Revue-Actualite-SERERevue d’Actualité de la SERE – Alain Zecchini – Juin 2016

 

Evénements

 83% de la population mondiale privée de Voie lactée. Le second « Atlas mondial de la luminosité artificielle du ciel nocturne » établit que le ciel nocturne de 83% de la population de la planète est altéré par la pollution lumineuse des éclairages dus aux activités humaines. En Europe et sur le continent nord-américain, ce sont même 99% des populations qui sont concernées. Les pays les moins touchés, sans surprise, comptent parmi les plus pauvres, ceux dont l’économie est faiblement développée – Tchad, République centrafricaine et Madagascar. Est en cause l’éclairage par LED blanches,  produisant deux à trois fois plus de lumière bleue que les lampes au sodium haute pression utilisées auparavant. La restriction de la luminosité naturelle de la voûte céleste, outre des effets majeurs sur les représentations humaines de l’univers, entrave quantité d’activités liées à la nature – agriculture et écotourisme en particulier.

– Environnement, biodiversité : l’état actuel de la France est insatisfaisant. Le premier rapport annuel sur l’état de la France, livré par le Conseil économique, social et environnemental (CESE), compte, parmi ses dix indicateurs, ceux de l’environnement et de la biodiversité. Pour le premier, le Conseil estime qu’il n’a pas eu des chiffres actualisés et suffisants, l’indicateur repose sur des données anciennes et décalées par rapport à aujourd’hui. L’empreinte carbone, en particulier, n’est que vaguement évaluée. S’agissant de la biodiversité, le critère retenu est l’artificialisation des sols, et en ce domaine, par contre, le constat est bien net : cette transformation des terres agricoles en espaces d’habitat, de réseaux routiers, d’infrastructures, de centres commerciaux, progresse deux fois plus vite que la population. La France compte 5,8% de terres artificialisées, soit davantage que la moyenne européenne. 54 000 hectares sont artificialisés chaque année depuis 2008.

. Notre-Dame des Landes : projet d’aéroport approuvé. Le référendum destiné aux habitants de Loire-Atlantique a vu, le 26 juin, la victoire des partisans de l’aéroport, avec 55,17% des votes. Ce résultat n’a pas entamé la détermination des opposants au projet, qui se sont déclarés prêts à entreprendre d’autres actions pour le faire annuler.

– Encore plus de néonocotinoïdes vendus en France. Largement mis en cause dans le déclin de populations entières d’abeilles et de pollinisateurs sauvages, et malgré un moratoire européen, ces insecticides ont vus leurs ventes encore progresser de 31% entre 2013 et 2014. Si l’Assemblée nationale, le 22 juin, a dorénavant interdit les néonicotinoïdes, ce n’est qu’à partir de septembre 2018, et avec des dérogations possibles jusqu’en 2020.  Ce qui signifie que les effets de ces substances sur les pollinisateurs dureront au moins jusqu’en 2022. Par ailleurs, l’Assemblée s’est refusée à une taxation de l’huile de palme (comme celle à laquelle est soumise l’huile d’olive), laquelle est également responsable, par le biais de la déforestation qu’elle exige, de la destruction de la biodiversité dans les pays de production (en premier lieu Indonésie et Malaisie).

– Glyphosate : les Européens refusent une nouvelle autorisation provisoire. La proposition de la Commission européenne, d’homologuer à nouveau le glyphosate pour une période de dix-huit mois, n’a pas trouvé une majorité suffisante lors des votes des Etats de l’UE. En conséquence, ce pesticide largement utilisé (principe actif du Roundup, notamment) n’est plus autorisé jusqu’à nouvel ordre. Toutefois la Commission n’a pas caché qu’elle proposerait une autre formule d’homologation à brève échéance pour que ce produit continue à être commercialisé.

