L’ouverture des passages dans la banquise de l’Arctique annonce une intensification du commerce maritime mondial, et les perspectives d’exploitation des réserves de gaz et de pétrole aiguisent les appétits des grandes puissances. A terme, l’environnement arctique risque d’être largement détérioré, si des mesures de protection réelles ne sont pas prises.

Mardi de l’Environnement – 7 février 2012

L’Arctique, nouvel enjeu pour la planète 

Pour Marcel Babin, les choses sont claires : « la fonte de la banquise est le processus majeur qui affecte toute la chaîne trophique de cette région polaire, et nous sommes loin d’en évaluer toutes les conséquences à long terme. » Joint via Skype, le directeur de l’unité mixte Takuvik – CNRS, à l’université Laval, à Québec (Canada), n’a pas caché sa préoccupation quant aux conséquences déjà constatées du réchauffement climatique sur la banquise : l’appauvrissement des communautés microplanctoniques (lesquelles sont justement à la base de cette chaîne alimentaire), la modification des courants et des échanges entre l’océan et l’atmosphère, l’absorption de davantage de chaleur par l’océan en été, donc la modification du bilan énergétique de la planète. Pour l’ouverture du Mardi de l’Environnement de février, le ton était donné. Rémy Marion spécialiste de l’ours polaire, a poursuivi en ce sens, en parlant de son espèce de prédilection. Il a estimé que la dislocation de la banquise se produisait maintenant trois semaines plus tôt, et la conséquence, c’est un jeûne forcé de l’ours, qui ne trouve plus ses proies ; de plus, les femelles affichent un poids qui se réduit, et cela signifie que leur reproduction, à terme, devrait être affectée.

D’un gros mammifère, le débat est passé à des créatures minuscules, avec l’évocation du tardigrade et du rotifère (dont la taille n’est pas supérieure à un millimètre), par Alain Couté, professeur au Muséum national d’Histoire naturelle et spécialiste des microorganismes. Il a notamment expliqué les capacités étonnantes d’adaptation de ces animaux au froid.

Et ensuite, c’est de l’homme qu’il s’est agi. Pour Greenpeace, Anne Valette a rappelé la campagne de deux années montée par son organisation afin d’empêcher les forages d’une société écossaise au large du Groënland.

Les vues les plus larges et les plus significatives ont enfin été fournies longuement par Anne Choquet, elle aussi spécialiste des régions polaires, et enseignant-chercheur à l’Ecole supérieure de Commerce de Brest. Elle a bien démonté la problématique sous-tendant les tensions actuelles dans cette région de l’Arctique entre les Etats, et qui est celle des perspectives de développements économiques énormes, en raison des richesses minérales présumées. Tout l’intérêt des Etats riverains étant de prétendre à la plus grande zone sous leur juridiction, afin de maximiser leurs prospections et leurs exploitations de ces ressources, les revendications se font dures sur l’extension des plateaux continentaux « nationaux ». « Les Etats prétendent avoir le droit de gérer eux-mêmes cette zone, et les conventions internationales restent sans grands effets » a-t-elle souligné. Il s’agit tout particulièrement de la convention sur le droit de la Mer, qui pose notamment les conditions à remplir par un Etat pour se voir affecter un plateau continental ; or les Etats-Unis, en tout premier lieu, n’ont pas signé cette convention. Anne Choquet a rappelé la situation de l’autre région polaire, l’Antarctique, qui bénéficie, elle, d’un traité (signé en 1959) interdisant l’exploitation des ressources. Pour l’Arctique, la situation actuelle est un peu celle d’une « ruée vers l’or » sans garde-fous. Et dans cette affaire, la faune sauvage semble bien le dernier des soucis de ceux qui sont décidés à développer ces terres restées vierges, ou à peu près, jusque-là …

 

 

 

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