 

L’Observatoire Sport et Développement durable (OSDD) 

Cette association a été créée en 2007, à la suite des 6èmes assises nationales du développement durable, à Angers.

Son but est de sensibiliser le mouvement sportif au développement durable, au moyen de plusieurs leviers :

– participation à des colloques nationaux et internationaux ;

– production d’études ;

– initiation de projets dans le cadre de l’Union Européenne ;

– production d’ouvrages destinés aux décideurs (le développement durable et le nautisme, le cyclisme, la montagne, etc.).

L’OSDD accueille de nombreux étudiants pour les accompagner sur leurs projets (stages, mémoires).

Sa directrice générale est Nathalie Durand, « cheville ouvrière », avec Marie-Pierre Cabello, présidente de la S.E.R.E., de la réunion du 25 juin.

Le site internet de l’association : http://www.osdd.fr

 

 

 Les Jeux Olympiques, hier et aujourd’hui

Pour les athlètes grecs de l’Antiquité, les Jeux Olympiques ne représentaient pas des épreuves destinées à battre des records qui s’imposeraient, en tant que tels, à la face du monde connu, et qui illustreraient, avant la lettre, un principe de progrès. Il s’agissait, pour chacun de ces  athlètes, d’être le meilleur dans sa spécialité, afin de contribuer, par ce résultat, à la valorisation de la cité qui était la sienne. Et plus largement, de témoigner de la mesure de l’Homme dans l’univers. L’exploit sportif n’était pas considéré comme l’expression d’une volonté de puissance, puisqu’au-dessus, au-delà, des hommes, il y avait l’ordre naturel. Et en même temps, ces Jeux Olympiques d’origine portaient un symbole très fort, celui du passage de l’action guerrière à l’action pacifique, dans la compétition entre cités : celles-ci suspendaient toute initiative militaire durant la période des Jeux, considérée comme l’Ekecheiria, la trêve.

On est loin du mouvement olympique actuel. Même s’il est censé réconcilier les nations par le sport. Les guerres ne s’interrompent pas le temps de ces grandes manifestations internationales. Et si ces dernières sont aussi définies comme devant contribuer à assurer la promotion des qualités physiques et morales du sport, afin de créer un monde meilleur, elles restent marquées par l’empreinte individualiste de la devise adoptée par Pierre de Coubertin, celui qui a rétabli les Jeux Olympiques en 1894 : « Citius, altius, fortius » ( plus vite, plus haut, plus fort) : battre des records, se dépasser, repousser toujours les limites physiologiques, au nom d’une perfectibilité supposée, et – faut-il le souligner ? – d’une philosophie existentielle qui fait de l’humain le dominateur de toutes choses. Ce qu’exprime bien Marie-José Pérec, championne olympique et championne du monde d’athlétisme, en évoquant sa carrière : « Depuis toute petite, je veux marquer l’histoire. » Et à propos de sa victoire aux 400 m des JO d’Atlanta en 1996 : « Personne ne pouvait me battre. J’avais l’impression d’être Dieu. J’avais un sentiment de puissance, de force, un truc qu’on ne ressent qu’une fois dans sa vie. » ( Journal L’Equipe, 26 juillet 2012). C’est bien cette recherche de performances et de rendement qui est privilégiée, d’abord et avant tout, et qui s’exprime dans la compétition sportive, laquelle n’est qu’une illustration de la loi de la concurrence qui régit le système sociétal. Les pays participants ne s’y trompent pas, tant, en cas de victoire, sont grandes pour eux les retombées économiques et politiques. Quant aux athlètes primés, ils ne reçoivent pas, contrairement à leurs ancêtres hellènes, les couronnes de gloire du laurier, mais les bénéfices de la galaxie médiatique et financière dans laquelle ils sont projetés.