– Nouvelles régions de France. Huit nouvelles régions ont été instituées dans l’hexagone depuis la fin juin : Hauts-de-France, Normandie, Grand Est, Centre-Val de Loire, Bourgogne-Franche-Comté, Nouvelle Aquitaine, Auvergne-Rhône-Alpes, Occitanie. Cinq autres gardent leurs appellations d’origine : Bretagne, Pays de la Loire, Ile-de-France, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Corse. Les nouveaux noms seront officiels après leur validation par le Conseil d’Etat, au plus tard le 1er octobre prochain.

– Solar Impulse traverse l’Atlantique. Un nouveau record pour l’avion solaire de Bertrand Piccard, dans son tour du monde : la traversée de l’Atlantique, fin juin, en 71 heures et 8 minutes.

– La Chine délaisse les énergies renouvelables…En parfaite opposition avec ses objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre, la Chine a largement réduit, en 2015, et aussi depuis le début de cette année, l’activité de ses éoliennes, pour favoriser les centrales à charbon. Durant les trois premiers mois de 2016, un quart des éoliennes sont restées à l’arrêt. L’énergie solaire est également concernée. En 2015, 12% des capacités du photovoltaïque ont été gaspillées. Et dans le même temps, en 2015 et en 2016, ce pays augmente largement ses capacités de production dans ces deux secteurs, ce qui conduit à s’interroger sur ce double langage.

… et pille le bois de vène au Sénégal. Le bois de vène est une essence très demandée en Chine, considérée comme précieuse pour le mobilier. Elle est surexploitée dans une région du Sénégal, en Casamance. Un trafic permanent permet aux troncs d’être exportés par la Gambie voisine, probablement avec la complicité des plus hautes autorités de cet Etat. Aucun contrôle réel de la situation ne vient du gouvernement sénégalais, les contrebandiers ayant toute latitude pour agir. Les coupes très importantes commencent à mettre en péril la perpétuation de cet arbre.

 – Les bouquetins du Bargy « graciés ». Revenant sur les abattages massifs des bouquetins du massif du Bargy, en Haute-Loire, le gouvernement français a décidé de ne plus pratiquer qu’ « un assainissement sélectif, afin de constituer un noyau sain. » Ces bouquetins sont soupçonnés de transmettre la brucellose au bétail. Ces abattages décidés pour l’ensemble de la population avaient déclenché une tempête de protestations, considérés comme inefficaces et ne s’appuyant sur aucune étude sérieuse.

– Nouveaux scandales dans les abattoirs français. L’association L214 a révélé, fin juin, de nouveaux cas de maltraitance des animaux dans les abattoirs de Pézenas (Hérault) et du Mercantour, à Puget-Théniers (Alpes-Maritimes). La plupart des infractions prévues par les réglementations sont constatées : abattages en pleine conscience des animaux, souffrances et violences, et absence de contrôles vétérinaires. La commission d’enquête parlementaire sur les conditions d’abattage des animaux de boucherie dans les abattoirs français doit rendre son rapport à la rentrée prochaine.

– Le réchauffement climatique fait disparaître un mammifère. C’est un petit rongeur, Melomysrubicola. Endémique de l’île australienne de Bramble Cay, dans le détroit de Torrès, entre l’Australie et la Nouvelle-Guinée. Cette île sablonneuse est depuis plusieurs années sujette à la montée des eaux et aux événements météorologiques extrêmes, tous deux attribués au réchauffement climatique. Ce rongeur n’a plus été observé depuis 2009, et un dernier essai de repérage, en 2014, n’a donné aucun résultat. Les autorités australiennes considèrent qu’il s’agit « du premier cas documenté d’extinction d’un mammifère en raison du changement climatique d’origine anthropique. »

 

Médias

 – « Les Diplomates. Cohabiter avec les loups sur une autre carte du vivant » de Baptiste Morizot. Editions Wildproject.

– « Le dernier qui s’en va éteint la lumière- Essai sur l’extinction de l’humanité » de PaulJorion. Editions Fayard.

– « Agroalimentaire – Vérités et mensonges » Hors-série de 60 millions de consommateurs, juillet-août 2016.