Pour leur sortie d’été, les Mardis de l’Environnement ont été consacrés à la visite d’une ferme Bio, dans les Yvelines. L’occasion de découvrir une exploitation exemplaire, et de mettre les mains dans la terre …

Les Mardis de l’Environnement se mettent au vert

 En ville, l’occasion n’est pas souvent donnée de marcher sur la terre, d’y mettre les mains, et encore moins de participer à une récolte ! Tous les participants à la sortie d’été organisée par la S.E.R.E., le 2 juillet, ont donc bien apprécié de se livrer à ces activités, le temps d’une journée. Non loin de Paris, à Cravent (Yvelines), dans la ferme d’Agnès Carlier. Une journée consacrée à la découverte d’une exploitation de légumes Bio, qui illustre bien les problématiques et l’intérêt de ce type de culture.

Une dizaine de passionnés avaient répondu à l’invitation de la S.E.R.E. Ils ont découvert une entreprise qui tourne bien maintenant, après les premières difficultés inhérentes au non-conventionnel : se passer des produits phytosanitaires, refuser la mécanisation généralisée, connaître parfaitement la terre pour y faire pousser des plantes adaptées, traiter éventuellement celle-ci avec des produits naturels, respecter des cycles de rotation équilibrés, bref, être à l’écoute d’abord et avant tout du sol, cela suppose de prendre du temps … et de ne pas ménager ses efforts.

Agnès Carlier, associée à Richard Capitaine, s’occupent donc d’un domaine de 3,5 ha, en bordure du village. Deux personnes, ou plutôt « deux personnes un quart », puisque sur un quart de l’année en moyenne, ils reçoivent l’aide d’un ouvrier agricole. En période de récolte, toutefois, ils bénéficient aussi des bras d’amis ou de relations : et c’était le cas en cette journée du 2 juillet, consacrée aux pommes de terre. Adultes et enfants ont découvert (ou redécouvert) le plaisir de déterrer les tubercules, rang après rang, et de remplir les sacs. Et bien sûr, dans la compagnie, il y avait aussi tous les visiteurs, que l’expérience a ravis. Tous ont assisté au déterrage, en cours de récolte, en élargissant les sillons pour faire sortir les pommes de terre restées cachées, à l’aide de la charrue tirée par le cheval de l’exploitation. Et au final, c’est un autre animal familier, un âne, qui a été chargé d’emporter les sacs, disposés au fur et à mesure sur un grand traîneau. Autant d’images vivantes, le quotidien ou presque d’Agnès Carlier et de Richard Capitaine, mais pour les participants à cette journée, le rappel d’évidences bienvenues.

De très grandes serres ouvertes abritent les légumes qui ont besoin d’une certaine protection. Chaque spécialité occupe plusieurs rangées, et selon un ordonnancement qui n’est pas laissé au hasard : telle plante coexistera avec telle autre parce qu’il n’y a pas d’incompatibilité ; l’irrigation sera bien sûr modulée en fonction des exigences de chacune.

Pour Agnès Carlier, l’exploitation Bio est synonyme d’alimentation de qualité, parce que le légume est cultivé en fonction de ses exigences et de son environnement, en faisant appel à des « recettes » naturelles (et non forcé à croître plus ou moins artificiellement) : « A force de biner mon sol, je n’ai plus de limaces ; grâce aux rotations longues, je n’ai pas de pourriture sur les salades ; les piérides du chou sont parasitées par de petites guêpes. » L’exploitation vend ses productions en direct à deux AMAP de la région. Elle fournit 115 paniers par semaine. La demande, selon Agnès Carlier, est énorme, elle estime même être dépassée par celle-ci, ce qui est bon signe.

Naturellement, ce résultat n’a pas été acquis tout de suite. La ferme a démarré ses activités en 2007. Agnès Carlier et Richard Capitaine peuvent maintenant se rétribuer chacun de l’équivalent du Smic mensuel, on est loin du revenu d’un céréalier, mais « le but du jeu » n’est pas là, même si Agnès Carlier a une famille à nourrir. Il est, surtout, dans une existence et un travail encore une fois bien plus raisonnés que ceux qui prévalent dans le monde agricole conventionnel. Plus raisonnés, c’est-à-dire plus près des choses, des rythmes de la nature et des satisfactions qu’ils apportent. Un exemple qui ne peut pas être suivi par tout le monde, bien sûr, parce qu’il impose des sacrifices (notamment une disponibilité de tous les instants), et une coupure assez nette avec le besoin de consommation qui tient lieu de règle de vie, plus que souvent, ailleurs, c’est-à-dire dans les villes. Il faut donc du courage, et de l’obstination, pour être agriculteur Bio. Mais les citadins, de plus en plus, aussi, reconnaissent le bien-fondé de ce choix, et le soutiennent en privilégiant le Bio. Et pour ceux qui étaient venus à Cravent ce 2 juillet, il n’y avait pas le moindre doute.

 

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